Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

25/11/2016

LA COUGAR À CHAT

 

« Suzanne, qui se faisait appeler Susanna sur les sites de rencontres, portait allègrement sa quarantaine assumée (plus près de la moitié) et ne cachait pas son appétit pour les jeunes gens, beaux, virils et tout… depuis la disparition prématurée de son mari foudroyé par un cancer à cinquante ans. Elle n’avait aucune difficulté à se ravitailler en viande fraîche (pour employer une expression entendue chez les vieux grigous). Elle appréciait particulièrement (entre autres fantaisies avouables on non) se faire lutiner dans la luzerne les beaux soirs d’été ou shampouiner le gazon le reste du temps. Il y avait cependant un problème avec certaines de ses nombreuses relations : son chat, un chartreux jaloux au dernier degré de la gent masculine qui défilait sans arrêt dans la maison. Il manifestait alors sa désapprobation par des cris perçants qui faisaient fuir certains courtisés par notre cougar affamée. Hector le matou ou bien miaulait fort désagréablement ou bien griffait profondément ou bien pissait dru sur les pantalons des visiteurs au moment des préliminaires avant la bagatelle finale qui se terminait par les rugissements et vagissements de la donzelle comblée. Les voisins s’amusaient de ce cirque continuel hormis quelques vieilles (du même âge ou presque que Susanna) qui regrettaient amèrement que cela ne leur arrive point en se demandant pourquoi nous. Les bacchanales étaient effrénées et sans f(re)in, les hurlements du greffier de plus en plus assourdissants, les jeunes gens de plus en plus jeunots et notre cougar se gargarisait de leurs étreintes de plus en plus vaillantes avec variantes originales, positions extravagantes, avec mises en scène et décors ingénieux propres à satisfaire ses désirs croustilleux, son appétit lubrique, laissant ses cavaliers avachis sur le tapis une fois les orgies terminées au son des criailleries du mistigri en furie. Bref, la petite maison du plaisir était devenu un vrai bordel avec une seule présence féminine outre le plein de damoiseaux, notre Susanna qui cherchait sans arrêt à booster sa libido affamée jamais (ou très rarement) satisfaite intégralement. Plusieurs de ses nombreux partenaires durent renoncer à ce tohu-bohu permanent, certains y laissant leur santé, d’autres a contrario assumant avec empressement les exercices et figures imposé(e)s. Il arriva qu’un jour, l’un deux proposa de mettre de la musique et de danser avec ou sans costumes surtout sans et ce fut alors biguine, bourrée et branle (danses bien nommées et très prisées), boléro lascif, calypso, charleston endiablé, fox-trot (appelé aussi frotte-tox par la tôlière) gavotte, habanera, hip-hop par en dessus par en dessous sans sous-dessous, java coquine, lambada, paso doble voire triple, quadrille à plusieurs, rigaudon cochon, samba frénétique, tango langoureux, valse à mille temps, zouk, tout cela accompagné des vociférations d’Hector de plus en plus insupportables… sauf quand l’un des éphèbes d’origine espagnole alors dans une position fort délicate et inédite pour lui suggéra de mettre un disque de cucaracha (le cafard) lui rappelant son pays et là, ô surprise, étonnement, ébahissement, stupeur, le minet subjugué par la mélodie mit fin subitement à son tapage et alla se coucher dans son panier papattes en rond ronronnant de satisfaction.

Et tout ce petit monde de se demander ce qu’il pouvait y avoir de commun entre la cucaracha et la cougar à chat ; ben tiens, je vous le demande parce que moi… »

Voilà l’histoire que me raconta un vieillard rabougri de cinquante ans éparpillé dans son fauteuil ; c’était l’un des nombreux jeunes amants de Suzanne la cougar. Sur ses genoux, un gros chat gris me fixait curieusement de ses yeux jaunes ; Hector ?

18:54 Publié dans Mes textes | Lien permanent | Commentaires (1)

14/11/2016

N’IMPORTE QUOI QUAND TOUT S’EMMÊLE

        

        

Vous vous rendez contre, on aura vite fait le trou de cette histoire vignoble dans ses moindres bétails comment en haie-t-on arrivé là les mains dans les roches sans coup frémir ça vous tombe dessus comme à gavroche on n’atteint pas le temps de dire pouf que c’est déjà deux mains en deux cous de cuillers à rots sur le beau dais si seulement on aurait su me disait Eugène où ya pas de plaisir sans mais nan rien n’y font pas moyen de si bémol ou ré au mur retrouvé alors qu’on le croyait perduré mais n’allez pas accroire que les chausses peuvent s’engager sur l’incommode avec son cul dessus ce serait trop tactile on n’a pas encore les émulsions faut la tendre encore quelques émois septembre est tant ce qu’il faux dans ces cars-là vous noyez ce que je veux sexe primé les maux me manquent je n’ai pas angkor le vocable lunaire attendons la bavette spatiale pour aller dans la mule quand elle nous souris en foin de tant en temps ce qui devient de plus en plus phare à cause des règles qui mentent du climat asthmatique produit par les faits de serre- moi là pine dit rien merci c’est pas poli joli tout ça on est prés venus parfois ou on en s’en branle les mandibules et les maudites bulles et c’est la grande des brandades dans le marc aux cafards et autres torgnoles se décrocher aux branchies ou lasser pisser le mérinos à moelle regarder passe l’étain rendre son pied avec l’antre entre deux mortes un soir de grand lent si rocco est raccord bon on peut toujours mergoter quand la sœur vous brandit en longe et brandon en traverse c’est comme pour nos hommes prolifiques tous nourris leurs p’tites affaires à l’air de pas s’y doucher ni vu ni pondu t’en dérouille et nous on rote avec notre nulletin comme des cons qu’on sait qu’on est des menottes aux quenottes en rase-notes des étangs d’art levés enfants de la matrice la mer qu’on voit panser le long des grottes pas claires le temps qui se déride les rides qui se détirent les bornes au graphite les ragots mal fagotés les fagots bien rabotés les robots lobotomisés les lobes atomisés fastes ou néfastes en nez vastes is dass comme des espaces dans les spasmes la prébende qui ne bande plus et les bandes en débandade de morue dans les rues mortes des épines dans les épinettes pas très nettes et pis niet dérapages dans les parages parachevés ou inachevés se défouler à grandes foulées dans les foutoirs foutus n’importe comment comme on nous ment voir l’albatros rosse viré aux roses qui viennent d’éclore encore à l’oxymore des maures morts pour la France préférence rance en chansons charançons et charabia sous la charmille charnelle et charmante les choses ne semblent pas s’arranger des voitures qui vivra verrat comme cochon qui s’en pépie ça commence à devenir compliqué compassé passé composé concassé casser du con en verbe et contre tout en verve et compte mou on s’demande où et quand cela va s’arrêter pasque va bien falloir terminer je sens que ça vient et j’en arrive à me poser la question de savoir si c’est moi qui ou bien alors comment si ce n’est pourquoi et puisque je n’ai pas la réponse alors je vous laisse juge de savoir si oui ou non je me suis emmêlé les pinceaux volontairement ou pas bien que je ne peigne plus depuis longtemps… mesdames messieurs la Cour…

 

14:34 Publié dans Mes textes | Lien permanent | Commentaires (0)

05/11/2016

ET PUIS FANNY…

 

Elle avait choisi de faire une galette des rois ce six janvier bien que dans la famille personne n'était royaliste à part peut-être le grand-père avec Ségolène et encore parce que il aimait bien sa coiffure et… elle se foutait pas mal de toutes ces recettes anciennes ou modernes, conservatrices ou révolutionnaires, ce n'était pas maintenant qu'on allait lui dire comment il fallait la faire cette foutue galette, Maman Manman heu ils donnent des recettes à la télé on peut la faire au chocolat maintenant et pas à la frangipane qu'on aime pas on la veut au chocolat et Papy aussi je vais la faire comme d'habitude et ceux qui ne sont pas contents ils n'en mangeront pas voilà tout… elle alla jeter quand même un œil sur le poste dans lequel un grand et beau gars avec une toque d'un mètre de haut faisait le joli cœur en paradant devant une douzaine de bonnes femmes excitées qui le couvaient littéralement des yeux et se trémoussaient en cadence au moment de la mousse au chocolat que le gandin s'apprêtait à appliquer sur la pâte feuilletée c'est pas lui qui va m'apprendre aussi dit-elle en voulant couper le son qui l'énervait mais dû y renoncer face aux cris de protestation surtout de Papy Marcel qui reluquait les donzelles devant l'écran raplapla cadeau du père Noël et de René le mari qui voulait voir le foot en plus grand le René qui justement rentrait du boulot et dit qu'est-ce que c'est que tout ce bordel ho on se tait on se calme où qu'est Maman elle est dans la cuisine pour la galette des rois mages qui son revenues pour sa fête que Papy dit et puis Fanny c'est pas sa fête nan et pis d'abord on dit épiphanie qu'est du vieux français pour le retour des rois en visite au petit Jésus avec des cadeaux mais Papa tu dis que tout ça c'est rien que des conneries ouais mais pour la galette c'est une tradition qu'est-ce que ça veut dire tradition ben c'est comme ça depuis longtemps et que ça va pas changer… Fanny arriva de la cuisine et dit à René ya un problème avec la farine que j'en ai pas assez pasque t'as invité Lucien et Georgette sans prévenir que j'avais pas prévu plus faut que tu vas à l'épicerie du coin maintenant mais c'est bientôt l'heure du match que je veux pas louper avec Manchester Younaytide et ben tu files rapido sans ça pas de galette… René parti fissa et revint avec un paquet de farine Francine le seul paquet qu'était en rupture de stock parce que j'étais pas client régulier bon on fera avec et René s'effondra dans la canapé avec la zapette pour changer de chaîne que c'était l'heure du foot et que les gamins se mirent à hurler à cause de Mickey et de Donald qu'on veut voir la fin que Papy il aime aussi depuis qu'il est tout petit…

Revenue à ses fourneaux et à sa galette, Fanny s'assit un moment, se prit un p'tit verre de Porto blanc qu'elle aimait bien et planquait dans un coin pour elle toute seule et la machine à penser se mit à carburer dans le genre bientôt cinquante ans et puis quoi je me le demande, j'en ai marre marre de René et son foot des gamins et leur télé du Papy gaga gâteau de leur galette machin et tout le tremblement cela faisait déjà quelque temps des semaines qu'elle ruminait tous ces trucs qu'on se pose quelquefois sur l'existence la famille l'amour le fric la vie la mort le reste ce mari qu'elle n'aimait plus à cause du foot qu'avait tout abîmé gâché foutu de la télé bling bling ou con-con comme ils disent sans rien y changer surtout pas tous ces programmes pour la ménagère de son âge qu'elle avait jamais rien demandé ces Nikos Patrick Arthur Nagui Christophe merci-Jean-Pierre Cauet Sébastien Julien et autres tous pitres plus pitoyables les uns que les autres qui se démènent et se déhanchent sans compter les pétasses potiches qu'elle regardait machinalement les soirs où le foot était en grève parce que les joueurs gagnaient pas assez de millions ou que le manège ne tournait plus rond ou les coups de gueule médiatiques d'un type qui braillait sans arrêt c'est d'la merde tandis qu'un autre faisait sa chochotte devant les marmitons… et que je me reverse un p'tit verre puis un autre pendant que ça braille de plus en plus dans le salon et que ça commence à sentir le brûlé dans le four et le roussi aussi…

Elle se leva, retira son tablier, se recoiffa rapidement, sa décision était prise… et puis Fanny sortit par la porte de la cuisine, dans le petit bout de jardin on voyait les étoiles surtout celle du berger qui guidait les rois mages en ce jour de fête du six janvier de l'an… et puis Fanny se mit d'abord à rire et à pleurer sans pouvoir se retenir en ce jour de… et puis Fanny se reprit et se dit que enfin pourquoi pas puisque c'était aussi le premier jour des soldes… et puis Fanny…

13:18 Publié dans Mes textes | Lien permanent | Commentaires (0)

26/10/2016

UN DRÔLE DE LOUSTIC

 

Lorsque le type me regarda de loin, je vis qu’il m’avait reconnu de près, il m’appela Michel alors que je me nomme Jérôme, c’est dire. Il me prenait pour quelqu’un d’autre alors que j’ai personnellement du mal à me reconnaître tout seul, c’est dire. Quand il vint plus près de moi, je m’aperçus qu’il grinçait des dents alors que je me faisais soigner pour un bruxisme intolérable aux oreilles de Muriel, c’est dire. En plus, ce type avait un teint de brouillard, une mine de papier crépon, des yeux globalement globuleux et un menton en cul de fouine, c’est dire. Il se força à sourire béatement avec un je vous ai pris pour un autre alors que pourtant il m’avait reconnu, c’est dire. Quand je lui dis que mon nom n’était pas Michel mais Antoine, je lui ai menti sur le coup et il m’a répondu que ce n’était pas si grave, c’est dire. Son sourire s’était envolé en pinçant des lèvres moi c’est Michel ânonna-t-il bonjour Antoine dit-il ensuite, c’est dire. Je ne relevai pas tant j’aime les quiproquos et les situations insolites pareilles, c’est dire. Comment va Catherine demanda-t-il Nicole va très bien maintenant répondis-je aimablement, c’est dire. Les choses allaient-elles s’arranger quand il regarda derrière moi et que je me retournai pour voir Catherine arriver toute blême et toute blette, c’est dire. Me dépassant par la droite elle lui tendit les bras de l’autre côté tandis que sa mâchoire s’affaissait brutalement, c’est dire. Le type la remit en place avec précaution et étreignit Muriel qui semblait anormalement heureuse pour une fois, c’est dire. Les choses ne vont pas en rester là dit le type on va s’assoir et causer sur ce banc tout près, c’est dire. Ya un truc qui ne colle pas sur les prénoms mais ça ne me gêne pas du tout dit-il enfin, c’est dire. Moi si rétorque-je parce qu’on n’est pas sorti de l’auberge avec cet imbroglio intolérable et d’abord je ne vous connais pas, c’est dire. Si Michel vous m’avez appelé Antoine alors là hein on est d’accord non ?, c’est dire.

C’est alors que j’ai remarqué sa petite taille à côté de Nicole qui est vraiment immense pour son âge, c’est dire. Il est vrai que moi avec mes un mètre cinquante-sept comme Prince on me distingue aussi des autres petits, c’est dire. Il continuait à grincer des dents alors je m’y suis mis aussi ce qui fait que Muriel faisait ses gros yeux qu’elle a déjà gros elle aussi, c’est dire. Le gardien du square nous dit qu’il serait bientôt l’heure de la fermeture et Michel lui répondit en sortant son couteau, c’est dire. On va pas se fâcher pour si peu que ça n’en vaut pas la peine moi ce que j’en dis, c’est dire. Dites-lui vous Antoine que les horaires ont changé et qu’on est en été depuis toute l’année, c’est dire. Le gardien haussa les épaules et partit en maugréant bande de mécréants et mecs réacs, c’est dire. Michel souriait tout en grinçant des dents dont la plupart cariées à cause du bruit, c’est dire. Catherine remit de l’ordre dans sa jupe plissée déplissée par le banc vermoulu de couleur verte, c’est dire. Julien avait rangé son couteau dans la poche de son imperméable qu’il porte nuit et jour, c’est dire. Il se leva et partit son Gros-Jean comme devant sans se retourner plus d’une fois avec une pirouette indescriptible et risible semblable à un entrechat à la Noureïev tandis que Nicole éclatait en sanglots longs comme les violons de l’automne, c’est vraiment dire alors que moi Michel je ne comprenais plus rien à rien depuis longtemps comme d’habitude et que je m’en allais je ne sais où la queue et le reste entre les jambes, c’est dire. Il y a vraiment de drôles de types tels Julien que ça fait tout de même peur, c’est dire. En rentrant chez moi, je me suis bien regardé dans la glace en me demandant si c’est bien encore moi là, c’est tout dire.

21:10 Publié dans Mes textes | Lien permanent | Commentaires (0)

17/10/2016

POLAR NOIR

 

 

On était allé à la séance de 20 heures voir ce film policier dont on dit tant de bien, à juste titre, il nous a plu, surtout cette façon de filmer une poursuite en bagnoles avec virtuosité. Jérôme rentre la voiture sur notre place de parking en sous-sol et quand il claque la portière de la Golf on entend un coup de feu ou on entend comme un coup de feu on ne sait pas, dans l’ascenseur il me dit attends j’ai oublié mon ordi dans le coffre et, revenu, m’annonce que c’était vraiment un coup de feu, ya un type à terre à la place de 14, merde, il est mort ? demande Muriel, heu il agonise…

On sonne à la porte, on n’attend personne, c’est Barbara Stanwick tout de noir vêtue, je vous ai vu, vous avez tiré sur mon mari dit-elle en fourrageant dans son sac à main. Elle en sort un petit revolver. Elle vacille, va s’asseoir et demande un verre à Muriel, vous avez obéi aux ordres vous allez payer, dit-elle en grimaçant. Elle s’étrangle en buvant son ouisky. Il n’était pas en service commandé, c’était son jour de repos alors pourquoi lui dites.

On sonne de nouveau, je vais ouvrir. Se présente le mec du parking, couvert de sang avec des trous partout, Barbara s’évanouit, Muriel aussi mais presque. Il réclame un verre, ça tombe bien il reste du ouisky qu’il enfile mais qui ressort aussitôt par les trous, il tombe aussi, raide. On sonne (décidément !), c’est la voisine du dessous, Madame Lebowsky qui braille : ya un type qu’est venu répandre son sang sur notre tapis que mon mari a acheté aux Messieurs Coen, elle le voit alors et s’effondre en renversant la table aux liqueurs, Barbara et Muriel disent en ensemble c’est pas possib’ des trucs somme ça on dirait du mauvais cinoche que personne ira voir même dans le quartier au Majestic.

On sonne (ça commence à bien faire) : voilà le voisin du dessus, Monsieur Widmark yen a marre de vot’ barouf keskisspasse aboie-t-il, il a l’air très colère, la mâchoire plus crispée que d’habitude, on dirait qu’il se prend pour un gangster mais bon Muriel l’a toujours trouvé assez beau et si prévenant… surtout les yeux. 

On sonne (yen a vraiment marre) : maintenant la voisine de palier se pointe, Gene Tierney en compagnie d’Alan Ladd sans son légendaire chapeau et qui indique (indic) que la police est partout dans l’immeuble avec le commissaire Edward G Robinson et l’inspecteur Colombo, ça commence à faire beaucoup de flicaille pour un simple règlement de compte banal entre adultes consentants…

 

  • Cut, braille Otto, le metteur en scène, ya un truc qui va pas, on va refaire cette prise, Jérôme tu évites de regarder la caméra ou la scripte, ok ?, au fait, tu sais qu’elle est l’arrière-petite-fille de James Stewart, hein Gloria, elle a voulu faire ce métier en voyant son aïeul dans Fenêtre sur cour. François, osons reprendre la scène quand tu veux, Richard détends-toi bordel, arrête avec ton air furibard permanent on va finir par croire que t’es un méchant, bon Madame Lebowsky pour votre tapis faut voir avec l’attaché de prod’ des fois que ça marche mais c’est pas si sûr

  • Monsieur Preminger, chef, on en est où avec la bande-son, demande l’assistant, pasque le compositeur patauge un peu dans la scène du baiser, en majeur ou mineur et il manque de violons…

  • Foutez-moi la paix avec la musique, bordel… au fait, Muriel et Jérôme, que pensez-vous de tout cet imbroglio, c’est pas tout ça mais faut qu’on avance un peu quand même ?

 

16:34 Publié dans Mes textes | Lien permanent | Commentaires (0)

08/10/2016

LE NUAGE ROUGE

 

  • Sept heures vingt-neuf, le temps

Le radio-réveil vient de s’allumer sur France-Inter et c’est la voix du petit-fils de Patrick Cohen qui prononce ces mots en ce jour de premier mai 2033.i prononce ces mots Chouette, la météo annonce du beau temps sur tout l’hexagone et, en général, ce météorologue ne se trompe pas. Tant mieux parce qu’aujourd’hui une balade est prévue de bon matin pour se dégourdir un peu les gambettes. Vite, une douche, on se fringue rapido, le petit dèj’ à donf et hop c’est parti. Dans l’ascenseur le bonjour aux voisins qui font la gueule comme dab’, sourires crispés crispants et enfin libre. Le météorologue a raison, le ciel est d’un bleu… à part ce gros nuage rouge tout seul dans l’azur, tiens ce n’était pas prévu mais personne ne semble le remarquer, personne tête en l’air, personne le doigt levé vers le ciel, personne non plus pour regarder le doigt, tout le monde vaque ou va vaquer à ces occupations et moi courir bien que du coup je reste sur place, que se passe-t-il ?. Personne autour de moi n’a l’air affolé surtout pas ma petite voisine qui court tout le temps même quand elle n’est pas pressée et qui me dit un bonjour déjà essoufflé, je lui montre le nuage, elle hausse les épaules et s’enfuit en riant. Je mets une main devant mes yeux en alternance, es-ce une illusion d’optique, le début d’une maladie, un mirage, un reflet, un phénomène météorologique que le spécialiste n’aurait pas prévu et vu de moi seul, un signe, une prémonition, un avertissement, ce n’est pas Jacques Kessler parti depuis longtemps qui m’aurait fait ce coup-là. Hier soir, je suis allé sur la chaîne Météo par précaution, le petit bonhomme perpétuellement agité n’a rien envisagé de tel, il a fait tous ses gestes convenus, repoussé les vents, évacué les tempêtes, attiré le soleil, annoncé les températures qui seront clémentes pour la saison, alors j’ai foncé chez Louis Bodin avec son sourire chauve qui a fait des pronostics identiques, alors ? Je fonce au centre de soins le plus proche, demande à voir le médecin de garde qui me raccompagne rassurant et moi pas rassuré car en sortant le nuage est toujours là, seule la forme informe n’est pas changé et le rouge toujours aussi rouge flamboyant, je cours, je cours toujours de plus en plus vite à perdre haleine et la laine, je fonce dans le tas et le vide, j’essaie d’échapper à ce gros nuage qui me court après, je décide de changer de parcours et décide de rentrer chez moi à toute blinde en changeant d’allure, épuisé mais curieusement de moins en moins inquiet car je viens de prendre une décision, oui, nuage ou pas, rouge ou pas, je m’en fous royalement, il n’y a pas d’explication, bon, de toutes façons je me suis toujours foutu de toute explication et merde je hais les explications, j’ai toujours préféré les mystères et c’est pas demain la veille que… et s’il était encore là, demain ?

13:31 Publié dans Mes textes | Lien permanent | Commentaires (0)

25/09/2016

LES MOTS DU MATIN

 

 

On se demande toujours comment et pourquoi cela arrive surtout quand on ne l’attend pas et on a beau chercher des explications, on est souvent bredouille et donc furieux. Ainsi, ce matin Jérôme se réveille à l’heure habituelle, regarde Muriel qui dort encore, alors il baille, beaucoup, et pète, un peu et prononce doucement : anaphore. Point d’interrogation, perplexité, incompréhension, késako ? : un nom (Anna Fort, vu/lu sa présence sur un blog littéraire) ?, une locution : âne à fort ? un mot compliqué peu employé sinon par des savants ?, une faute d’orthographe, une déformation involontaire de amphore, un a en moins, un m en trop ? ; un objet, une machine ???... bon c’est pas tout comme il aimait à le rappeler, on va voir sur le vieux dico ou sur internet dès que possible, parce que « anaphore » : inconnu au bataillon de la mémoire de Jérôme, principalement au réveil. Cela ne le quitte pas sous la douche, ni pendant le petit dèj’ avalé vite fait, qu’est-ce que tu as, tu fais la gueule, lui demande Muriel qui arrive toute ébouriffée et grognon plus que d’habitude et quand il lui dit anaphore elle lui répond arrête avec les nouvelles injures que t’inventes tous les jours t’es pas marrant enfin…

Bon, comme Monsieur Jourdain en son temps faisait de la prose sans le savoir, Jérôme pratiquait l’anaphore sans le savoir aussi et plusieurs fois par jour, c’était sa marotte involontaire ; il en usait et même en abusait un peu partout et souvent on s’en moquait gentiment surtout au bureau quand il prenait son air important. Il pensait maintenant qu’il aurait pu trouver un autre mot à ce réveil, des mots comme anableps ou anacoluthe ou anaglyphe mais encore anamnèse ou pire comme anaplasie ou encore hanéfite (quoique), il l’avait échappé belle. Il avait des collègues au bureau qui raffolait de ces jeux de mots, de ces exercices littéraires, certains pratiquant avec un peu de condescendance des mots d’esprit tels que l’épiphore ou le symploque, ma chère… Lui se souvenait à présent de Corneille et de son Rome, du Marcher de Victor Hugo, des vingt et trois du poème d’Aragon et aussi bien sûr du Général de Gaulle et son fameux Paris, Paris, Paris…

Alors il inventait des histoires, concoctait quelques calembours ringardos, composait des personnages pleins de ces tics plus ou moins littéraires mais surtout bien vaseux qui ne faisaient rire que lui, c’est déjà ça disait-il. Et puis, un autre matin, c’est Muriel qui prit le relais, sans prévenir : « mon chéri je vais te dire une bonne chose, mon chéri j’espère que tu ne m’en voudras pas, mon chéri si tu continues à me gonfler avec tes conneries, mon chéri je prendrais une décision, mon chéri j’irais me pieuter sur le divan du salon, mon chéri je te laisserais seul avec ton anaphore ou anasanfort, mon chéri pasque tu me les casses sérieusement, mon chéri alors te voilà prévenu, mon chéri prends garde sinon je me tire du pageot définitivement… mon chéri… et là Jérôme se dit que la prochaine fois faudra faire attention à fermer ma gueule… putain d’anaphore !!!.

 

 

 

11:37 Publié dans Mes textes | Lien permanent | Commentaires (0)

12/09/2016

ET UN PEU DE FUMÉE S’ÉLÈVE

 

Elle n’est pas encore apparue, et pourtant c’est l’heure habituelle… ou bien c’est moi qui suis en avance ou bien c’est elle qui est en retard. Tous les matins entre huit heures et huit heures quinze environ, je l’attends pendant que je prends mon petit déjeuner en jetant un œil par ma fenêtre sur son balcon de l’autre côté de la rue. C’est devenu un rite plus qu’une accoutumance et on dirait qu’elle est complice involontaire de ce qui pour moi se définit aussi comme un jeu. Il n’y a pas longtemps qu’ils habitent cet appart’ dans cette résidence plutôt luxueuse, ce sont deux nouveaux arrivants, des étrangers chuchotent mes voisins avec un air de savoir, un jeune couple à ce que j’en peux juger. Je regrette parfois de ne pas avoir une paire de jumelles mais je répugne à être un voyeur et donc j’en suis réduit à une supposition partielle sur son physique : elle n’est pas très grande, elle est brune aux cheveux mi-longs et toujours bien habillée, surtout avec sa longue robe rouge moulante ou la mini-jupe blanche avec un t-shirt noir et une ceinture dorée qui scintille. A l’heure où elle se décide enfin à sortir sur son balcon pour fumer sa première cigarette, il y a d’abord le reflet du ciel dans la vitre de la porte-fenêtre (de ce que je suppose être le séjour) qui s’ouvre et un peu de fumée s’élève aussitôt dans la fraîcheur du matin. Elle se penche quelques secondes sur la rambarde pour regarder la rue puis elle va s’assoir sur une chaise de jardin en fer forgé à l’ancienne devant une petite table sur laquelle se trouve un cendrier qu’elle alimente régulièrement d’un beau geste élégant du bras, de la main et du doigt, la jambe droite croisée sur la gauche, toujours. Elle fume lentement avec une sorte d’application sereine. Quelque fois, son compagnon la rejoint, alors il reste debout, adossé au mur, allume lui aussi une cigarette ou une pipe et ils restent ainsi sans apparemment se parler ou alors peu.

Ce matin, je termine mon repas, j’éteins la radio des mauvaises nouvelles et me prépare à quitter la table quand le reflet dans la vitre surgit comme un éclair sans qu’une fumée apparaisse et c’est lui qui sort de l’appartement, lentement. Il va s’asseoir à la place qu’elle occupe habituellement et là reste comme prostré. Je vais ouvrir ma fenêtre, pas un bruit dans la rue, au lointain le ronron d’un avion, il commence à pleuvoir dans la douceur matinale. Et…

Dénouement :

. Heureux : Elle sort enfin, calmement, dans ce qui semble être une longue chemise de nuit rose, une cigarette à la bouche, elle s’accoude à la rambarde du balcon, regarde fixement son compagnon un long moment, puis s‘approche de lui et là elle ôte lentement son léger vêtement, elle est maintenant nue et lui montre son ventre avec un immense sourire, alors il se lève, l’enlace et ils se mettent à crier en dansant comme des fous sur le balcon… tandis qu’un peu de fumée s’élève de la cigarette qu’elle avait jetée sur le trottoir.


. Tragique : Elle sort enfin, en trombe, dans ce qui semble être une nuisette bleue, une cigarette dans la main, elle s’approche de la rambarde du balcon, elle l’enjambe, ne prononce aucun mot ni aucun cri et saute dans le vide comme un oiseau blessé devant son compagnon qui n’a pas bougé. Tombé du troisième étage, le corps de la très jeune femme est maintenant recroquevillé/disloqué sur le trottoir, elle doit être morte sur le coup . A ses côtés, une cigarette se consume lentement… et un peu de fumée s’élève…

13:05 Publié dans Mes textes | Lien permanent | Commentaires (0)

02/09/2016

UN GROS POISSON

 

Cette nuit-là, les deux hommes pénétrèrent calmement dans le bureau du sénateur Plumier-Dalbret, allumèrent la lumière et se dirigèrent vers le tableau de Modigliani (un faux) derrière lequel se trouve le coffre-fort qu’ils ouvrirent connaissant la combinaison et, parmi plusieurs dossiers, retirèrent celui portant l’inscription « XBC31-15 ». Ils étaient manifestement bien renseignés, le boulot donc facile. Les deux hommes repartirent aussitôt en oubliant d’éteindre la lumière, une faute.

Albéric Plumier-Dalbret était sénateur depuis une trentaine d’années (comme le furent tous les hommes de sa famille nombreuse qui croyaient que c’était une profession autant qu’un honneur). Âgé maintenant de 64 ans, il cumulait avec satisfaction bien des postes plus ou moins honorifiques qui suffisaient à la haute opinion qu’il avait de lui-même : Président de ceci, Membre honorifique de cela…, bienfaiteur de… ; physiquement, il ressemblait à un de ces sénateurs de la 3ième République ventripotents dont on rit quand les voit dans les vieux films. Il enrageait de ne pas avoir été nommé ministre et vouait pour cela une haine profonde à Raymond Barre. Dans son département agricole, il défendait la culture intensive et était donc combattu par les écologistes. Louvoyant plus ou moins habilement, il avait fait parler de lui pendant la COP 21 sur laquelle il ricanait, se contredisait, finassait, son gros cul entre deux positions inconfortables qui agaçaient les plus virulents tenants d’une agriculture raisonnée et principalement bio. C’est alors que les avertissements, les sous-entendus, les menaces firent leurs apparitions dans la presse et sur la place public, les lettres personnelles de dénonciation commencèrent à arriver chez lui. Plus il en arrivait, plus il fanfaronnait, signe visible qu’il commençait à être soucieux sinon inquiet. Il se vantait d’avoir beaucoup d’amis mais ceux-ci étaient moins nombreux que ses ennemis dont il ne disait mot, il n’osait en connaître la quantité et les qualités. Son ménage (de circonstance avec Constance de) battait de l’aile depuis longtemps, plus de trente ans, il était cocu jusqu’à l’os, alors il se contentait de poulettes à deux balles vite-fait mal-fait quand « se vider les burnes », disait-il, devenait une nécessité, deux à trois fois par mois, quatre les années « bisextiles » dans un petit pied-à-terre où il prenait péniblement son panard peu vaillant.

 


Les prises de positions, les postures et impostures de M. le Sénateur commencèrent à en agacer plus d’un et cela s’envenima plus rapidement que prévu. Les lobbies accentuèrent leurs pressions, les détracteurs décidèrent de déclarer une sorte de guerre sans merci dans laquelle tous les moyens seraient bons à employer. Une vraie cabale anti Plumier-Dalbret vit ainsi le jour et les complots, commissions, factions et exactions commencèrent leur œuvre de destruction massive. C’est ainsi que plusieurs comités et associations envoyèrent les deux hommes sûrs de leur coup faire razzia, dans le bureau qu’ils connaissaient, sur les documents compromettants et qu’ils dérobèrent le fameux dossier au titre énigmatique « XBC31-15 ». Fiers de leur exploit et de leur butin, ils ouvrirent le dossier au cours d’une réunion mémorable : au lieu de ce qu’il recherchait, c’est-à-dire les connivences avec certaines organisations nocives, ils furent surpris de ne trouver… que des photos de pédopornographie, images ignobles et dégradantes en quantité suffisante pour le compromettre sur un sujet auquel ils ne s’attendaient pas (quoique…). Le gros poisson était tombé dans une autre sorte de filet… un mauvais coup de filet, pour un gros poison.

 

 

 

22:41 Publié dans Mes textes | Lien permanent | Commentaires (0)

26/08/2016

LE TIROIR DU BAS

 


Elle n’était pas du genre à s’inquiéter mais elle le trouvait vraiment étrange depuis quelque temps, même un peu brindezingue du genre dans les nuages nulle part ailleurs. Il ne semblait pas tellement soucieux mais plutôt dans un autre monde les pieds comme à côté et non sur terre. A la question : ça va dis Jérôme ?, il répondait oui pourquoi et repartait dans son univers. Muriel ne s’en faisait pas trop, il ne semblait pas malade, elle était seulement étonnée et un peu perturbée aussi même après avoir jugé de sa vigueur au lit, bonne nouvelle, ça marchait comme d’habitude à fond la zigounette dis donc. Elle fut néanmoins surprise par le temps qu’il passait à son bureau dans le petit cagibi qu’on appelait KGB (en le prononçant à l’anglaise) attenant au salon, ce vieux meuble banal hérité de Tonton-Cochon, l’oncle qui racontait toujours des histoires très au-dessous de toutes les ceintures de chasteté et qui nous faisait bien rigoler. A table ! j’arrive ! et il fallait attendre dix minutes que le Jérôme arrive avec son air paumé, excuse-moi. Que pouvait-il bien faire dans ce réduit ?, bon parfois il y emmenait l’ordi portable, d’autres fois le Libé du jour pour mieux s’isoler mais pourquoi restait-il souvent longtemps hein ?, que pouvait-il fricoter ou tricoter ?. Muriel n’était pas spécialement curieuse (encore que) mais comme disait Tata-Cochon (la femme de l’oncle qui) « j’aime bien tirer l’affaire au clair » alors allons-y.

Profitant de l’absence de Jérôme parti voir un match de rugby avec son meilleur pote, Muriel entra dans le fameux réduit comme dans un sanctuaire interdit. Rien d’autre sur le dessus du bureau que l’ordinateur, elle inspecte alors les trois tiroirs : dans le premier des factures, quelques magazines de sport, des prospectus, de la pub et des photos de nos différents voyages avec quelques guides périmés, de la paperasse, des crayons non taillés, une gomme, un stylo à plume, un chiffon à poussière ; dans le second, une chemise contenant des renseignements administratifs, une autre intitulée « pour ma retraite » (tiens !) ; le troisième, le seul comportant une serrure est fermé à clé, pas de clé, d’où la perplexité de Muriel qui nous fait son petit sourire en coin, celui qui fait craquer Jérôme absent.

La clé. Où peut bien être cette foutue clé, pense-t-elle en se remémorant vite fait quelques films policiers, où est-elle cachée, rien sur la table, pas de lustre ou de lampadaire juste la petit lampe de bureau et son abat-jour verdâtre cadeau merdique du tonton, bon, faut pas que j’m’énerve , que je reste caaalmos, donc reste une solution, forcer cette putain de serrure mais comment avec quoi ? je ne sais même pas où est la caisse à outils de monsieur, c’est bien ma veine… furieuse, elle donne alors un grand coup de poing sur la façade du tiroir qui, ô miracle, s’ouvre comme par enchantement…

Surprise, étonnement : il est vide… VIDE de chez vide… elle passa la main à l’intérieur, s’assura qu’il n’y avait pas de double fond ou un truc bizarre on ne sait jamais. Alors vexée sans savoir pourquoi ni de quoi, elle balança le contenu des deux autres tiroirs dans le néant de celui-ci et le referma d’un violent coup sec… VLAN… puis vérifia qu’il était bien fermé, à clé, oui.

Non mais, faudrait pas exagérer, quand même.

10:35 Publié dans Mes textes | Lien permanent | Commentaires (0)

26/06/2016

SOUVENIRS DE DEMAIN

 

En référence (et hommage) à Julio Cortázar qui a écrit cette phrase dans « L’homme à l’affût » dite par Johnny Carter : ce solo-là je l’ai déjà joué demain »

 

Je me souviens :

. de la grippe sévère de Gérard D. au mois d’avril 2022 car il faisait très froid, moins 72°

. des premier pas sur Mars des marsonautes Chinois, c’était beau à la télé branchée directement dans mon cerveau

. des algues vertes en Bretagne, rouges dans la Mer Rouge, noires dans la mer Noire

. du rire coquin de ma trente-quatrième arrière-arrière-arrière petite-fille le jour de ses deux cent cinquante-quatre ans avec un grand pied-de-nez et de son bras d’horreur

. du discours du Président de la République Arnaud Montebourg lors de son investiture en 2027

. de l’explosion de la centrale nucléaire sécurisée de Flamanville, mais pas du nombre de morts par milliers contestés par le ministre de la Déflagration

. du remariage en grandes pompes de Kate III, Reine d’Angleterre avec le petit-fils de Karl Lagerfeld et Lady Gaga bis

. d’un voyage à Venise en sous-marin collectif en compagnie d’un seul japonais muet et de deux indiens aveugles

. des funérailles nationales du dernier paysan français et de son entrée au Panthéon en ruines

. de la guerre de Cent Ans en Afrique pour se débarrasser de tous les néo-coloniaux et autres envahisseurs ainsi que de l’armistice rompu en 2102

. du débarquement des plutonautes Indiens sur Pluton et de l’accueil malgré tout sympathique de la population désabusée

. de l’exécution de tous ces cardinaux fusillés pour des actes de pédophilie internationale et de la liesse de la foule

. parfaitement du dernier des 246 films de Woody Allen lors de sa rétrospective au festival de Cannes, il a été porté en triomphe, il semblait content

. de l’interminable panne de deux des 108 ascenseurs de la vingt-neuvième tour du World Trade Center haute de 1709 étages et de la panique qui s’ensuivit, du nombre de meurtres et de suicides

. de Ludivine Sagnier à cent deux ans, elle paraît plus jeune de deux siècles même sans maquillage

. que maintenant on ne lit plus Jean d’Ormesson mais toujours Jean Echenoz, ce qui me paraît juste

. de Michel Bouquet jouant « Le Roi se meurt » alors qu’il est toujours vivant

. de la marque de mon dernier hélicoptère, celui tombé en panne d’hydrogène quand j’allais acheter mon pain chez le dernier boulanger bio à 852 kilomètres

. de la réouverture des camps de concentration et le retour de la guillotine applaudi

. de fraises de sept kilos chacune, d’une vieille boîte de sardines achetée au marché noir à cause la disparition totale des poissons, de l’agneau de pré-salé des environs de Nevers et des rillettes du Mans de Tombouctou

. de la statue géante de Charlie Parker éclairant le monde avec son saxophone lumineux à la place de celle de la Liberté sur l’île de Long Island

. du zoo d’un pays inconnu où il n’y a plus d’animaux depuis la peste et le choléra en 2343

. du portrait de Nicolas 3 avec une petite moustache et le bras droit levé

. des bateaux-mouches quand il y avait encore de l’eau dans la Seine

. de l’Himalya qui a tellement rapetissé qu’on dirait le Mont-Dore qui lui est maintenant à six cents pieds sous terre.

. des jeux olympiques de 2088 où aux 100 mètres le record du numéro 85 fut validé : il était arrivé avant d’être parti, d’un saut à la perche sans perche, d’un lancer de plume à 195 mètres

. d’avoir dit : ah ! la vache ! devant des enfants qui m’ont questionné pendant des heures sur les animaux préhistoriques

. d’avoir revu Laurel et Hardy en hologramme

. de la présentation au concours Lépine d’un vélo sans cadres, sans roues, sans guidon et sans selle

. de la béatification de Valéry Giscard d’Estaing et des bagarres avec les journalistes de télévision pendant la cérémonie

. de gros chiens pataugeant dans des crottes de p’tit vieux, de poulets faisant le tapin, de loups violés par des moutons, de veaux pleurant de ne plus voir passer de trains, d’une grève des abeilles qui a mal tourné

. toujours avec ravissement du beau visage de Danielle Darrieux

. d’un certain samedi de mai qui fut le plus beau jour de ma vie…

 

…Oui, je me souviens de tout cela pour ne pas avoir en m’en rappeler plus tard, mais ça m’a soulagé de l’écrire car ma mémoire c’est malgré tout du béton.

 

© Jacques Chesnel

10:34 Publié dans Mes textes | Lien permanent | Commentaires (1)

16/06/2016

DANS LE SILENCE

 

Depuis quelque jours, Jérôme se sentait bizarre, on peut dire ça comme ça, bizarre égal pas bien, pas trop mal mais pas trop bien. Il n'avait vu personne de la journée à part la boulangère qui faisait la gueule comme tous les jours, pas qu'à lui non à tout le monde tout le temps. Dans l'après-midi, il décida de regarder un match de foot à la télé ; déjà le foot, pourquoi ?, voir des égos boursouflés en maillots tartignolles courir après la baballe et s'étreindre comme des tarlouses pendant des heures après avoir péniblement marqué un but et expliquer ensuite que voilà et puis heu voilà on a fait le maximum voilà le coche est content et puis voilà, cela le faisait gerber mais bon allez savoir pourquoi, il y avait bien autre chose d'aussi nul à la téloche ce dimanche après-midi là mais bon… quand arriva la plus grande peur de sa vie ; il avait coupé le son pour ne pas entendre les hurlements de trente mille abrutis et dans l'immense silence de son petit salon, une voix sépulcrale qu'il ne connaissait pas retentit "ce con a encore loupé sa passe" c'était la sienne bordel la sienne qui avait dit ce con a encore loupé sa passe, putain cela faisait un bail qu'il n'avait entendu SA VOIX sa VRAIE voix.

Depuis le départ de Muriel partie rejoindre un footballeur de renom après trente années de brouilles et réconciliations, de rabibochages et de bisbilles, de câlineries et d'insultes, se supporter, se chamailler, puis franchement se détester, il vivait seul supportant mal parfois cette solitude recherchée, pas de rapport avec ses cons de voisins, les amis partis avec ceux de Muriel, le petit chat mort le canari aussi. Donc, boulot, pas de métro, dodo, branlette hebdo et abdos pour l'hygiène et le fun, les courses le samedi matin puis la télé avec Heineken tout le ouikainde devant l'écran noir de ses nuits blanches et le cinoche une fois par mois les films de karaté et de cul. Sur le conseil d'un pote lointain qui l'avait conseillé sur sa santé au moment de l'approche de la cinquantaine, il avait passé un chèque-hold-up complet à l'hosto chéro pas remboursé alors que les affaires et les contrats se faisaient de plus en plus rares avec la crise qui n'en finissait pas surtout pour lui ; résultat des courses : non, rien, rien de rien, monsieur le patient impatient, vous avez tout bon, le cœur, les poumons, les reins, le foie, les yeux, les oreilles, le nez, la quéquette, TOUT BON, super cline, reparti pour un tour sur les chapeaux de roues, et ce con a encore loupé sa passe. Le foot c'était mieux avant, du temps de Kopa, Fontaine, Platini, Giresse et Laurent Blanc ses favoris, non seulement ils réussissaient toujours leurs passes mais ils savaient parler après les matchs pas pour dire des conneries heu hé ben voilà et puis le coche c'était quand même un entraîneur ah ! Michel Hidalgo et les équipes, Reims et St-Etienne. Quand on sonna à la porte, il ne bougea pas comme d'habitude, le téléphone c'est pas fait pour les chiens mais pour prévenir ; quand on frappa fort il pensa à un erreur, quand on tapa plus doucement il se leva pour regarder par le judas optique, il ne vit rien mais entendit qu'on grattait timidement. Il ouvrit, c'était Muriel presque à genoux et toute en pleurs avec sa petite mallette.

- Que veux-tu après tout ce temps, demanda-t-il

- Laisse-moi entrer tu veux, hoqueta-t-elle

- Si c'est pour s'engueuler, alors non

- Je t'espliquerai

Elle entra, il était perplexe.

- Voilà, j'ai quitté Robert

- Que veux-tu que ça me foute

- Je me suis aperçue que c'est un vrai connard

- Si tu le dis… moi, je le savais rien qu'à le regarder jouer

Elle s'assit devant la télé en tentant de sécher ces larmes que Jérôme trouva de crocodile.

- Tu regardes le foot toi maintenant, je croyais que

- Pas vraiment, principalement quand ya Robert

- Il ne joue plus à l'Inter de Milan, ils l'ont viré

- Je sais, c'était à prévoir vu ses résultats

- Et puis…

Jérôme s'assoit à côté d'elle sur le canapé, elle ne pleure presque plus, ils regardent un match tous les deux, la deuxième mi-temps, il remet le son, fort, dans le stade tout le monde est debout et hurle après un joueur, le brocarde, le conspue, le vilipende, le dénigre… Robert

- Ce con, il a encore loupé sa passe, dit alors une voix sépulcrale qui n'était pas la sienne.

16:58 Publié dans Mes textes | Lien permanent | Commentaires (1)

06/06/2016

LES DEUX AMIES

 

En tombant par un pur hasard sur cette reproduction du tableau de Gustav Klimt, Muriel pensa à ces deux voisines dont on disait que, enfin, elles avaient l’air de, on n’avait rien contre mais avouez cependant que, l’une blanche habillée toujours en noir et l’autre noire continuellement vêtue de blanc… ah ! et puis cette habitude de nous narguer sur leur balcon en fumant cigarette sur cigarette avec quelquefois un verre à la main. Muriel, bien sûr, n’était pas raciste, elle comprenait la défense des droits des femmes, avait approuvé la loi Veil autorisant légalement l’avortement, celle contre la peine de mort, mais il y avait au fond d’elle-même un vieux fond indéfinissable qui faisait qu’elle était choquée, voilà c’est dit oui choquée, certainement.

Elles faisaient la causette jusqu’à tard le soir qu’on se demandait ce qu’elles pouvaient bien se raconter et dire du mal de nous, certainement. Des fois elles avaient des mots plus hauts que les autres ou bien des rires bien sonores ou des airs de conspiratrices qui nous agaçaient. Quelques fois, on voyait un couple de personnes âgées, des parents qui passaient, certainement. Jamais de jeunes hommes de leur génération, rien que des femmes, des copines un peu fofolles ou des rombières hyper maquillées comme des tenancières de bordels anciens, certainement. Oh !, une fois seulement, un soir d’été, elles avaient parlé plus longtemps et plus fort, comme si elles se chamaillaient puis la noire s’était levée brusquement et était revenue avec de nouveaux verres pleins, certainement. Muriel avait pensé alerter la police pour tapage nocturne, mais maintenant la flicaille ne se déplace plus que pour des choses plus graves comme la nuit où on a brûlé la voiture de son gendre qui est policier, c’est pour ça, certainement.


Maintenant que les soirées sont plus fraîches, elles ont mis des parkas ou des couvertures mais elles restent sur le balcon à cause de la fumée, certainement. Hier, en plus des exclamations, rires et autres éclats de voix, on a eu droit à de la musique, enfin si on peut appeler cela de la musique, zim boum boum badaboum avec une fille qui hurlait à la mort, certainement ; on a entendu des voix crier la ferme moins fort vos gueules arrêtez elles ont continué de plus belle comme si de rien n’était, plus fort même, certainement…
Et puis l’hiver arriva, long, froid, moche, Muriel nous dit qu’elle ne voyait plus que des ombres derrière les voilages, le calme était enfin revenu sur le balcon d’en face. Rien de particulier à signaler dans le pâté de maisons et d’immeubles à part quelques chambardements, visites nocturnes de policiers suite à des plaintes pour vols ou de rares échauffourées à cause de la drogue, la routine, quoi, certainement.


Le printemps se décida enfin tardivement, Muriel avait perdu son premier mari ainsi que des proches et quelques voisines, elle s’ennuyait ferme en dehors de « Plus belle la vie » à la télé, elle parlait souvent des deux amies qu’elle ne voyait plus derrière ses rideaux tirés, certainement. Se couchant de plus en plus tôt, elle fut réveillée au début de son sommeil par des cris. Levée rapidement, elle vit deux silhouettes comme des ombres chinoises sur le balcon, sur toujours le même. Décidément, pour la reprise, ça barde sec, se dit-elle en enfilant sa robe de chambre. Le ton monta de plus en plus haut, une véritable altercation, un vrai grabuge, il y avait maintenant du monde à toutes les fenêtres, on entendit dans le vacarme une grosse voix, celle du boucher retraité hurler oh ça suffit là-bas oh quand on vit apparaître derrière les deux amies un profil masculin, oui un homme d’aspect corpulent se précipiter sur les deux femmes, les empoigner violemment et les balancer toutes les deux dans le vide de la hauteur des sept étages avec en accompagnement une clameur horrifiée venant de toutes les fenêtres. La femme noire rebondit en tombant sur une voiture avant de s’écraser sur le sol dans un splatch terrible, la blanche fut accrochée dans/par les branches d’un arbre avant de s’affaler inerte dans le bac à sable du jardin d’enfant tout proche. L’homme, vite descendu, les disposa alors avec précaution l’une à côté de l’autre puis les réunit par l’entrelacement de leurs doigts, arrangea leurs cheveux défaits, déposa un baiser sur le front de chacune et s’adressant aux curieux des fenêtres leur dit ceci : « ce n’est rien, il n’y a rien à dire, une simple dispute entre deux amies »… et il partit dans la nuit.

Ce n’était donc que cela, deux amies, un simple fait divers en somme, comme le rapporta le journal local le lendemain. Le journaliste écrivait dans son reportage que personne n’avait rien compris parmi les voisins, lui non plus d’ailleurs. Ce devait être un débutant ou un stagiaire. Certainement.

 

 

12:52 Publié dans Mes textes | Lien permanent | Commentaires (0)

31/05/2016

LES ANGES : SEXE, SAXE ET SAXO

 

Tous les ans, à cette période de fin de l’année et début de la suivante, Jean-François se posait et nous posait toujours la même question, celle sur le sexe des anges, question récurrente depuis son catéchisme où il était toujours bon dernier et jugé incontrôlable par le curé et les dames patronnesses car posant justement des questions dont les réponses ne lui convenaient pas, à lui, au prêtre et aux vieilles cinglées ; un peu plus tard, en sciences dites naturelles (étude du corps humain, la différence entre homme et femme) problèmes avec un prof’ peureux et complexé, puis le dessin, les arts dits beaux avec les reproductions de tableaux surtout ceux comportant des anges qu’il aimait contempler pendant des heures sans dire un seul mot, ce qui constituait une véritable performance. JF avait vu tous le tableaux consacrés à l’angélologie, notamment ceux de Fra Angelico, Giotto, Van Eyck et Roublev mais celui qui le fascinait était Trois amours dansant dans les nuages de François Boucher (1703-1770) par ailleurs auteur de Diane sortant du bain qui le laissait tout chose avec des picotements dans le bas du ventre. Il s’intéressa avec passion aux chérubins et séraphins, à la langue des anges qu’évoquait St-Paul, aux anges déchus, aux anges rebelles peints par Pieter Bruegel l’Ancien.

Il se posa des tas de questions sur leur aspect, leurs tailles de bébé de huit mois joufflus, potelés, poupards, pas d’ange maigre ni de noir ou d’autre couleur, leurs cheveux blonds et bouclés, la délicatesse de leur peau toujours immaculée, la fraîcheur de leur teint d’un rose discret, leur manque de poils sous les bras, leurs fesses dodues-charnues et, surtout leur absence de sexe, ni bosse ni creux apparants sous le voile pudique à cet endroit pour lui essentiel ; quant à leur air d’extase permanente, il s’en demandait les raisons… et ces postures un peu niaiseuses ! ; quant à Cupidon, ou plus exactement à ses représentations, il trouvait celles-ci plutôt du genre cucul-pipi-dondon dans tous les sens des termes, ce qui faisait hurler de rire Myriam tout en lui reprochant ses constantes vannes à deux balles, c’est nul, JF, c’est supernul !.

Un peu plus tard ce fut le tour des anges gardiens, après un court épisode avec Gabriel sans résultats probants. Déjà, à treize ans, il convoqua plusieurs fois son ange gardien à lui qu’il appelait Victor (prénom de son grand-père favori mort dans les tranchées à Verdun pendant une absence de son propre ange gardien parti aux toilettes ce con pendant un des plus forts bombardements, quelle idée) et deux ans plus tard y renonça définitivement devant les carences de résultats dans les moments où il en avait eu le plus besoin, notamment pour la besogne quotidienne de séduction des filles, une propension au prurit aquagénique ou aux plaques d’urticaire et de fréquentes et incontrôlables fuites urinaires aux plus mauvais moments, d’où le coït toujours interruptus… jusqu’au jour où le médeçin de famille trouva le remède que Victor n’avait même pas envisagé, c’est nul, Victor, supernul !.

De plus en plus tenaillé, tiraillé, obnubilé, tourmenté, tourneboulé par le sexe, d’abord le sien, son propre instrument de service, de ses vices et de sévices pas toujours très propre, celui des filles qu’il tentait en vain d’explorer toujours de plus en plus et, plus énigmatique, celui des anges, leur non-zizi, Jean-François s’embarquait dans une quête de plus en plus pressante dans ses recherches et préocuppations. Tout passa en revue, du sexagénaire sexologue aux sex-symbols sextuplés, du sextuor sexy aux pratiquants du sextant au fort sex-appeal… rien ne vint calmer son ardeur de recherches pointues qui se poursuivent encore. 

Aux dernière nouvelles, on vient de voir un ange passer dans le ciel avec son sexe en érection, sa porcelaine de saxe dans son sac air messe et son saxo le plus petit d’Adolphe son génial inventeur en bande doulière, voilà bien un ange d’un genre nouveau non exterminator, contrairement à celui de Luis Buñuel, ce qui va encore provoquer chez notre JF une bienfaisante sexcitation… c’est reparti… bon, alors… il recommence son énumération du sexe absent chez nos fameux blondinets… au choix : l’arbalète, le bigoudi, le boute-joie, le chibre, la coquette, le dardillon, l’épinette, le moineau, le pain-au-lait, le plantoir, le rat-sans-pattes, la ravissante, la tête chercheuse, le zigomar ou la foufoune, le berlingot, la cerise, la reluisette, le vestibule, le gardon et autres friandises (merci Colette Renard pour Les nuits d’une demoiselle)…

                … et tout ce qui s’ensuit… et tout ce qui s’enfuit.

12:23 Publié dans Mes textes | Lien permanent | Commentaires (0)

22/05/2016

LA MÉPRISE

 

Claude et moi sommes inséparables depuis longtemps, je crois bien que cela remonte au début de notre adolescence plutôt tapageuse, au lycée on nous appelait Castor et Pollux ou Cul et Chemise selon les affinités avec les autres élèves, on en riait. Cela avait commencé par les jeux, échecs et mots croisés, le sport avec le tennis de table et le basket, disciplines où nous nous défendions bien, un peu au-dessus de la moyenne. Puis ce fut les filles, les flirts, les confidences, les secrets, plus tard les partages consentis, aucun nuage à l’horizon de notre amitié. A tel point que nous nous sommes mariés le même jour, lui avec une ancienne fiancée, idem pour moi. Nous nous fréquentions plus ou moins régulièrement, soirées et vacances. Lors d’un voyage de nos deux épouses, seuls tous les deux, il me confia qu’au bout de quatre ans de vie commune, il avait quelquefois des aventures alors que moi j’étais toujours fidèle car profondément et désespérément amoureux, ce qui l’amusait. Nous nous recevions une fois par semaine sans compter des réceptions avec d’autres couples, ce qui arrivait de plus en plus souvent au grand dam de Patricia, mon épouse devenue un peu casanière. Lors d’une confidence, Claude m’assura que les jeunes filles se jetaient littéralement à ses pieds, qu’il ne pouvait résister et avait été obligé d’organiser ses sorties avec un planning clandestin ; il avait le démon de midi moins le quart car tout juste trentenaire et toujours aussi beau garçon genre latin lover Marcello ou blond cuivré Redford type surfeur californien, cela changeant suivant les saisons, vous voyez, résultat impressionnant ; et comme, il était trrrès intelligent, beau parleur, blagueur, alors là ! le succès assuré à tous les coups pour tous les coups.

  • Chérie, nous sommes invités chez les Margerien demain soir
  • Chic, il y aura Claude
  • Heu, oui sûrement, tu sais qu’il adore ce genre de soirée pour faire des rencontres
  • Oh, tu peux parler, c’est là qu’on s’est connus
  • Et qu’il y trouve du gibier à sa guise
  • Je t’interdis de parler comme ça, Claude est un type bien, un peu coureur certes mais très gentil
  • Tu ne vas pas me dire que maintenant tu as re…
  • Non rassure-toi, mais n’empêche, il a d’ailleurs très bon goût
  • Surtout dans le cheptel des tendres ados
  • Et dire qu’Eléonore ne s’aperçoit de rien, enfin
  • Bon, tu es prête ?
  • Presque , j’enfile un collant et j’arrive
  • Ah, tu te protèges donc
  • Mais non, idiot chéri, et contre qui, dis le moi ?
  • Attention, ya ta combinaison qui dépasse
  • Qu’il est bête, mon Dieu qu’il est bête         

Il y avait toujours beaucoup de monde et du beau aux fêtes des Margerien. Claude pensait souvent à Gatsby le Magnifique avec tout ce luxe un peu tapageur et ces invités qu’on disait mondains et profiteurs, et même les deux à la fois. Ce soir-là, anniversaire de la maîtresse de maison, on avait mis les petits plats dans les grands et les bouteilles débordaient abondamment des coupes et verres , un quintette de jazz jouait des ballades langoureuses, on entendait des petits cris, de grosses exclamations, parfois des soupirs ou des bulles de conciliabules, les messieurs rentraient leurs ventres éminents et proéminents, les dames bombaient leurs avantages plus ou moins généreusement décolletés, tout était dans l’ordre naturel des choses friquées. Nous embrassons nos intimes, saluons nos connaissances regardons le spectacle des arrivées, cherchons un visage ami, notamment celui de Claude qui…

  • Je me demande bien où il est
  • Dans un coin ou un recoin en train de draguer
  • Tu crois ?... ah ! bonjour chère amie, comment allez-vous ?
  • Penses-tu qu’il sera seul ou avec une conquête
  • Va savoir avec lui
  • Et avec sa femme alors ?
  • Il peut pousser les choses jusque-là, tu le connais bien

 Derrière une grosse dame type baleine échouée dans un fauteuil, un mobile de Calder, quelques serveurs en train de papoter en attendant un convive, quelques bimbos en pleine action de pépiement, une silhouette connue en discussion avec un jeune éphèbe d’une beauté à couper le souffle de Patricia ce qui d’ailleurs arriva quand elle découvrit en même temps que moi que les deux hommes se tenaient délicatement par la taille, qu’un sourire épanoui éclairait leurs visages… et que la silhouette reconnue mais oui était bien celle de notre ami tandis que mon épouse faillit défaillir avant que je la reprenne dans mes bras oups, que t’arrive-t-il ?

-   Va me chercher un verre, s’il te plaît, je ne me sens pas bien

- Ne t’en fais pas, il ne va pas lui rouler une pelle en public

- On ne sait jamais avec lui, tiens le voilà on dirait

 Claude nous avait aperçu avant que l’on s’éclipse et il nous fit un signe chaleureux de la main tout en arrivant vers nous avec sa nouvelle conquête en chaloupant.

  • Je ne veux pas le voir, on s’en va

Je la retins doucement et Claude fut subitement devant nous

  • Ah !, mes amis, que je suis content de vous voir, comment allez-vous, un peu pâlotte Patricia hein ?, laissez-moi vous présenter mon ami Arnaud, Patricia, Jérôme, mes chers amis dont je viens de te parler
  • Enchantés

Il a fallu ensuite se dépatouiller pour trouver une solution et sortir de cette situation, une sorte de malaise installé… quoi ? Claude devenu gay ?, dis-moi que je rêve…nous trouvâmes donc un prétexte qu’on dit toujours futile et dont je n’ai pas souvenance pour nous débiner lâchement en laissant notre Claude abasourdi, dépité, je n’ose écrire la queue entre les jambes...

 Comme il fallait s’y attendre, le lendemain soir Claude nous appela au téléphone, répondeur en fonction oblige.

  • Allo, vous êtes partis bien trop vite, amigos, je n’ai pas pu vous expliquer, je crois qu’il y a une méprise de votre part concernant Arnaud, ce n’est pas du tout ce que vous croyez, c’était juste heu une façon de pouvoir par ce biais de séduction rencontrer sa femme que je guigne depuis un certain temps et que, vous me comprenez, je ne savais pas comment faire autrement, alors oui bon, il m’a en quelque sorte servi d’appât, de go-between, c’était seulement un moyen et je crois enfin j’espère que ça va marcher, voilà, c’est tout, je voulais vous le dire parce que allo, allo, vous êtes là ? allo... et merdeu !

19:03 Publié dans Mes textes | Lien permanent | Commentaires (0)