04.04.2009

LUMIÈRE

Il y avait quelques exceptions dans mes amitiés lors de mes séjours à Belavit disons plutôt de rares incompatibilités d’humeur ou d’humour… je demeurais poli sans plus surtout pour ne pas faire de peine à nos charmants hôtes, car tous les gens présents étaient leurs amis… mais il y en avait quand même un que je ne pouvais vraiment pas sacquer et je suis sûr que c’était réciproque, restait à ouvrir des négociations ou à déclarer la guerre ouverte ce que je ne souhaitais nullement… je l’avais à l’œil si j’ose dire et pareil pour lui sans doute… on allait donc faire avec… à table lieu principal de rencontres on s’éloignait l’un de l’autre, au cours des conversations on prenait peu part, le plus souvent sauf sur les sujets consensuels… bon on évitait le pire… jusque là pas de problèmes, on faisait des efforts tous les deux faut reconnaître hormis quelques regards peu amènes… il portait beau ses quarante ans le Jean-Luis, une coquetterie, mais je lui trouvais l’air ou fanfaron ou veule selon les circonstances ou occasions… parfois il se mettait à débiter des diatribes logorrhéiques du genre Luchini l’acteur en aussi fou et plus chiant absolument sans intérêt pour moi et aussi certains autres avec des formules abracadabranle-bas de combat au cours desquelles je lui faisais de gros doigts d’honneur sous la table et sous les yeux horrifiés de ma voisine la blonde ex-dragueuse qui ne draguait plus vu qu’elle avait trouvé chaussure petite pointure à ses grands pieds mais qui devait se demander tout de même si ce n’était pas pour elle en souvenir de ses échecs cuisants avec moi il y a quelques années… bref tout semblait aller pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles…

 

Un soir au cours d’une insomnie inhabituelle peut-être à cause de la grosse chaleur je sortis sur le pas de la porte de ma chambre pour prendre un peu l’air quand j’entendis de la musique en sourdine que je ne parvins pas à identifier et je vis une lumière allumée dans la cuisine située dans le bâtiment d’en face et mon zozo lui-même attablé en train d’écrire… ah bon parce qu’en plus il écrit ce con… un peu plus tard toujours sans trouver le sommeil je sors de nouveau… la lumière est encore allumée il est pourtant 2 heures 12 mais pas de scribouillard… j’attends un moment et me décide d’aller voir ne serait-ce que pour éteindre… j’arrive dans la pièce déserte… sur la table à côté d’une tasse à café vide et un cendrier plein une feuille remplie d’une écriture pattes de mouche à côté d’un stylo bic… et je me mis à lire immédiatement ce que vous venez à l’instant de lire…

 

©  Jacques Chesnel  (Jours heureux à Belavit)

28.03.2009

CHARLES, LEQUEL ?

Tout le monde connaît un Charles, dans sa famile, un père, un oncle (qui me fit découvrir le Paris-Brest aller-retour), un cousin, un ami de la famille aussi, un voisin ou une personnalité, tenez, ce prénom surgit au moins une fois dans une journée, vous voulez des exemples, bon, dans l'admiration collective, les rois de France et de Navarre, Charles le Grand, le Chauve, le Simple, le Bel, le Sage, le Fol ou le Bien-Aimé, le Mauvais, le Noble, sans compter tous les étrangers et puis le grand Charles, de Gaulle, le sauveur de la patrie et de la partie comme auparavant Martel à Poitiers, pour les pressés : Charlemagne, sans parler du Quint, Aznavour le grand,  chanteur préféré des français avec le fou chantant, le Trenet qui traîna jusqu'à sa mort sa nostalgie du refus des vieux barbons de l'acacadémie française de l'accueillr au sein d'icelle, le canadien Charlebois, pour les zamateurs de jazz d'abord le grand Oiseau  Parker dénommé Charlie puis Mingus le rebelle avec causes qui refusait qu'on le nomme Charlie et Ray le malicieux qui permuta nom et prénom, Charles Delaunay qui s'offrit une danseuse nommée Jazz-Hot afin de défendre le jazz moderne, pour ceux de musique dite classique le compositeur Gounod (on passe), le chef d'orchestre Münch, la musique contemporaine l'américain Yves et son Central park in the dark, bon, pour la littérature ou la poésie quelques auteurs célèbres, Baudelaire, Bukowski (gloup), Dickens, Péguy, Perrault, le théatre avec Dullin vu au cinéma dans le rôle de Corbaccio du Volpone de Maurice Tourneur en 1941 et d'un vieux fétichiste dans Quai des Orfèvres et son fameux n'enlevez pas les chaussures, jamais les chaussures, le cinéma avec Charles Vidor et sa Gilda avec Rita Hayworth, les comédiens l'immense Chaplin, notre Charlot international, Boyer le séducteur, l'irrésistible et troublant Laughton, Bronson, Berling et Vanel…

il doit y en avoir d'autres, mais pour l'amour de ma vie et moi, il n'y en a qu'un seul, on vous le donne en mille: CHARLES DENNER, oui, lui, NOTRE Charles à nous. (Ecartés le Lindbergh l'aviateur nazillon et Millon le salopard dit le con pour la rime).

On l'avait entr'aperçu dans quelques films, avec le magnétoscope on faisait arrêt sur image pour mieux voir sa silhouette, un valet dans Volpone aux côtés de son maître , oui c'est bien lui l'adjoint de l'inspecteur Cherier dans Ascenseur pour l'échafaud mais alors le premier grand choc: Landru de Chabrol, vedette principale, ses regards fiévreux, sa voix métallique, sa diction hésitante, fluctuante, séduisant Michèle Morgan, Danielle Darrieux, Stéphane Audran, puis la/sa rencontre avec François Truffaut avec La Mariée était en noir, Une belle fille comme moi (ah bon dieu, Bernadette Laffont en combinaison si courte ! que j'avais couru acheter la même pour l'amour de ma vie aussi belle pour moi que la Bernadette), et surtout l'inoubliable et inoublié dans L'homme qui aimait les femmes…

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"C'est en jouant avec Ginette que j'ai découvert le goût des femmes" déclare Bertrand Morane adolescent… au cimetière de Montpellier où il est enterré décédé à 40 ans suite à un accident de voiture alors qu'il suivait une femme entrevue dans la rue, elles sont toutes là : blondes, rousses, jeunes, mûres, mariées ou veuves, compagnes d'un jour ou plus de ce chasseur solitaire sans famille, sans amis, avec dans son agenda ce mot : "personne à prévenir en cas d'accident", elles seront toutes là, les actrices Brigitte Fossey / Geneviève, Nelly Borgeaud / Delphine, Geneviève Fontanel / Hélène, Nathalie Baye / Martine… toutes les autres… pour ce "double" de François Truffaut, autant amoureux des femmes avec ces dialogues superbes : "les jambes des femmes sont des compas qui arpentent le globe en tous sens, lui donnant son équilibre et son harmonie", "vous avez une façon de marcher, on ne peut rien vous refuser", toutes ces phrases consignées dans un livre qui sera publié post-mortem ; et la dernière prononcée par Brigitte Fossey, la narratrice : "Bertrand a poursuivi le bonheur impossible dans la quantité, la multitude… pourquoi nous faut-il chercher auprès de tant et tant de personnes ce que notre éducation prétend nous faire trouver en une seule ?"…

 

Nous avons, l'amour de ma vie et moi, vu et revu souvent ce film et notre admiration pour Charles Denner augmentait à chaque fois. J'avais quant à moi trouvé le bonheur, total, et je ne m'identifiais pas à celui qui affirmait " malheureusement, il n'est pas question de les avoir toutes" ; rien que regarder le si beau sourire et l'éclat des yeux de l'amour de ma vie me rassurait :

" heureusement que je t'ai rencontré… sans cela, Charles, celui-là, peut-être ? qui sait ?... gros bêta ".

 

©  Jacques Chesnel  (L'amour de ma vie)

21.03.2009

LE PALAIS DE LA RATATINE

Putain c’est pas vrai l’ascenseur est encore en panne trois fois dans le mois soit trois fois 208 marches soit 6240 pour trente jours ouvrables et encore en aller simple je vous dis pas en AR ça commence à faire si bien qu’à chaque fois que je prends cette cage à lapin qui pue le parfum bon marché et la soupe à je sais pas quoi je me demande si cette fois-là je vais pas rester coincé alors maintenant j’emporte mon portable où j’ai rentré le numéro du dépanneur qui arrivera en blouse blanche de préparateur en pharmacie avec quatre heures de heures alors tous les petits vieux et même les grands râlent sur les paliers je vous dis pas… alors là c’est le seul moment où il y a un peu de bruit dans l’immeuble sinon on se croirait à la morgue bon c’est vrai que c’est bien insonorisé quand il y en a tellement qui se plaignent d’entendre le monsieur d’à-côté péter fort toute la nuit et la voisine du dessus glousser au porno de Canal+ quand c’est pas un grand moustachu qui écoute du Bill Evans Peace piece toute la sainte journée ici silence total et bouche cousue tenez moi j’habite au treizième depuis le mois de février de cette année je n’ai entendu ni rencontré personne je m’en souviens c’est quand j’ai perdu Galipette ma petite chatte tigrée roux d’un cancer du foie mais j’y reviens bon sur mon palier un couple lui ancien cordonnier avec l’éternelle casquette vissée au crâne elle ancienne vendeuse rayon layette chez Monoprix la je sais pas combien vieillissante les cheveux tout bigoudinés et les guibolles flageolantes comme des allumettes genre mémés des dessins de Sempé je crois bien que la dernière fois que je leur ai dit bonjour ce doit être avant Noël donc l’année dernière ils m’ont tout juste répondu en vitesse en fuyant à cent à l’heure vers leur gourbi la porte vlan que j’ai même pas eu le temps de leur souhaiter quelque chose que j’en pensais pas un mot mais bon la convivialité hein alors voilà les ratatinés 1… juste de l’autre côté un couple enfin un grande bringue hommasse et  lui un court sur pattes bas de plafond je leur apporte un paquet trouvé dans ma boîte au lettre je sonne la porte s’ouvre à deux à l’heure le mec terrorisé referme la porte je lui dis j’ai un paquet pour vous le facteur s’est gourré il m’arrache le paquet et referme la lourde  brutalement en murmurant merci  que j’entends à peine alors voilà les ratatinés 2… ratatinée 3 une créature parce que je me demande  qui  c’est avec une odeur sur elle pas possible de choux farcis au hareng-saur ou au fromage de chèvre de plus d’un an son éternel panier d’osier sous le bras comme si on allait lui piquer alors l’ascenseur après son passage la mort subite même avec une pince à linge sur le tarbouif… je ne vais pas énumérer tous les ratatinés des autres étages il y a pas mal de spécimen et spéciwomen la voisine du dessous dont je n’ose imaginer les dessous le pépé du neuvième l’air toujours hébété à la menthe ou hagard aux gorilles au choix qui soliloque et crache sur la météo de RTL (il dit encore Radio Luxembourg) qu’est jamais bonne bien fait t’as écouté autre chose pauv’ con une jeune vieille fille de je ne sais où qui ramène toujours un foulard invisible sur son cou grassouillet trop visible heureusement qu’il y a la préposée à l’entretien Madame Suzy et son beau sourire qui se marre sans arrêt et au rez-de-chaussée la petite étudiante qui prépare un master de je sais pas quoi elles relèvent si peu la moyenne d’âge ah si ya un autre jeune avec une boucle d’oreille qui me regarde avec la haine depuis que je lui ai dit au moment de la coupe de foot que je préférais le rugby et le tennis un jour où il avait daigné me parler… je voudrais que ça braille  criaille martèle hurle que ça s’époumone Simone avec plein de décibels total barouf l’apocalypse de la pétarade partout big partouze de bruits je me demande des fois si je vais pas foutre un bordel monstre à fond la caisse dans ce cloitre sépulcral je vais acheter une grosse caisse boum boum et deux sirènes de supporter vrooooon vruuuun et à minuit badababoum pour tous les rabougris et autres raccourcis du cerveau las ou de la cafetière ces ratatinés du Palais de la Ratatine aux abris comme en 40 et je continuerai fenêtres ouvertes avec Mingus à fond à faire trembler les murs et les planchers en béton désarmé à secouer les lustres en bois torsadé avec fausses bougies et fausses coulures oui du grand Charles de Oh Yeah le Hog callin’ Blues et les couinements de Roland Kirk en boucle vous en voulez encore de la musique de sauvages allez la Fire Music d’Archie Shepp encore plus tenez le Free Jazz d’Ornette Coleman c’est pas assez fort bon Le Sacre du Printemps deuxième partie Le Sacrifice plan plan plan plang nin nin nin ning ça vous plaît pas vous préférez André Rieu et son violon dégoulinant de guimauve et de hein ? hé ben bernique… niqués… vous pouvez appeler  les cognes ils vont en avoir pour leur argent avec le mec du treizième qui a pété les plombs à cause du silence éternel et plus si affinités…

est-ce que j’ai bien réveillé tous les recroquevillés de tous les âges ?

…Le lendemain il y avait encore plus de silence que d’habitude dans ce foutu Palais de la Ratatine…

 

© Jacques Chesnel (Jazz divagations)

24.02.2009

LA PORTION INCONGRUE

( hommage à Raymond Devos )

 

Papa dit qu’il trouvait la mer vraiment belle comme d’ailleurs la mère qui quasi nue dans son maillot de bain attendant près d’une grosse dame qu’elle soit revenue pour se mettre à l’eau qui paraît-il était bonne ce jour-là mais un peu agitée car elle avait de qui tenir.

Allo allo disait un type dans une cabine téléphonique et publique puisque ouverte à tous les vents à l’eau à l’eau braillait mon père en donnant des claques paf paf sur ce qu’il appelait les avantages de la mère qui ne voulait s’y couler dedans que quand elle serait revenue avec la marée ainsi que le disait la grosse dame qui ne se baignait pas car c’était la première fois qu’à son âge elle la voyait autrement qu’en carte postale et en noir et blanc parfois coloriée pour les vagues ; le type continuait à alloter comme un sourd Papa à claquer tout pareil le postérieur de la mère qui regardait l’eau revenant à son grand émoi et à son point de départ… et moi pendant ce temps je louchais vers le marchand de glaces installé pas si bête devant l’entrée du Casino qu’était en glace parce que Papa m’en avait promis une pendant qu’il forçait la mère à y aller franco et à reculons plus la mer revenait plus Papa claquait paf paf parfois loupé puf sur les avantages de Maman qui reculait faisant mine de peur il a envie de vous y voir dans l’eau disait d’emblée la grosse pendant que l’autre dans la cabine faisait toujours ses allo allo parlant fort comme vous et moi avec une main devant où qu’on parle pour pas qu’on écoute quand même… c’est que moi aussi c’est la première fois dit la mère en tortillant de ses protubérances pour éviter la main de Papa qui têtu claquait alors dans le vide en rigolant ce qui le fatiguait quand l’eau toucha la Maman elle dit en frissonnant hou elle est de glace alors je me précipitais vers Papa pour lui demander mes cinq francs en lui montrant le casino auquel il manquait une lettre on lisait Cas no tout en prenant la claque à la place de la mère bing je hurlais pour alerter Maman dans l’eau jusqu’aux chevilles poussant ses petits cris d’or frais parce qu’elle était si froide de la vraie glace et moi que je voulais la mienne car j’avais été sage dans le car malgré mes hauts le cœur comme promis… le type avec son air de ne pas en avoir faisait des signes chut chut parce que je gueulais comme le goret qu’on égorge pour que la mère elle entende bien en émiettant des houhouhou qu’elle est froââââde et le père avait enlevé ses godasses et chaussettes retroussant ses pantalons tâtait la mer du grosorteil qui revenait jusqu’à la grosse bonne femme quittant son pliant pour ne pas sentir l’eau tais-toi imbécile entonna Papa à mon edgard plusieurs fois et que l’olibrius qu’était dans la cabine publique jusqu’à côté de la nôtre qu’on avait louée pour la journée gesticulait avec de drôles de gestes le bras plié au milieu et l’autre tapant au milieu que c’en était un vrai bras d’horreur comme Papa le faisait souvent sur son tracteur à un salopard de 75 de parigot… le père s’égosillait de me taire tirant la mère la bretelle du maillot partie haute pour qu’elle aille pas trop loin la mer étant revenue ou presque disant qu’elle était un peu trop grosse et qu’elle ne savait pas bien nager… il vit le type qui beuglait toujours alloallo et tout avec ses gestes il dit bougre de saligaud de 75 tu perds rien pour attendre et moi qu’attendais toujours mes yeux orientés vers la porte en glace du Cas no où se tenait le marchand avec son stand marqué Lopez en gros LOPEZ GLACES en lettres vert millon et décorées de cornets et marrons en gros itou pour l’hiver aujourd’hui c’est les glaces qui marchent… le type lâcha l’écouteur qui tournicota au bout du fil et plouf la mère tomba dans la flotte avec un grand cri car Papa en se démenant face au 75 avait fait craquer la bretelle des avantages que Maman prenait à deux mains en suffocant avec des petits cris moins forts que ceux de Papa continuant ses tu vas voir au parigot qui remettait une pièce pendant que la dame me donnait mes cinq francs pour me taire et que je la trouve moins grosse pour promener son petit clébard parce qu’ils sont interdits sur la plage et que les gardes arrivaient à cause des cris ils avaient tout vu à la jumelle qu’étaient deux réglementaires marqués CRS sur le maillot bleublancrouge et le slip aussi… la mère était à genoux à deux mains sur ses avantages criant que si elle avait peur c’est parce qu’elle se trouvait trop grosse enfin un peu trop et que les vagues allaient saler sa misenplis toute neuve les gardes accouraient le chien tirait sur sa laisse en direction ô bonheur des glaces de Lopez les maillots CRS entendirent alors les alloallo du 75 et le père qui montrait maman à genoux dans l’eau sans son bout de tissu à fleurs qu’elle avait perdu à cause de cette foutue mer et de Papa les deux types très courageux plongèrent croyant la mère se sentant pas bien avec ses avantages à l’air libre qu’étaient interdits sur la plage avec les chiens même tenus en laisse et que celui de la pas si grosse dame aboyait après le 75 qui criait plus fort que papa qu’il avait loupé son train de sa faute alors Papa s’arrêta de faire la nique au gars et dit aux deux marqués CRS que c’était pour de rire qu’elle savait un peu barboter malgré le drapeau rouge que le car était dans une demi-heure mais qu’on avait nos billets… les maillots firent stop et repartir en arrière comme à la télé et dirent à Papa ça va vous coûter un max alors que telle Vénus sortant de l’ombre Maman arrivait en sautillant avec ses avantages à travers ses mains qui débordaient… Papa piteux car il ne savait pas ce qu’était un max dit ben alors si on pouvait plus rigoler et avec sa légitime en plus que tout ça c’était à cause du bitenique celui de la cabine publique d’à côté qui refaisait mine de rien son geste à Papa pendant que les deux maillots biglaient la mère rentrant dans notre cabine en tortillant encore plus de ses avantages que c’est pas tous les jours qu’on rencontre de ces types si bronzés qu’on dirait des réclames comme dans Jours de France dans la salle d’attente de notre dentiste… alors Papa cria salaud les deux types sursautèrent raides comme à la parade croyant qu’il avait vu leurs manigances et leurs yeux lubriques sur les avantages de la mère qui fermait la porte un brin flattée tout de même… la dame appelait son clebs et moi à l’autre bout car elle quittait son pliant trouvant que ça sentait le roussi ou le poulet ou les deux le chien partant au galop et je lâche tout c’est le moment ou jamais pour ma glace où qu’y avait personne justement qu’est-ce qui vous arrive Monsieur on vient pour sauver votre petite dame d’une mort affreuse et c’est comme ça qu’on nous remercie non non dit Papa pas fier c’est l’autre là-bas çui de la cabine avec ses alloallo ses gestes et ses manies et tout les maillots ne virent personne le gus avait filé car il avait loupé son train et qu’il avait plus de monnaie pour l’appareil… c’est le moment que malin Papa choisit pour s’apercevoir de mon absence et de gueuler tout en tournant dans tous les sens que j’étais disparu sûrement enlevé par ce type avec sa barbe comme ils en on tous les jeunes qui ne veulent plus rien foutre et les maillots dirent oui c’est bien vrai plus aucun ne veulent saluer le drapeau que c’en est la faute du hache que fument ces poilus de Lorient et la mère qui ressort de la cabine avec ses cheveux qui dégoulinent sur la robe du dimanche qui met Papa dans tous es états par rapport aux avantages qu’y dit…

quioioioioi dit-elle sur un ton qui ne manquait pas d’air ON A ENLEVÉ NOT’ GAMIN  et de se mettre à rameuter tout le quartier car c’était maintenant l’heure du car et le dernier justement dans cinq minutes moi chez Lopez j’avais pris la plus grosse de la fraise et du vert qui débordait du cornet en plastoc et je voyais planqué dans l’entrée en glace de casino qu’avait retrouvé son i à l’intérieur une affiche du ciné  qui jouait le dernier tango à Paris  avec une queue de cinquante espectateurs tous des hommes ou presque avec deux femmes qui disaient que c’était parce qu’elles aimaient beaucoup la danse et leurs maris aussi la langue en mettait un sacré coup sur la glace et la mère au loin avec une bouche ouverte comme un porte de grange à foin et tournicotant pareil au truc que parlait le 75 quand il pendait au bout de son fil le rose glissa un peu sur le vert et le vert sur mon p’tit chorte marron elle devait crier mon enfant mon petit pour faire chic devant le monde d’habitude elle dit le gamin mais moi je m’en balance une des dames de la queue dit encore des ploucs qui voulaient se rendre intéressants et que la bonne femme c’est-à-dire ma Maman on a volé mon petit je veux qu’on me rende mon enfant comme si je vous le demande on va enlever un gamin de plouc  je lui ai tiré une de ces langues vertes qu’elle m’a dit qu’est-ce que tu fiches ici c’est interdit aux mineurs de moins de dix-huit ans avec ma glace à trois francs que Lopez m’avait vendu cinq j’ai pris la taloche ma tête valdinguant sur un photo où qu’on voit un gros blond montrant son cul blanc à des danseuses maquillées comme des filles de mauvaise vie j’en perdais pas un goutte ça aide à enfiévrer mon imagination et le reste avec la main je n’en voyais plus la mer Papa Maman les maillots marqués CRS à côté de la queue qui avançait vers la caisse avec mes babines rosévertes et mon cornet maintenant vide j’étais vraiment ébaubi alors que venait de la salle toute proche des paroles bizarres que rien ne va plus noir impair et manque… je pensais bien que Maman devait être dans un de ses états elle s’affole pour un rien dix minutes de retard et le troupeau de vaches m’était passé sur le corps comme j’avais un peu mal au cœur et que la queue était rentrée dans le cinéma je cherchais la sortie quand j’entendis la sirène au milieu des rien ne va plus et de l’orchestre qui jouait l’air que chante Mireille Mathieu le matin sur Luxembourg qu’est la préférée de Papa et la jalousie de Maman l’ambulance passa en trombe et moi aussi à travers la porte en glace que j’avais pas vu parce qu’elle était en verre et pas teintée comme celle de la charcuterie chez nous baaaaoum ! que ça fit la tête la première  je me retrouvais sur le lac à dame les quatre fers en l’air et la tronche en compote le petit chien bondit sur sa propriétaire qu’était sur mon chemin ce qui la fit tomber comme un coing trop mûr en faisant splatch re-baoum en une seconde chrono les chutes les glaces les kaî kaî du médor les barrissements de la patronne la sirène de l’ambulance écrit à l’envers les braiments de ma mère les brames de Papa la sonnerie du téléphone dans la cabine publique le claquesonne du car qu’on aurait dû être dedans le ronron du monoplace dans le ciel traînant derrière lui un calicot pour les pellicules Kodak le directeur du Cas no qui se pointait y en a marre des attentats la caissière qui debout n’était pas aussi bien qu’assise et qui se lamentait le pauv’ garçon le pauvre petit pendant que je tournais de l’œil et même des deux haaa en même temps…

Quand je repris oui connaissance et conscience où ça ah dans l’ambulance qui sentait pouah qui sentait l’eau de toilette Splatch de Papa et les dessous de bras de ma Maman que j’avais le nez dessus la sueur des deux maillots marqués  CRS CRS quand je repris oui conscience dans le silence feutré de ce blanc corbillard qui mène parfois à un train d’enfer ponctué de sirènes au corbillard noir ce fut pour voir la pièce de monnaie que Papa me mettait sous le nez pour un autre glace promise entre les avantages de la mère que j’avais jamais vu de si près oh Maman ah Maman ne me quitte pas ton Jacques est revenu bobo là oh oui je sus à cette seconde que jamais non jamais je ne pourrais oublier ce voyage mon premier à la mer que papa trouvait si belle ainsi d’ailleurs que la mère qui oui toute nue dans son maillot de bain attendant près d’une grosse dame oh oui…

mais je donnerais volontiers toute cette infime portion de ma vie le voyage en car le mal au cœur la mère dans l’eau la grosse dame au chien le 75 dans la cabine les cinq francs de Papa les maillots marqués CRS la glace Lopez la caissière du cinéma du Cas no les images du dernier tango l’ambulance et même le reste rien que pour retrouver la Marina dans les glissades sur les meules de foin nos embrassades et autres pelotages hardis qui me manquent tellement aujourd’hui trente ans après rien n’a changé la mer est toujours là mais plus Maman ni Papa ah si le Cas no a retrouvé son i à l’extérieur le marchand de glaces s’appelle maintenant Garrido il n’y a plus de cabine téléphonique avec tous ces portables à l’oreille les dames sont moins grosses et les CRS ne sont plus en maillot les chiens sont plus petits quant à Marina…

 

©  Jacques Chesnel  (Miscellanées)

16.02.2009

CONVERSATION 3

- Ououououh ! que ça fait du bien de s’asseoir

- à qui le dites-vous

- il y avait du monde à la sortie de l’école

- ben demain c’est mercredi alors

- oui tu peux aller sur les balançoires mais tu fais attention

- la mienne c’est pareil on s’demande ?

- ce qu’elles ont à vouloir s’envoyer en l’air si jeune

- oh ! c’est pas ce que je voulais dire mais

- ou s’étourdir un peu avec les devoirs qu’elles ont

- on n’est pas bien assis sur ces nouveaux bancs

- ah ! dame oui je préfère les anciens ceux en bois

- n’empêche que ce square est vachement bien non ?

- pratique à côté de l’école et bien entretenu

- oh ! mais il y en a qui

- Muriel pas si haut je t’ai déjà dit

- la mienne elle préfère les portiques

- vous avez vu la manif à la sortie

- c’était pour les clandestins enfin j’veux dire contre

- quand même venir les chercher à la sortie

- ils ont renvoyé un copain de Muriel un petit malien mignon

- oh !

- il y a eu de la bagarre

- faites attention à mon sac je vais aux toilettes

- attention hier y avait pas de papier

- comme les sans… hihihi

- n’empêche… non madame la place est prise

- et aujourd’hui y a pas d’eau

- faut réclamer au gardien

- Muriel arrête encore une fois et j’arrive

- ils ont même tabassé un p’tit vieux qui venait chercher

- ma grand-mère dit qu’en quarante-deux c’étaient les juifs

- quand même

- bon cette fois Muriel tu descends tu deeescends

- tiens voilà le gardien

- c’est pas un gardien c’est un préposé maintenant

- hep monsieur ya les chasses d’eau qui coulent

- on a prévenu le plombier mais vous savez ce que c’est

- manman j’ai faim

- attends je cause

- faudrait augmenter le impôts

- les impôts… pour le square ?

- ça pour piquer not’ pognon

- faut écrire au maire

- écrire au maire pour l’eau des chiottes ?

- manman j’ai faim euh

- tu attends ou t’en prends une et arrête de pleurnicher

- nous en vacances on va à Pornichet

- la Bretagne avec la flotte très peu pour nous

- c’est dans le sud

- dans le sud ? non c’est en Bretagne

- c’est ça qu’est-ce que je dis en Bretagne du sud

- bon on va y aller parce que Muriel m’énerve

- la mienne c’est pire elle devient tobèse

- ben moi je la rédime sans ça

- on est toujours en train de la surveiller car elle

- je compte dans le frigo moi aussi

- et puis elle commence à ricaner devant les garçons

- tant qu’elle ricane… elle commence pas un peu tôt

- ya plus d’âge à douze ans elles ont des seins partout

- et puis après les fesses

- et après je vous dis pas ha ha ha

- si on écrit au maire on lui dit aussi pour les bancs

- pendant qu’on y est mais vous savez

- des fois ça marche

- une fois mon mari a signé une pétition

- et alors

- alors peau de balle et balai de crin

- c’était pour balayer dans les rues ?

- oui à la voirerie

- votre portable sonne

- non le mien c’est pom pom pom pom

- allo allo oui  non  d’accord  à tout à l’heure

- mon mari sera encore en retard ce soir

- le mien c’est tout les jours

- ou bien ils ont du boulot ou ils nous racontent des

- ou les deux le mien est vraiment crevé

- on finit par se faire des idées

- Muriel on rentre

- tiens voilà le préposé qui revient

- les ouatères sont réparées

- jusqu’à la prochaine fois

- et vous avez remis du papier toilette

- on est en rupture de stock

- faut venir avec le sien c’est plus sûr

- soyez pas si fatalitaire

- merci quand même

- Muriel je t’appelle une dernière fois et après

- il est temps qu’on parte il tombe des gouttes

- c’est pas étonnant avec ce temps pourri

- à la météo ils se gourent tout le temps

- oui demain c’est mercredi

- encore un car de flics pour l’école

- tous les jours maintenant faut faire du chiffre qu'y disent

- allez à jeudi

- si on est encore vivant

- Muriel donne-moi la main pour traverser ou sans ça

 

©  Jacques Chesnel  (Conversations)

09.02.2009

LE SECRET DE BELAVIT MOUNTAIN

Il n’y avait jamais eu de problèmes à Belavit au cours de mes fréquents séjours, quelques saines colères, pas de brouille si ce n’est se faire la gueule un moment, quelques chicanes, pas de grosses tempêtes, certains flirts poussés ou pas, pas d’adultère déclaré… du moins à ma connaissance. Tout se passait dans l’allégresse et la petite ripaille bien proustienne, jamais les choses ou autres n’allaient trop loin, nous étions entre gens de bonne compagnie n’est-ce pas… mais n’anticipons pas, trop.

 Je faisais quelques balades seul avec (mon MP3) ou en bande (magnétique) pour l’entretien de la forme ou la forme de l’entretien jamais de jogging… la forêt était attenante avec chemins et sentiers qui avaient été balisés par nos hôtes pour leurs hôtes… je m’égarais parfois volontairement et découvris un jour ce que les gens du coin appelaient la montagne, oh juste une colline paraissant énorme dans ce pays plat comme la main enfin presque… c’est par là que la jolie bergère passait avec le troupeau et je la saluais parfois de loin ohé… cette montagne était parsemée de clairières apaisantes pour mes muscles citadins à l’épreuve de la marche et je goûtais avec avidité la sieste sur herbe ou tas de feuilles une pâquerette entre les dents la bouteille d’eau à proximité… j’avais repéré un petit coin très ombragé genre chapelle à ciel ouvert où je me sentais tellement si bien que je voulais vivre ce moment intensément avec un sourire permanent large d’un kilomètre… mon plaisir était parfois gâché par un bruit de voiture proche et insolite en cet endroit mais je ne me posai pas trop de questions bien que ce bruit tiens !… je poursuivais ces balades de découverte en découvertes dans un périmètre relativement restreint et je découvris un jour une espèce de cabane faite de bric et de broc qui se voulait dissimulée sans trop y parvenir… curieux je m’approchais pour ne rien voir d’autre que poutres mal taillées, rondins, quelques tôles mal ondulées et une bâche ce qui aiguisa ma curiosité… et ce bruit de voiture en forêt qui se rapprochait…

Je n’insistai pas sauf que le lendemain curieux j’y revins dégageant quelques morceaux de bois pour apercevoir ce qui me sembla être des caisses… des caisses qu’est-ce ? me dis-je… en approchant mes yeux de plus près j’entrevis des inscriptions en quoi en cyrillique putain de merde des armes ? et une flamme dessinée sur les caisses… des explosifs !... il y avait bien quelques cinglés dans le coin qui arboraient des uniformes genre camouflage, qui pavanaient en jeep et jouaient comme des cons à la guéguerre mais des caisses d’armes de provenance d’où… des Balkans ?... et cette voiture noire une 403 qui rôdait... on l’avait vu une fois dans le chemin d’accès privé à la maison… tiens tiens !...

 au retour j’en parlai à la gent masculine aussi surprise et indignée que moi… des caisses d’armes, des explosifs… c’est pas vrai… tu es sûr ?... on va pas rester comme ça les bras croisés, non ? que peut-on faire ???

 

lu dans le journal daté du 15 juillet dans le rubrique faits divers :

 

On nous a signalé un feu d’artifice dans la forêt non loin du lieu-dit Belavit le soir du 14 juillet… les habitants des fermes environnantes furent surpris par des explosions en chaîne qu’ils mirent sur le compte de fêtards éméchés bien connus dans la région…  les pompiers durent intervenir mais aucun grand feu, aucun dommage ne furent signalés… une enquête est en cours par la brigade de gendarmerie ainsi que certains services de  l’armée car on a retrouvé des débris d’armes plus ou moins lourdes…

 

Au cours de ces enquêtes on ne sut et ne put rien dire à Belavit mais on pensait quand même qu’on n’avait pas été pas loin de la destruction d’armes massives hein ?… ah ! si dit-on à la maréchaussée enquêtrice, seulement la présence occasionnelle de la voiture noire la fameuse 403… qu’on retrouva quelques jours plus tard entièrement calcinée sur le bord d’une petite route non loin de là… ouf !.

 

©  Jacques Chesnel  (Jours heureux à Belavit)

02.02.2009

CHAUFFEURS

Ce petit restaurant est vraiment sympa ; normal me direz-vous puisque routier, donc… Il ne désemplit pas de l'année du matin pour le jus jusqu'au soir pour le dernier verre, oui vraiment sympa, on ne peut vraiment pas dire ce qu'il a de plus que les autres mais il l'a, tout le monde est d'accord, Julien le premier qui n'a jamais hésité à faire le détour et une halte pour retrouver des collègues et refaire le monde qui en a bien besoin, n'est-ce pas ?

 

Tous les camions ou presque, très gros ou moins, portent le sigle TIR c'est dire s'il font du chemin et traversent l'Europe de l'Ouest dans tous les sens, on se connaît, se reconnaît (les Déménageurs Bretons, les Norbert Dentressangle, les Juan Alvarez de Valencia, les Calberson, DHL, Dimotrans et autres transporteurs de logistics, meubles et diverses cargaisons mystérieuses qui nous interrogent parfois…l'apparition de nouvelles immatriculations internationales, les AL, BG, CS…) avec un appel de phares et un signe de la main quand on se croise, on salue les nouveaux qu'on chambre un peu, une sorte de bizutage cordial pas comme ces connards d'étudiants des grandes écoles, on ne cherche pas à biturer ni humilier non, on chambre un peu c'est tout c'est pas grave…

En dehors de notre confrérie de la chauffe, autres habitués ou non, les clients de passage font bon ménage avec nous à quelques exceptions près sans jamais de gros problèmes oh on se regarde parfois, on toise on se toise, on côtoie des jeunes cadres dit dynamiques, des VRP affairés ou abattus, des retraités en goguette, des étudiants en balade avec sacs à dos, des cars entiers de voyageurs fatigués ou d'écoliers turbulents, parfois rarement des artistes en tournée, des cyclistes, randonneurs seuls ou en groupe, sportifs avant match les plus musicaux étant ceux du rugby, les plus braillards ceux du foot, des étrangers perdus ou affamés, des bobos qui s'encanaillent, des putes avec ou sans les macs, des paumés inquiets, des inquiets paumés, des amoureux béats, des fugueurs affairés, des rigolos ou gueules à l'envers, bref tout un monde qui se réunit pour la bonne bouffe, l'atmosphère conviviale, le patron qu'on tutoie, la serveuse dont on défait le nœud du tablier et qui rigole. Il y a toujours un coin où on se réunit entre nous pour les derniers potins, propositions d'embauche ou les échanges de photos ou calendriers, les filles du Pirelli ou les rugbymen ou plus hard pour les vicelards qui rencardent sur les lieux de plaisir sur les parkings d'autoroute…


Julien, physionomiste, a le chic pour repérer les futurs copains. Il se trompe rarement, le physique peut-être mais surtout une attitude, un geste, une phrase. Enthousiaste souvent, déçu parfois, il a une foule de potes qu'il aime rencontrer au gré des trajets, tenez, Lulu avec ses innombrables fiancées, Bernard qui parle de ses mioches qu'il adore et ne voit que rarement, Edouard qui imite Balladur à pleurer de rire, une jeune femme belle et triste, Estelle qui est venue au camion parce que son mari taxi l'a abandonnée, Mouloud qui rêve de conduire au Japon et apprend la langue, Roger qui dit toujours tu vois alors qu'il perd la vue et s'interroge sur son avenir, Debureau qu'on appelle Baptiste parce qu'il fait parfaitement le mîme bien qu'il se prénomme Auguste, un p'tit jeune Sam dont les bras lui font souvent mal parce que son camion vieux modèle n'a pas de direction assistée, un quinqua qui veut arrêter mais a trop de pensions alimentaires à payer et dont on se moque alors Galabru encore une nouvelle ?, un beau garçon aux cheveux longs, toujours solitaire, que Julien ne voit pas assez souvent et dont il ne sait pas grand-chose, il cause peu, donne l'impression de toujours s'ennuyer, sent le parfum bon marché, lit des revues musicales de rock ou des romans américains, ne fume pas et ne boit que du coca ou des jus de fruits.

 

Cet été Julien a revu le jeune gars dans ce routier on the road again     entre Nevers et Moulins tiens te revoilà toi comment va le boulot ça fait une paie dis donc je ne t'ai jamais demandé t'es chauffeur chez qui toi maintenant oh je change souvent ça dépend des tournées ah bon ben oui tout de suite je fais celle d'Eddy pour les premières parties on donne un concert demain… avec Eddy Machin ?... ben oui quoi, mon boulot c'est chauffeur de salle... hé, t'entends ça Maurice !.

 

©  Jacques Chesnel  (Miscellanées)

26.01.2009

VOYAGE(S)

On dit qu’il faut savoir poser ses valises j’ai longtemps essayé jamais pu y arriver et voilà qu’avec l’âge je m’affole même pour une petite course. C’est pas la peine d’être allé partout ou presque sur la planète et avoir les jambes qui flageolent en prévoyance d’aller chercher le pain à côté on dirait que c’est comme pour une expédition et ça ne s ‘arrange pas avec l’amour de ma vie qui me tanne avec le cache-nez ou le parapluie hé oh je ne vais pas en Sibérie et la mousson est passée. A chaque fois que je prends l’ascenseur je me dis que cette fois la panne en plein milieu je ne vais pas y échapper  ah la porte s’ouvre je me suis encore trompé je suis au deuxième sous-sol avec la fumée d’un vieux diesel dans les narines, sacrées bagnoles. Bon ça continue le boulanger est fermé pour cause de mariage le prochain est où commence une sorte de trouille suivie d’un bref spasme intestinal quelle expédition pour une baguette un vélo qui roule sur le trottoir ohé vous ça va pas ta gueule vieux con je me retourne c’est pour moi je n’ai pas pris mon portable elle doit être encore chez la voisine du septième ciel et son chihuahua teigneux on m’appelle houhou la voilà à la fenêtre me faisant des grands signes fais-bien-at-ten-tion oui oui ça va je me débrouille un léger vertige frissons il fait de plus en plus chaud cela devient étouffant j’ai comme l’impression que et un nouveau paysage nous sommes en route pour Tabato petit village de Guinée-Bissau dans une vieille 404 avec notre chauffeur Ali qui cherche désespérément à éviter les fondrières de la route depuis Bissau en passant par Bafata un  jour de grand marché on avait remarqué un cochon braillard sur la galerie d’un vieux bus plein à craquer ce qu’on avait ri et les jeunes qui m’appelaient papa et l’amour de ma vie de plus en plus belle sous ce soleil de plomb nous allions retrouver les musiciens français de jazz qui avaient joué la veille une rencontre avait été organisée avec les hommes du village qui construisent dit-on les meilleurs balafons de tout l’ouest de l’Afrique il est six heures le village est désert aucun bruit hormis pépiements d’oiseaux et bêlement de chèvre quelques minutes un léger coup de klaxon un vieil homme apparaît dans une longue robe violette la tête coiffée d’une calotte le chef de village discussion des artistes français venus rencontrer des artistes guinéens il avait été prévenu mais ne se rappelait pas du jour exact il frappe dans ses mains et tout le monde sort des cases hommes femmes enfants explications fin exceptionnelle du ramadan allez mettre vos habits de fête et sortez les instruments pour honorer nos visiteurs

 

 

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je halète un peu je suis trempé de sueur j’ai dû me tromper de chemin pour cette foutue boulangerie quel con suis-je il faudrait les hommes apportent deux balafons et des instruments de percussion les femmes arrivent une à une avec les robes multicolores les enfants nous entourent sourient et font des grimaces aux appareils photo et au caméscope l’amour de ma vie n’en croit pas ses yeux moi non plus un concert improvisé commence les femmes chantent et se mettent à danser à tournoyer  un adolescent noir casquette et jean troué me demande ça va monsieur dites ça va oui mais où est la rue à tournoyer et nous battons des mains et tapons des pieds la tête d’un enfant surgit entre les balafons les rythmes changent l’amour de ma vie me regarde de son si beau sourire les femmes me regardent elle regarde les hommes les petits qui se trémoussent aussi le temps est comme suspendu dans le soleil déclinant entre les arbres et les cases nous sommes heureux dans cet autre monde nouveau pour nous on les remercie on s’étreint un tout petit gamin vient vers l’amour de ma vie et lui tend les bras elle a des larmes de bonheur plein les yeux je crois que je suis dans la bonne rue maintenant tout près de cette foutue boulangerie dans l’auto nous rions en nous tenant par la main comme depuis toujours  Ali pouvez-vous arrêter nous voulons boire tenez Ali merci je ne bois pas c’est le ramadan il faut que j’attende encore oh Ali excusez-nous ya pas de mal et j’aperçois l’enseigne baguépi rétrodor machin là tout près bonsoir je voudrais une baguette tradition bien cuite désolé monsieur il ne nous reste plus de pain  avec ces vacances et notre collègue qui est fermé pour le soir à l’hôtel dans notre chambre climatisée qui ronronne nous regardons le film de cette journée et alors l’ascenseur la voisine du septième son chihuahua la rue la boulangerie le pain et le reste qu’est-ce qu’on s’en fout mais alors là totalement.

 

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©  Jacques Chesnel  (l’amour de ma vie) 

15.01.2009

IMPATIENCE

J'ai commencé très tôt, tout de suite; je me souviens, à peine sorti du ventre de ma mère je voulais déjà tout tout tout sans le savoir vraiment. Je ne vais pas en faire des tartines sur mes premières grandes impatiences de bébé, d'enfant, d'ado, de jeune homme, je n'ai pas tout mémorisé, je n'ai pas envie de faire de tels retours en arrière inutiles ou bien alors si vous le désirez trouvez une camionnette voire un cinq tonnes; donc je ne vous raconte pas les trépignements, piaffements, précipitations, énervements, agitations, crispations qui se sont succédés… jusqu'à la rencontre avec l'amour de ma vie qui a su immédiatement calmer mes pulsions par son calme et sa douceur, sa gentillesse, pour tout dire son amour… oh, il y avait des résurgences, des rappels plus ou moins contrôlés, tenez…

A peine parti en voyage je voulais être déjà arrivé, au cinéma j'attendais fébrilement la fin depuis le début, pareil pour un livre ou un disque, aux repas vite au dessert dès l'entrée, au lit, sauf pour l'amour, à peine couché déjà l'envie d'être debout… je pourrais  aligner des centaines d'exemples mais petit à petit j'ai commencé à me détendre…

Je vais vous narrer ma dernière grande impatience.

Cette année-là, 1990, nous avions décidé d'aller à Prague, puis de visiter les villes d'eau surtout Mariánské Lázné, la Marienbad d'autrefois et film d'Alain Resnais que nous avions aimé. Ce fut un émerveillement constant, à Prague, le Pont Charlles évidemment, le Château et la cathédrale Saint Guy, l'église Saint Nicolas à l'intérieur si baroque (nous logions en face chez l'habitant, une gentille dame dont le mari opposant au régime communiste avait été déporté (nous arrivions à nous comprendre en charabia franco-allemand-anglais-dico), le quartier Mala Strana sur le bord de la Vltava où nous aimions flâner, la place de la vieille ville et le vieil hôtel de ville où nous assitâmes à un mariage (on embrassa les mariés), le cimetière juif, le Kaffee Kafka et le Musée Mozart dans la villa Bertramka, le piano sur lequel il joua et où je pus poser mes doigts pendant que l'amour de ma vie faisait le guet… ah ! vous vous impatientez de connaître ma dernière grande impatience ?...

 

attendez donc la fin notre séjour à Márianské Lázné, la centaine de sources d'eaux ferrugineuses (on pensa à Bourvil, l'alcool, non!), la somptueuse architecture de la colonnade de 1889, les promenades, le retour à l'hôtel 3*** merdique et son restaurant où le maître d'hôtel ressemblait tant à Olivier Stirn notre député qu'on avait du mal à ne pas pouffer… visite ensuite à Karlovy-Vary et Ceské Budéjovice avant dernière soirée au restaurant et dîner aux chandelles ; en rentrant notre logeuse nous apprit que c'était bientôt la libération de l'occupation russe discrète mais là quand même et le lendemain nous partions vers l'Autriche pour le retour… et c'est à la frontière qu'eut lieu cette fameuse dernière impatience :

Il y avait une bonne vingtaine de voitures d'étrangers devant nous et nous voyions la barrière de contrôle se lever et s'abaisser régulièrement après vérifications des papiers quand alors qu'il restait huit voitures la barrière ne s'ouvre plus, on attend cinq puis dix minutes et là je commence à transpirer grave, bordel, que se passe-t-il ? ne t'énerve pas chéri, non mais quand même, juste quand c'est presque à nous boum rideau c'est pas croyable, ils le font exprès non, je klaxonne, devant on lève les bras d'impuissance, je sors de la voiture ainsi que les autres occupants devant nous, quand nous voyons tous les gardes s'en aller un à un derrière le batîment du contrôle et entendons un bruit épouvantable de moteur qui hurle, nous nous approchons et suivons les derniers contrôleurs : tout le monde regardait le dernier char de l'armée russe qu'on tractait dans une remorque pour son départ au milieu des hourras et de bravos… LE DÉPART DU DERNIER CHAR RUSSE… cela valait bien la peine de s'être impatienter ; depuis ce jour, je suis beaucoup plus calme.

 

©  Jacques Chesnel  (L'amour de ma vie)

 

08.01.2009

CLÉMENCE

J’ai cru longtemps que c’était uniquement un mot, un joli mot plein de douceur phonique avant de savoir que c’était aussi un prénom quand nous sommes allés avec mes parents pour la première fois rencontrer ma grand-tante qui habitait dans un bourg du bocage normand. C’était une grande et forte femme toute en rondeurs ce qui changeait agréablement de la sécheresse hautaine de sa sœur ma grand-mère maternelle que je détestais sans le montrer bien sûr parce que alors la beigne partirait vite. Habillée d’un ample corsage surmonté d’une guipure et d’une vaste jupe qui effleurait le sol, Tante Clémence (à chaque fois que je prononce son prénom cela s’illumine à l’intérieur de moi) était d’une gentillesse que la dureté et pourquoi pas le dire la vacherie de sa sœur rendaient encore plus appréciable. Il faut bien avouer que du côté du paternel je n’étais pas gâté non plus, sa maman, petite, revêche et moche était d’une constante méchanceté à mon égard, dénonçant à mes parents les moindres petites bêtises que je m’empressais de faire rien que pour voir où cela pouvait aller… Un exemple : la soupe aux poireaux-pommes de terre que faisait ma maman dans les temps difficiles, elle mettait tout le poireau y compris l’extrémité immangeable des feuilles vertes que je repoussais sur le bord de l’assiette et alors avec son air de vieille sorcière elle raclait le bord et remettait le tout dans le fond tiens mon gars pour te faire grandir que j’avais des envies de meurtre le nombre de fois que je l’ai tuée… Pas besoin de faire un dessin ou d’y aller par quatre chemins, vous aurez compris que je vomissais mes grand-mères, que je n’ai eu pour elles aucune affection et je crois bien que c’était du réciproque, je n’ai aucun mais alors aucun souvenir de l’ombre d’un geste de tendresse ou l’adresse d’un petit mot gentil, un dragon et une cafteuse j’étais gâté, les Dupond & Dupont de la méchanceté j’étais servi… alors que Tante Clémence, que j’ai peu connu il est vrai, non seulement sentait bon sur elle les fleurs de son jardin mais ses yeux et ses gestes reflétaient la gentillesse et l’amour. Elle aimait me raconter des histoires que je buvais bouche bée, des histoires pour enfant et aussi concernant son mari qui était parti à la guerre de 14/18 quelques jours après son mariage et qui n’était pas revenu, tué le 13 novembre, deux jours après l’armistice, l’annonce n’étant pas parvenue dans un coin isolé où il croupissait depuis un mois ; elle l’avait revu pendant deux courtes permissions et me disait que c’était les plus beaux jours de sa vie. Du haut de mes huit ans bien que je sois petit j’envisageais de devenir son nouveau mari rien que pour faire plaisir à Clémence et embêter mes grand-mères, je ne connaissais pas encore le mot salope à cette époque mais je pensais fort à l’inventer et à l’appliquer à ces deux mégères, je ne pratiquais pas beaucoup le mot amour Clémence me paraissant la personne à qui ce mot magique revenait de droit…

 

Aujourd’hui, quelques décennies après, l’amour de ma vie ne se prénomme pas Clémence, je garde secret son prénom adoré qui chaque fois que je le prononce (souvent) me ramène (quelquefois) à ma grand-tante à sa gentillesse à son odeur de fleurs et à sa jupe longue sauf que l’amour de ma vie a une autre odeur, un autre parfum encore plus attirant et que sa jupe est nettement plus courte.

 

©  Jacques Chesnel  (l’amour de ma vie)

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