26.07.2009
DESCENTE
Cela faisait longtemps qu’on avait envie de visiter le Portugal en long en large et en travers on s’est décidé en vitesse le temps d’acheter un guide et un petit dico parce que nous à part l’espagnol et comme il ne faut pas le parler là-bas… comme on les comprend ne pas confondre… on a dit qu’on commencerait par le nord et qu’on descendrait jusqu’à Lisbonne parce que le sud très peu pour nous l’amour de ma vie et moi préférons depuis toujours les villes plutôt que les plages et les monuments plutôt que la bronzette. Agréable traversée de la Castille jusqu’à sa perle la magnifique Salamanca, étape à notre hôtel favori (dont l’enseigne, Los Reyes Catolicos, nous faisait toujours sourire, nous qui ne sommes pas royalistes et encore moins catolicos) choisi loin du centre à cause des bruyantes festivités nocturnes permanentes sur la plus parfaite Plaza Mayor de toute l’Espagne, en tous cas notre préférée. Un peu avant d’arriver à Valladolid nous nous arrêtâmes pour sourire à un jeune berger avec un walkman sur ses oreilles et dansant devant son troupeau de moutons. Nous avons rejoint Braga notre ville de base pour visiter la région du Minho et se régaler du vinho verde (surtout le Mateus) que nous avions découvert … en Guinée-Bissau, ancienne colonie portugaise, lors d’un voyage africain. La veille de notre départ pour Porto, la réceptionniste de notre hôtel nous demanda si nous étions allés au Bom Jesus… heu nous pas du tout heu… vous savez il y a une très belle vue sur Braga et les environs… alors en route pour le Bom Jesus do Monte à cinq kilomètres pour voir le plus étonnant sanctuaire catholique du Portugal avec son escalier de 600 marches, la Via Sacra et sa vingtaine de chapelles. Nous laissons la voiture au parking encombré de cars touristiques et l’amour de ma vie décide de prendre le funiculaire, merci, pour le retour on descendra les marches. Pendant le trajet l’amour de ma vie se serre encore plus contre moi par jeu ou parce qu’elle a peur des quelques ratés du transport qui crapahute, la cabine est bondée nous sommes apparemment les seuls à ne pas parler portugais alors on se sourit tous un peu bêtement et alors je la serre encore plus…
C’est vrai que la vue est superbe malgré un léger brouillard et que nous passons vite sur les bondieuseries et autres attrape-nigauds touristiques. Après quelques sandwiches et boisson, l’heure de la descente est venue étant convenu qu’il fallait prendre son temps sur ce bel escalier que certains pénitents eux montent à genoux lors de grandes fêtes, nous allons nous le descendre à pied… chacun ses goûts. Sous le soleil maintenant revenu nous descendons donc à notre main si l’on peut dire quand arrivés presque au milieu retentirent des appels insistants de klaxon venus du parking et que déboule derrière nous à grande vitesse une petite femme perchée sur ses hauts talons qui s’adresse à nous en portugais heu nous français vous parler plus lentement ah vous franchèche moi bien connaître France avé Juan (elle prononce Juan et non pas Rouanne comme les espagnols) nous habiter Montbéliard usine Peuchot lui ouvrier en ouchine moi femme de ménage pendant vingt et un ans nous retourner Portugal maintenant à Evora oui nous connaître avons visité pour les fortifications de Vauban patrimoine Unesco moi travailler dour yé faichais les toilettes les lavabos les véchés huit ores par your dans années 70 mais bon Juan et moi enfants retraite et le bus ouoooong ouooong nous dépêcher moi vouloir vous voir Juan content parler franchéche avé vous enfants restés Montbéliard venir dans grande maison constrouite par Juan et vous retraite auchi ? Portugal très joli pour voyage nous aimer beaucoup Porto le bus ouoooong encore plus fort faut che dépêcher et nous descendons plus rapidement elle sur ses talons aiguilles et moi avec la main de l’amour de ma vie dans la mienne qui serre toujours fort le parking en vue des silhouettes qui font de grands signes voilà voilà et elle se précipite et parle à un grand gaillard qui nous regarde voilà des franchèches alors il retire sa casquette vient vers nous souriant embrasse ma chérie et me prend dans ses bras tandis que tous les occupants du bus une amicale d’anciens de chez Peugeot sortent et nous congratulent rires embrassades et poignées de main énergiques tapes dans le dos aïe malgré le chauffeur du bus qui remonté refait ouoooong tout le monde rentre dans le véhicule qui part aussitôt avec dedans des grands gestes d’adieu jusqu’au tournant et l’amour de ma vie émue me regarde avec son si beau sourire et me murmure tendrement alors on remonte là-haut ?... ouooooong !.
© Jacques Chesnel (l’amour de ma vie)
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19.07.2009
COUTEAUX
Les attirances pour les objets me semblent incompréhensible aussi quand l’amour de ma vie s’est mise à collectionner les couteaux cela devait remonter jusqu’à son adolescence chez les scouts pendant une année elle conservait précieusement le premier religieusement et le second qu’un grand connard brun lui avait offert torturant bêtement ma jalousie il ne s’est rien passé je t’assure il était amoureux moi pas j’aimais les couteaux c’est tout… durant nos nombreux voyages dans tant de pays la chasse au couteau était ouverte d’abord la Suisse pays providence partout les mêmes recherches pour les couteaux fixes ceux de poche à lames multiples ou à cran d’arrêt les éjectables les automatiques les pliants les marques bien sût elle savait tout sur les Laguiole Opinel Pradel Victorinox Papillon les italiens et toute leur panoplie avec attirance pour celui typique de Scarperia les espagnols la navaja la coutellerie d’Albacete ville qu’il a fallu visiter elle savait tout sur les Smith & Wesson des USA et les Okapi sud-africains évitant bien évidemment les couteaux de viande boucher ou chasse pouah bien vite cela tourna à la collectionnite aigüe sans que jamais nous en venions à couteaux tirés bien sûr parfois je moquais un peu réponse automatique et toi avec Bill Evans ce n’est pas du fétichisme dis chéri ? l’amour de ma vie faisait une fixette sur Thiers la capitale française du couteau nous avions toujours le projet d’y aller mais à chaque fois on choisissait plutôt Sienne ou Porto Prague ou Salamanque Marrakech ou Djerba Munich ou Copenhague ou les festivals de jazz dans le midi à chaque fois que nous roulions sur l’autoroute A72 après Clermont-Ferrand elle frémissait en apercevant l’indication Thiers prochaine sortie ses yeux s’assombrissaient une sorte de nuage et faudra quand même un jour hein ? chéri quand on en aura marre de tous ces longs voyages voui amour de ma vie un jour viendra et il ne fallut pas attendre longtemps j’avais du mal à supporter ses soupirs couteliers ses attentes émoussées son espérance émorfilée je me sentais coupable ma décision était prise et moi qui suis incapable de garder un secret je réussis à me contenir jusqu’au jour où…
le départ un mardi comme d’habitude moins de monde sur les routes en ce moi de mai en effet personne vitesse de croisière et le fameux panneau premier frémissement de l’amour de ma vie et moi à la flèche Thiers hop clignotant à droite mais mais qu’est-ce que tu fais tu voulais aller à Thiers eh bien on y va oh doucement chérie je conduis chut et nous voilà arrivés dans une ancienne coutellerie le Parc de Geoffroy hôtel trouvé dans le guide Michelin belle demeure dans un espace avec grands arbres cuisine excellente qu’on dégustait en se tenant par la main en attendant les plats avec les verres de Saint Pourçin rosé et la nuit flamboyante le petit déj vite fait en route pour le musée (plus de six siècles de coutellerie) avec photos films historique démonstrations d’ancien couteliers montrant le calvaire des premiers ouvriers en position allongée sur le ventre face à la meule avec leur chien sur le dos en hiver pour se réchauffer plusieurs belles collections (plus de 800 couteaux… que l’amour de ma vie n’avait pas assez d’yeux pour tout regarder) et rebelote le lendemain (la vallée des rouets, sur les traces des rémouleurs) après une autre nuit merveilleusement incandescente au cours de laquelle j’essayais de ne pas voir ces maudits couteaux qui m’envahissaient me submergeaient dans mon délire tous ces couteaux ceux à air à eau à vent (les fameux coupe-vents) à nuages à pluie ou à neige à musique à films à couture à tricoter à fil à couper le beurre les couteautomobiles couteautoroutes couteauberges couteaubergines couteaugures (de mauvaise) couteautocollants couteautoradios couteautonomes couteautrements couteauréoles couteautopsies couteautochtones couteautorisés couteautorité couteauxilliaire et tant d’autres les volants rampants glissants pétaradants bavants éructants déconnants vibrionnants tous ceux en forme d’animaux ah celui en forme d’escargot l’autre de tamanoir de fleurs oh celui en forme de pivoine ou d’aubépine et d’arbres comme celui en forme de cèdre du Liban ou de cornouiller tous ceux en…
… je fus heureux de savoir à mon réveil et en partant de Thiers que le petit couteau suisse favori de l’amour de ma vie reposait toujours au fond de son sac… vous savez celui qui ne la quitte jamais.
© Jacques Chesnel (l’amour de ma vie)
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12.07.2009
DOUCHE ÉCOSSAISE
Je suis tombé, façon de parler, sur un article dans le journal au sujet de la douche écossaise que prend tous les jours un misinistre du gouvernement (mi-ministre et sinistre) alors je me suis précipité sur mon Robert des expressions et locutions : "traitement fortement contrasté, où l'on est alternativement bien ou mal traité"… la douche dite écossaise est une hydrothérapie par des jets d'eau alternativement chauds et froids ; l'expression date de la fin du XIXième siècle (fin de citation). Je m'étais toujours demandé pourquoi le fait de prendre une douche me faisait immanquablement penser au sifflement des bombes ou des obus… il devait bien y avoir une explication, logique ou pas… était-ce pour cela que je ne prends que des bains depuis si longtemps… pour ne pas entendre le sifflement des obus ?.
Je passe vite sur les gros problèmes dudit misinistre pour vous conter ce qu'est pour moi une véritable douche écossaise telle que je l'ai vécue quelques jours après le débarquement de juin 1944.
Ne parlons pas des bombes, notre première terreur, qui tombaient sur le centre ville ; j'allais chez un copain sur le toit terrasse de sa maison et on regardait les destructions à la longue vue, c'est ainsi que j'ai vu tomber le clocher de la cathédrale, la mairie voler en éclats et des quartiers entiers disparaître en quelques secondes. Ce dont nous avions le plus peur ma famille et moi c'était des obus, ceux venant de nos libérateurs vers les forces d'occupation, du nord au sud, des plages du débarquement vers les bases allemandes puis après la libération l'inverse, des repaires, planques et tannières de la wehrmacht vers les forces britanniques et canadiennes basées près de chez nous, une pluie d'obus puis des tirs soutenus ou sporadiques provenant principalement d'une artillerie planquée dans des carrières.
Je ne peux maintenant préciser le jour mais l'heure oui, vers dix heures ce matin-là. Nous avions passé toute la nuit dans la cave de notre maison récemment construite avec des planchers en béton armé (!) ce qui nous rassurait un peu quoique, il y avait eu quelques tirs mais au matin cela recommençait et ça sifflait fort au-dessus de nos oreilles… quand nous avons entendu de loin une musique qui semblait se rapprocher, ce n'était donc pas la radio qu'on aurait oublié d'éteindre ; surmontant notre peur latente, nous montâmes à l'étage pour voir arriver un groupe de soldats ( une vingtaine) en rangs, en kilt, avec serviette de bains sur l'épaule, avec à leur tête un joueur de cornemuse : des soldats écossais allant prendre leur douche à l'établissement de bains tout proche, indifférents au tintammarre et au danger tandis que les obus passaient au-dessus d'eux sous une pluie d'orage étouffante et battante…
Je ne me souviens pas du tout les avoir entendu repasser et à l'établissement de bains endommagé le personnel n'avait aucun souvenir précis ; par contre j'ai encore et toujours dans la tête la musique du cornemuseux puis plus tard le bruit énorme d'un obus tombant et détruisant la maison d'en face, pas la nôtre comme quoi le béton armé…
Depuis ce temps fort lointain, je sais vraiment ce que veut dire une douche écossaise moi qui ne prend que des bains pour éviter le sifflement des obus…
© Jacques Chesnel (Miscellanées)
12:03 Publié dans Mes textes | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : jacques chesnel, écriture, jazz
05.07.2009
CONVERSATION 4
- qu’est-ce qu’il tombe heureusement qu’on a les parapluies
- comme vous dites
- c’est moche de partir avec un temps pareil
- avec le soleil c’est plus gai
- pour lui ça ne fait rien
- mais pour nous
- vous le connaissiez bien
- heu en qualité d’amant d’un jour oui
- d’un jour ?
- à une fête vite fait par terre dans la salle de bain
- c’était pas trop dur
- non par contre lui était très dur
- une aventure en somme
- oh ! on a pas eu le temps de s’endormir
- et alors ?
- un peu trop rapide pour moi mais bien quand même
- sa femme c’est la petite là-bas
- nous étions très amies
- elle est beaucoup plus jeune que lui
- lui n’aimait que les minettes
- comme vous
- merci
- je ne l’ai pas connu il devait être grand vu le cercueil
- du genre Rock Hudson
- l’acteur gay ?
- Christian lui était gai et homo seulement avec les femmes
- comment c’est arrivé ?
- après un match de tennis
- sans prévenir ?
- les mauvaises langues ont dit un match de pénis de trop
- la pluie s’arrête enfin
- j’ai les pieds trempés
- il était dans les affaires ?
- un port et l’autre ex-port
- trop de boulot
- il faisait tout tout seul
- c’est le moment des condoléances
- on est obligées ?
- vous non moi oui
- ah bon
- la famille
- parce que vous êtes de la famille ?
- une sorte de belle-sœur
- évidemment ça crée des liens
- les liens du sang je suis enceinte
- de lui ?
- il n’avait plus de rapports avec sa femme
- je ne vois pas le rapport
- ma chérie je suis de tout cœur avec toi dans ton chagrin
- ma chérie tu peux te coller mon chagrin où je pense
- ce n’est pas le moment ici
- j’en ai rien à foutre
- moi pareil
- mes condoléances madame
- merci
- non mais vous avez entendu pour qui elle se prend
- elle était au courant pour
- bien sûr elle nous a surpris dans la chambre
- je croyais que c’était dans la salle de bain
- avant oui et après dans la chambre
- le même jour ?
- à une heure d’intervalle
- vous allez à la crémation ?
- là je suis pas obligée mais quand même
- ah oui les liens
- non le souvenir
- ça vous a marqué
- j’avais pas l’habitude
- vous avez recommencé ?
- une fois avec mon mari
- et alors
- différent mais pas aussi troublant ni aussi vénéneux
- il reste encore beaucoup de monde
- comme pour l’homme qui aimait les femmes
- ah oui le film de Truffaut
- j’adorais Charles Denner
- bien différent de Rock Hudson
- en plus hétéro
- et plus cérébral
- parce que pour vous c’est dans la tête
- pendant la cérémonie oui
- sa femme vous regarde
- je ne peux plus la sentir
- maintenant ça sent le brûlé
- entre nous oui pour toujours
- hé ben vous alors
- quoi ?
- c’est quelque chose
- non plutôt du genre quelqu’un
- à la prochaine
- crémation ?
- si on peut dire ça comme ça, oui
© Jacques Chesnel (Conversations)
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28.06.2009
PARKING
Le chemin d’accès à Belavit avait été goudronné, fini les ornières, et autres fondrières, pour un peu on se croirait sur l’autoroute dis donc… on modère quand même la vitesse car c’est toujours aussi étroit… au bout du chemin juste après les bâtiments, la propriété des amis, un parking dans un champ attenant disons plutôt une aire de stationnement certainement nécessaire en été vu le nombre de voitures des invités de mai à septembre et au bout une sorte de rond-point nécessaire pour la manœuvre des véhicules d’entretien et le chasse-neige, on arrête pas le progrès quoi !... chouette me dis-je on pourrait faire un rodéo de bagnoles, rigolo, non ?... cela nous changerait un peu des soirées si délicieusement proustiennes…
Beaucoup de voitures cette année, même une rosbif immatriculation A 999 CONS, lis-je, j’espère que ce n’est pas un programme plutôt une sorte d’humour so funny… et en effet les occupants inconnus jusqu’alors (des nouveaux amis de nos hôtes ?) étaient vraiment sympas, un peu raides dans leurs baskets de luxe mais complètement pétés dès le chant du coq à croire qu’ils devaient boire en dormant ce qu’on verra par la suite… lui sorte de John Wayne même chemise à carreaux sur bedaine de buveur de bière et autre, près de deux mètres, elle genre mini pot à tabac style nain de jardin en gamine néanmoins très sexy… hello, hello à vous aussi… bon, ça commence bien, super les english oh no we come from scotland if you please, heu yes bon comme Sean Connery alors, vouuui…
Formidable cet été là, comme d’habitude, ah ces Florine et Axel !, sacrés tauliers , généreux amigos !... la veille du départ de Mac et Mary, John Wayne me propose de conduire la Bentley pour aller chercher des cigares au village, il avait fumé ou donné tous les scottish siens… o. k. man et je démarre doucement pour l’avoir bien en mains cool Raoul, pas un bruit, y a-t-il un moteur ironise-je ahahah et quelle conduite, y a-t-il seulement un conducteur oui moi… maintenant retour après une longue étape au « Paradis des papilles » chez Marcel Laristo ça ne s’invente pas et la descente je vous dis pas… sur le nouveau chemin je me décide à tâter du champignon pour lui faire voir à John Wayne qu’on ne me la fait pas question rallye circuit formule un et tout le toutim Fangio ou Prost McLaren ou Renault…hé doucement l’ami ce n’est pas un bolide de course, of course dis-je tu fouettes hein John… le compteur s’affole et moi aussi quand au bout du chemin se précipite le rond-point sur moi à combien 150 ou plus c’est comment qu’on freine crie Bashung dans la radio volume maxi et que j’te loupe le virage et John Wayne qui hurle stop stop man et moi oui mais comment et je tournicote tournicoton sur le rond-point et je repars à fond la caisse stop stop STOP good braking NOW yes John qui vire au rouge au violet aux couleurs de sa chemise écossaise hihihi et moi un coup à droite un à gauche et je rentre dans le champ et bingo je me tape la première bagnole, la BM d’Axel oh non pas la sienne pas lui oooh no, puis la deuxième re-bing plutôt bang la Clio de la blonde celle qui me drague (toujours la même sans résultat mais bon) et de deux je braque contrebraque, je redresse je suis un redresseur de sport et BANG la troisième que j’ai pas eu le temps de voir en foncé enfoncée tiens pan dans le moteur qui fume puis explose maintenant je ne me tiens plus merde on dirait que ça me plaît et John qu’a pas mis sa ceinture merde le con big bang et rebelote bang dans toutes les bagnoles un coup dans une portière dans les deux en même temps youpi dans le coffre de la C3 et j’te chante ya d’la rumba dans l’air avec le Souchon dans le poste les bagnoles de travers faut savoir y faire comme aux autos tamponneuses à la foire pareil… ta gueule John Wayne caisse qu’on s’marre non ? je suis le roi de la casse l’empereur de la démolition le surdoué du badaboum le géant du destroy le héros de l’écrabouillage l’Attila de la chignole l’Armageddon de la tire… à moi l’apocalypse de la guimbarde l’anéantissement du tacot la solution finale du bahut… encore une hein ? allez pas de chichi ni de regrets tout le monde à la même enseigne tchoc blam toutes dans le même panier boum here we go hé John ça va pas la tête dans le pare-brise tout rouge de son hémoglobine qui coule jusque sur le tableau de bord et justement la rouge raisiné celle-là oui celle-là en plein dedans vlan et rebelote vlan... BONG !
PUTAIN DE MERDE… LA MIENNE…
Quand je vous disais qu’on se marre bien à Belavit…en plus des soirées si proustiennes…
© Jacques Chesnel (Jours heureux à Belavit)
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16.04.2009
CARTE DE VISITE
Il faisait le signe d'avancer avec la main stop reculez braquez un peu non de l'autre côté stop maintenant avancez vers moi stop là c'est bon. La voiture une Mercedes classe A flambant neuve mais un peu cabossée était maintenant bien rangée le long du trottoir et elle sortit souriante merci c'est sympa j'ai toujours un peu de mal à me garer correctement. Elle devait avoir une cinquantaine bien sonnée elle en paraissait dix de moins au moins. Julien la trouva très belle.
Monique était partie, elle l'avait quitté du jour au lendemain sans crier gare ou autre chose, partie acheter de la laine pour tricoter un pull destiné à la petite-fille d'une amie ; Julien l'aimait toujours l'attendait encore depuis maintenant plus de deux ans et se demandait quelquefois si. La solitude était devenue supportable grâce au travail à l'agence de voyages qui lui convenait bien, deux ou trois visites par mois chez une personne compréhensive étaient bonnes pour la libido pour le reste bof fallait faire avec.
Ils se retrouvèrent à l'horodateur, il l'aida parce qu'elle n'y comprenait rien elle lui serra la main chaleureusement en lui disant je suis en retard je vais à un concert au conservatoire où une nièce est prof merci encore au revoir monsieur. Julien allait lui dire heu elle partit en courant. Après son rendez-vous qui lui parut horriblement long Julien revint en courant, la Mercé était toujours là. Il prit une carte de visite et y écrivit je suis seul si vous aussi… soulignant son numéro de phone et la coinça sous l'un des essuie-glaces sur le pare-brise et trouva qu'il était culotté mais bon.
Trois jours après il reçut un coup de fil il ne reconnut pas la voix qui lui donnait rendez-vous pour le samedi suivant à un banc public situé sous un frêne juste après le pont du chemin de fer à seize heures trois jours où le cœur de Julien recommençait vraiment à battre un peu plus fort. Comme il détestait être en retard il fut sur le banc une heure avant l'heure en se rongeant les ongles chose qu'il n'avait jamais faite auparavant. Une jeune femme élégante se dirigea vivement vers lui mais enfin pour qui vous prenez-vous monsieur à asticoter ma mère de cette façon à votre âge c'est répugnant je vous conseille de vous tenir tranquille sans cela elle avait dit cela non pas ça et repartait aussi sec alors qu'il commençait à pleuvoir attendez mademoiselle attendez je Julien resta coi dépité penaud mouillé et but toute la nuit en hurlant merde toutes les dix minutes en se demandant pourquoi il avait quel godiche.
Trois jours après tiens trois jours décidément nouveau coup de téléphone nouvelle voix à la même heure et rendez-vous pareil hésitation j'y vais - j'y vais pas j'y vais rebelote et là se pointe la mère que Julien trouve encore plus belle que la fois précédente alors voilà bon c'est pour ma fille faut l'excuser mais elle veut absolument vous revoir j'ai eu beau évoquer invoquer la différence d'âge rien n'y fait mon mari est furieux elle dit ne penser qu'à vous sans arrêt depuis qu'elle vous a vu voilà bref elle est amoureuse on a beau la raisonner elle en a parlé à sa meilleure amie qui lui a dit pour moi c'est pareil ma vieille maintenant l'âge tu sais on s'en tape j'ai vécu avec un connard plus jeune tu vois alors vous comprenez monsieur vous laissez ma fille tranquille sans ça elle n'avait pas dit cela et elle repart laissant Julien piteux pitoyable pis encore attendez je vous et voulut boire toute la nuit mais cette fois les bouteilles étaient vides.
Les deux jours suivants Julien attendit fébrilement le troisième et la sonnerie du téléphone même heure voix différente une sœur peut-être nouveau rendez-vous fixé pareil Julien se dit cette fois basta je n'y vais pas dans quel merdier me suis-je fourré et puis tant pis on verra bien j'y vais.
De loin, il reconnut la silhouette, la démarche.
Celle de "l'amie".
Monique.
Depuis ce jour, Julien n'aide plus les dames à se garer et ne distribue plus de cartes de visite.
© Jacques Chesnel (Miscellanées)
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09.04.2009
AGACEMENT
Ce qu’il pouvait m’agacer, quand il répondait au téléphone à n’importe quelle heure du jour ou de la nuit ; il était toujours en train de manger : abo, mbonjur, mmnattend, et il continuait de parler au lieu d’attendre d’avoir avalé sa foutue bouchée de je ne sais pas de quoi, ah si de la bouillie et patatif em fapata, arrête de parler merde bouffe et répond après mais… rien’y faisait… tout le monde lui a dit, sa famille, ses copains, ses femmes actuelles ou ses ex… et en plus il avait un appétit à se demander si son estomac allait pas un jour réclamer un peu de répit, une pause, une suspension, une récréation, surtout quand il baragouinait dans le bigophone… alors j’ai commencé à raccrocher abo clac alors il rappelait aussi sec aboo clac bon t’as pas compris mec on ne cause pas la bouche pleine, sa maman lui avait pourtant bien dit elle qui s’esbaudissait sur la gargantuamanie de son pantincruel de lardon plein de victuailles que déjà tout petiot il pleurait la bouche pleine normal, il tétait vorace, engloutissait tout ce qui lui tombait dans les mandibules, plus tard les filles se l’arrachaient et se le refilaient connu qu’il était comme un lécheur et aspirateur-suceur de première bourre d’où sa réputation de don juan au grand savoir faire-jouir, il avait été obligé de planifier c’est dire… sa grande hantise, les dents, la peur de perdre d’autant que dans la famille il y avait pas mal d’édentés et des dentiers chez presque tous les membres actifs ou pas…
si encore il n’enfournait pas les aliments les uns avec les autres (pas l’un après l’autre) en d’énormes bouchées qui défigurent sa trogne, cette façon de mâââcher, de tordre sa gueule en vrille, de se goinfrer dans la culture du gras par-ci du surgras par-là, non, que je t’engloutisse, bâfre, empiffre, tortore, ripaille… si encore il prenait le temps de goûter, déguster, savourer, de se délecter, non, c’est l’entonnoir immédiat comme s’il avait peur de manquer, comme si on allait lui retirer la bouffe de la bouche, récupérer les morceaux, faire des provisions avant la prochaine guerre, la disette en vue, l’immédiate famine…
quelqu’un m’a demandé : et alors, au restaurant ?... eh bien, cher ami, il ne va pas au restaurant, il ne peut aller au restaurant il est interdit de restaurant (comme d’autres de casino) suite à des réclamations et plaintes si nombreuses qu’il fallut bien en arriver là… on avait essayé de mettre un paravent devant sa table mais le bruit, l’avalement, la déglutition, le borborygme et autres gargouillements ou soulagements un temps pestifs faisaient un tel barouf que…
… à écrire tout cela d’un trait comme lui entasse ses provisions, je me sens une petite faim à moi, va falloir penser à couper le téléphone, j’ai pas envie qu’il m’appelle pendant, mambo mbonmjour…
Précaution : toute ressemblance avec une personne existante n’est pas fortuite ; ce personnage existe bien… dans mon imagination…
© Jacques Chesnel (Miscellanées)
08:34 Publié dans Mes textes | Lien permanent | Commentaires (1) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : jacques chesnel, jazz, peinture, écriture
04.04.2009
LUMIÈRE
Il y avait quelques exceptions dans mes amitiés lors de mes séjours à Belavit disons plutôt de rares incompatibilités d’humeur ou d’humour… je demeurais poli sans plus surtout pour ne pas faire de peine à nos charmants hôtes, car tous les gens présents étaient leurs amis… mais il y en avait quand même un que je ne pouvais vraiment pas sacquer et je suis sûr que c’était réciproque, restait à ouvrir des négociations ou à déclarer la guerre ouverte ce que je ne souhaitais nullement… je l’avais à l’œil si j’ose dire et pareil pour lui sans doute… on allait donc faire avec… à table lieu principal de rencontres on s’éloignait l’un de l’autre, au cours des conversations on prenait peu part, le plus souvent sauf sur les sujets consensuels… bon on évitait le pire… jusque là pas de problèmes, on faisait des efforts tous les deux faut reconnaître hormis quelques regards peu amènes… il portait beau ses quarante ans le Jean-Luis, une coquetterie, mais je lui trouvais l’air ou fanfaron ou veule selon les circonstances ou occasions… parfois il se mettait à débiter des diatribes logorrhéiques du genre Luchini l’acteur en aussi fou et plus chiant absolument sans intérêt pour moi et aussi certains autres avec des formules abracadabranle-bas de combat au cours desquelles je lui faisais de gros doigts d’honneur sous la table et sous les yeux horrifiés de ma voisine la blonde ex-dragueuse qui ne draguait plus vu qu’elle avait trouvé chaussure petite pointure à ses grands pieds mais qui devait se demander tout de même si ce n’était pas pour elle en souvenir de ses échecs cuisants avec moi il y a quelques années… bref tout semblait aller pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles…
Un soir au cours d’une insomnie inhabituelle peut-être à cause de la grosse chaleur je sortis sur le pas de la porte de ma chambre pour prendre un peu l’air quand j’entendis de la musique en sourdine que je ne parvins pas à identifier et je vis une lumière allumée dans la cuisine située dans le bâtiment d’en face et mon zozo lui-même attablé en train d’écrire… ah bon parce qu’en plus il écrit ce con… un peu plus tard toujours sans trouver le sommeil je sors de nouveau… la lumière est encore allumée il est pourtant 2 heures 12 mais pas de scribouillard… j’attends un moment et me décide d’aller voir ne serait-ce que pour éteindre… j’arrive dans la pièce déserte… sur la table à côté d’une tasse à café vide et un cendrier plein une feuille remplie d’une écriture pattes de mouche à côté d’un stylo bic… et je me mis à lire immédiatement ce que vous venez à l’instant de lire…
© Jacques Chesnel (Jours heureux à Belavit)
00:52 Publié dans Mes textes | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : jacques chesnel, blog, peinture, jazz, écriture
28.03.2009
CHARLES, LEQUEL ?
Tout le monde connaît un Charles, dans sa famile, un père, un oncle (qui me fit découvrir le Paris-Brest aller-retour), un cousin, un ami de la famille aussi, un voisin ou une personnalité, tenez, ce prénom surgit au moins une fois dans une journée, vous voulez des exemples, bon, dans l'admiration collective, les rois de France et de Navarre, Charles le Grand, le Chauve, le Simple, le Bel, le Sage, le Fol ou le Bien-Aimé, le Mauvais, le Noble, sans compter tous les étrangers et puis le grand Charles, de Gaulle, le sauveur de la patrie et de la partie comme auparavant Martel à Poitiers, pour les pressés : Charlemagne, sans parler du Quint, Aznavour le grand, chanteur préféré des français avec le fou chantant, le Trenet qui traîna jusqu'à sa mort sa nostalgie du refus des vieux barbons de l'acacadémie française de l'accueillr au sein d'icelle, le canadien Charlebois, pour les zamateurs de jazz d'abord le grand Oiseau Parker dénommé Charlie puis Mingus le rebelle avec causes qui refusait qu'on le nomme Charlie et Ray le malicieux qui permuta nom et prénom, Charles Delaunay qui s'offrit une danseuse nommée Jazz-Hot afin de défendre le jazz moderne, pour ceux de musique dite classique le compositeur Gounod (on passe), le chef d'orchestre Münch, la musique contemporaine l'américain Yves et son Central park in the dark, bon, pour la littérature ou la poésie quelques auteurs célèbres, Baudelaire, Bukowski (gloup), Dickens, Péguy, Perrault, le théatre avec Dullin vu au cinéma dans le rôle de Corbaccio du Volpone de Maurice Tourneur en 1941 et d'un vieux fétichiste dans Quai des Orfèvres et son fameux n'enlevez pas les chaussures, jamais les chaussures, le cinéma avec Charles Vidor et sa Gilda avec Rita Hayworth, les comédiens l'immense Chaplin, notre Charlot international, Boyer le séducteur, l'irrésistible et troublant Laughton, Bronson, Berling et Vanel…
il doit y en avoir d'autres, mais pour l'amour de ma vie et moi, il n'y en a qu'un seul, on vous le donne en mille: CHARLES DENNER, oui, lui, NOTRE Charles à nous. (Ecartés le Lindbergh l'aviateur nazillon et Millon le salopard dit le con pour la rime).
On l'avait entr'aperçu dans quelques films, avec le magnétoscope on faisait arrêt sur image pour mieux voir sa silhouette, un valet dans Volpone aux côtés de son maître , oui c'est bien lui l'adjoint de l'inspecteur Cherier dans Ascenseur pour l'échafaud mais alors le premier grand choc: Landru de Chabrol, vedette principale, ses regards fiévreux, sa voix métallique, sa diction hésitante, fluctuante, séduisant Michèle Morgan, Danielle Darrieux, Stéphane Audran, puis la/sa rencontre avec François Truffaut avec La Mariée était en noir, Une belle fille comme moi (ah bon dieu, Bernadette Laffont en combinaison si courte ! que j'avais couru acheter la même pour l'amour de ma vie aussi belle pour moi que la Bernadette), et surtout l'inoubliable et inoublié dans L'homme qui aimait les femmes…

"C'est en jouant avec Ginette que j'ai découvert le goût des femmes" déclare Bertrand Morane adolescent… au cimetière de Montpellier où il est enterré décédé à 40 ans suite à un accident de voiture alors qu'il suivait une femme entrevue dans la rue, elles sont toutes là : blondes, rousses, jeunes, mûres, mariées ou veuves, compagnes d'un jour ou plus de ce chasseur solitaire sans famille, sans amis, avec dans son agenda ce mot : "personne à prévenir en cas d'accident", elles seront toutes là, les actrices Brigitte Fossey / Geneviève, Nelly Borgeaud / Delphine, Geneviève Fontanel / Hélène, Nathalie Baye / Martine… toutes les autres… pour ce "double" de François Truffaut, autant amoureux des femmes avec ces dialogues superbes : "les jambes des femmes sont des compas qui arpentent le globe en tous sens, lui donnant son équilibre et son harmonie", "vous avez une façon de marcher, on ne peut rien vous refuser", toutes ces phrases consignées dans un livre qui sera publié post-mortem ; et la dernière prononcée par Brigitte Fossey, la narratrice : "Bertrand a poursuivi le bonheur impossible dans la quantité, la multitude… pourquoi nous faut-il chercher auprès de tant et tant de personnes ce que notre éducation prétend nous faire trouver en une seule ?"…
Nous avons, l'amour de ma vie et moi, vu et revu souvent ce film et notre admiration pour Charles Denner augmentait à chaque fois. J'avais quant à moi trouvé le bonheur, total, et je ne m'identifiais pas à celui qui affirmait " malheureusement, il n'est pas question de les avoir toutes" ; rien que regarder le si beau sourire et l'éclat des yeux de l'amour de ma vie me rassurait :
" heureusement que je t'ai rencontré… sans cela, Charles, celui-là, peut-être ? qui sait ?... gros bêta ".
© Jacques Chesnel (L'amour de ma vie)
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21.03.2009
LE PALAIS DE LA RATATINE
Putain c’est pas vrai l’ascenseur est encore en panne trois fois dans le mois soit trois fois 208 marches soit 6240 pour trente jours ouvrables et encore en aller simple je vous dis pas en AR ça commence à faire si bien qu’à chaque fois que je prends cette cage à lapin qui pue le parfum bon marché et la soupe à je sais pas quoi je me demande si cette fois-là je vais pas rester coincé alors maintenant j’emporte mon portable où j’ai rentré le numéro du dépanneur qui arrivera en blouse blanche de préparateur en pharmacie avec quatre heures de heures alors tous les petits vieux et même les grands râlent sur les paliers je vous dis pas… alors là c’est le seul moment où il y a un peu de bruit dans l’immeuble sinon on se croirait à la morgue bon c’est vrai que c’est bien insonorisé quand il y en a tellement qui se plaignent d’entendre le monsieur d’à-côté péter fort toute la nuit et la voisine du dessus glousser au porno de Canal+ quand c’est pas un grand moustachu qui écoute du Bill Evans Peace piece toute la sainte journée ici silence total et bouche cousue tenez moi j’habite au treizième depuis le mois de février de cette année je n’ai entendu ni rencontré personne je m’en souviens c’est quand j’ai perdu Galipette ma petite chatte tigrée roux d’un cancer du foie mais j’y reviens bon sur mon palier un couple lui ancien cordonnier avec l’éternelle casquette vissée au crâne elle ancienne vendeuse rayon layette chez Monoprix la je sais pas combien vieillissante les cheveux tout bigoudinés et les guibolles flageolantes comme des allumettes genre mémés des dessins de Sempé je crois bien que la dernière fois que je leur ai dit bonjour ce doit être avant Noël donc l’année dernière ils m’ont tout juste répondu en vitesse en fuyant à cent à l’heure vers leur gourbi la porte vlan que j’ai même pas eu le temps de leur souhaiter quelque chose que j’en pensais pas un mot mais bon la convivialité hein alors voilà les ratatinés 1… juste de l’autre côté un couple enfin un grande bringue hommasse et lui un court sur pattes bas de plafond je leur apporte un paquet trouvé dans ma boîte au lettre je sonne la porte s’ouvre à deux à l’heure le mec terrorisé referme la porte je lui dis j’ai un paquet pour vous le facteur s’est gourré il m’arrache le paquet et referme la lourde brutalement en murmurant merci que j’entends à peine alors voilà les ratatinés 2… ratatinée 3 une créature parce que je me demande qui c’est avec une odeur sur elle pas possible de choux farcis au hareng-saur ou au fromage de chèvre de plus d’un an son éternel panier d’osier sous le bras comme si on allait lui piquer alors l’ascenseur après son passage la mort subite même avec une pince à linge sur le tarbouif… je ne vais pas énumérer tous les ratatinés des autres étages il y a pas mal de spécimen et spéciwomen la voisine du dessous dont je n’ose imaginer les dessous le pépé du neuvième l’air toujours hébété à la menthe ou hagard aux gorilles au choix qui soliloque et crache sur la météo de RTL (il dit encore Radio Luxembourg) qu’est jamais bonne bien fait t’as écouté autre chose pauv’ con une jeune vieille fille de je ne sais où qui ramène toujours un foulard invisible sur son cou grassouillet trop visible heureusement qu’il y a la préposée à l’entretien Madame Suzy et son beau sourire qui se marre sans arrêt et au rez-de-chaussée la petite étudiante qui prépare un master de je sais pas quoi elles relèvent si peu la moyenne d’âge ah si ya un autre jeune avec une boucle d’oreille qui me regarde avec la haine depuis que je lui ai dit au moment de la coupe de foot que je préférais le rugby et le tennis un jour où il avait daigné me parler… je voudrais que ça braille criaille martèle hurle que ça s’époumone Simone avec plein de décibels total barouf l’apocalypse de la pétarade partout big partouze de bruits je me demande des fois si je vais pas foutre un bordel monstre à fond la caisse dans ce cloitre sépulcral je vais acheter une grosse caisse boum boum et deux sirènes de supporter vrooooon vruuuun et à minuit badababoum pour tous les rabougris et autres raccourcis du cerveau las ou de la cafetière ces ratatinés du Palais de la Ratatine aux abris comme en 40 et je continuerai fenêtres ouvertes avec Mingus à fond à faire trembler les murs et les planchers en béton désarmé à secouer les lustres en bois torsadé avec fausses bougies et fausses coulures oui du grand Charles de Oh Yeah le Hog callin’ Blues et les couinements de Roland Kirk en boucle vous en voulez encore de la musique de sauvages allez la Fire Music d’Archie Shepp encore plus tenez le Free Jazz d’Ornette Coleman c’est pas assez fort bon Le Sacre du Printemps deuxième partie Le Sacrifice plan plan plan plang nin nin nin ning ça vous plaît pas vous préférez André Rieu et son violon dégoulinant de guimauve et de hein ? hé ben bernique… niqués… vous pouvez appeler les cognes ils vont en avoir pour leur argent avec le mec du treizième qui a pété les plombs à cause du silence éternel et plus si affinités…
est-ce que j’ai bien réveillé tous les recroquevillés de tous les âges ?
…Le lendemain il y avait encore plus de silence que d’habitude dans ce foutu Palais de la Ratatine…
© Jacques Chesnel (Jazz divagations)
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