24.02.2009

LA PORTION INCONGRUE

( hommage à Raymond Devos )

 

Papa dit qu’il trouvait la mer vraiment belle comme d’ailleurs la mère qui quasi nue dans son maillot de bain attendant près d’une grosse dame qu’elle soit revenue pour se mettre à l’eau qui paraît-il était bonne ce jour-là mais un peu agitée car elle avait de qui tenir.

Allo allo disait un type dans une cabine téléphonique et publique puisque ouverte à tous les vents à l’eau à l’eau braillait mon père en donnant des claques paf paf sur ce qu’il appelait les avantages de la mère qui ne voulait s’y couler dedans que quand elle serait revenue avec la marée ainsi que le disait la grosse dame qui ne se baignait pas car c’était la première fois qu’à son âge elle la voyait autrement qu’en carte postale et en noir et blanc parfois coloriée pour les vagues ; le type continuait à alloter comme un sourd Papa à claquer tout pareil le postérieur de la mère qui regardait l’eau revenant à son grand émoi et à son point de départ… et moi pendant ce temps je louchais vers le marchand de glaces installé pas si bête devant l’entrée du Casino qu’était en glace parce que Papa m’en avait promis une pendant qu’il forçait la mère à y aller franco et à reculons plus la mer revenait plus Papa claquait paf paf parfois loupé puf sur les avantages de Maman qui reculait faisant mine de peur il a envie de vous y voir dans l’eau disait d’emblée la grosse pendant que l’autre dans la cabine faisait toujours ses allo allo parlant fort comme vous et moi avec une main devant où qu’on parle pour pas qu’on écoute quand même… c’est que moi aussi c’est la première fois dit la mère en tortillant de ses protubérances pour éviter la main de Papa qui têtu claquait alors dans le vide en rigolant ce qui le fatiguait quand l’eau toucha la Maman elle dit en frissonnant hou elle est de glace alors je me précipitais vers Papa pour lui demander mes cinq francs en lui montrant le casino auquel il manquait une lettre on lisait Cas no tout en prenant la claque à la place de la mère bing je hurlais pour alerter Maman dans l’eau jusqu’aux chevilles poussant ses petits cris d’or frais parce qu’elle était si froide de la vraie glace et moi que je voulais la mienne car j’avais été sage dans le car malgré mes hauts le cœur comme promis… le type avec son air de ne pas en avoir faisait des signes chut chut parce que je gueulais comme le goret qu’on égorge pour que la mère elle entende bien en émiettant des houhouhou qu’elle est froââââde et le père avait enlevé ses godasses et chaussettes retroussant ses pantalons tâtait la mer du grosorteil qui revenait jusqu’à la grosse bonne femme quittant son pliant pour ne pas sentir l’eau tais-toi imbécile entonna Papa à mon edgard plusieurs fois et que l’olibrius qu’était dans la cabine publique jusqu’à côté de la nôtre qu’on avait louée pour la journée gesticulait avec de drôles de gestes le bras plié au milieu et l’autre tapant au milieu que c’en était un vrai bras d’horreur comme Papa le faisait souvent sur son tracteur à un salopard de 75 de parigot… le père s’égosillait de me taire tirant la mère la bretelle du maillot partie haute pour qu’elle aille pas trop loin la mer étant revenue ou presque disant qu’elle était un peu trop grosse et qu’elle ne savait pas bien nager… il vit le type qui beuglait toujours alloallo et tout avec ses gestes il dit bougre de saligaud de 75 tu perds rien pour attendre et moi qu’attendais toujours mes yeux orientés vers la porte en glace du Cas no où se tenait le marchand avec son stand marqué Lopez en gros LOPEZ GLACES en lettres vert millon et décorées de cornets et marrons en gros itou pour l’hiver aujourd’hui c’est les glaces qui marchent… le type lâcha l’écouteur qui tournicota au bout du fil et plouf la mère tomba dans la flotte avec un grand cri car Papa en se démenant face au 75 avait fait craquer la bretelle des avantages que Maman prenait à deux mains en suffocant avec des petits cris moins forts que ceux de Papa continuant ses tu vas voir au parigot qui remettait une pièce pendant que la dame me donnait mes cinq francs pour me taire et que je la trouve moins grosse pour promener son petit clébard parce qu’ils sont interdits sur la plage et que les gardes arrivaient à cause des cris ils avaient tout vu à la jumelle qu’étaient deux réglementaires marqués CRS sur le maillot bleublancrouge et le slip aussi… la mère était à genoux à deux mains sur ses avantages criant que si elle avait peur c’est parce qu’elle se trouvait trop grosse enfin un peu trop et que les vagues allaient saler sa misenplis toute neuve les gardes accouraient le chien tirait sur sa laisse en direction ô bonheur des glaces de Lopez les maillots CRS entendirent alors les alloallo du 75 et le père qui montrait maman à genoux dans l’eau sans son bout de tissu à fleurs qu’elle avait perdu à cause de cette foutue mer et de Papa les deux types très courageux plongèrent croyant la mère se sentant pas bien avec ses avantages à l’air libre qu’étaient interdits sur la plage avec les chiens même tenus en laisse et que celui de la pas si grosse dame aboyait après le 75 qui criait plus fort que papa qu’il avait loupé son train de sa faute alors Papa s’arrêta de faire la nique au gars et dit aux deux marqués CRS que c’était pour de rire qu’elle savait un peu barboter malgré le drapeau rouge que le car était dans une demi-heure mais qu’on avait nos billets… les maillots firent stop et repartir en arrière comme à la télé et dirent à Papa ça va vous coûter un max alors que telle Vénus sortant de l’ombre Maman arrivait en sautillant avec ses avantages à travers ses mains qui débordaient… Papa piteux car il ne savait pas ce qu’était un max dit ben alors si on pouvait plus rigoler et avec sa légitime en plus que tout ça c’était à cause du bitenique celui de la cabine publique d’à côté qui refaisait mine de rien son geste à Papa pendant que les deux maillots biglaient la mère rentrant dans notre cabine en tortillant encore plus de ses avantages que c’est pas tous les jours qu’on rencontre de ces types si bronzés qu’on dirait des réclames comme dans Jours de France dans la salle d’attente de notre dentiste… alors Papa cria salaud les deux types sursautèrent raides comme à la parade croyant qu’il avait vu leurs manigances et leurs yeux lubriques sur les avantages de la mère qui fermait la porte un brin flattée tout de même… la dame appelait son clebs et moi à l’autre bout car elle quittait son pliant trouvant que ça sentait le roussi ou le poulet ou les deux le chien partant au galop et je lâche tout c’est le moment ou jamais pour ma glace où qu’y avait personne justement qu’est-ce qui vous arrive Monsieur on vient pour sauver votre petite dame d’une mort affreuse et c’est comme ça qu’on nous remercie non non dit Papa pas fier c’est l’autre là-bas çui de la cabine avec ses alloallo ses gestes et ses manies et tout les maillots ne virent personne le gus avait filé car il avait loupé son train et qu’il avait plus de monnaie pour l’appareil… c’est le moment que malin Papa choisit pour s’apercevoir de mon absence et de gueuler tout en tournant dans tous les sens que j’étais disparu sûrement enlevé par ce type avec sa barbe comme ils en on tous les jeunes qui ne veulent plus rien foutre et les maillots dirent oui c’est bien vrai plus aucun ne veulent saluer le drapeau que c’en est la faute du hache que fument ces poilus de Lorient et la mère qui ressort de la cabine avec ses cheveux qui dégoulinent sur la robe du dimanche qui met Papa dans tous es états par rapport aux avantages qu’y dit…

quioioioioi dit-elle sur un ton qui ne manquait pas d’air ON A ENLEVÉ NOT’ GAMIN  et de se mettre à rameuter tout le quartier car c’était maintenant l’heure du car et le dernier justement dans cinq minutes moi chez Lopez j’avais pris la plus grosse de la fraise et du vert qui débordait du cornet en plastoc et je voyais planqué dans l’entrée en glace de casino qu’avait retrouvé son i à l’intérieur une affiche du ciné  qui jouait le dernier tango à Paris  avec une queue de cinquante espectateurs tous des hommes ou presque avec deux femmes qui disaient que c’était parce qu’elles aimaient beaucoup la danse et leurs maris aussi la langue en mettait un sacré coup sur la glace et la mère au loin avec une bouche ouverte comme un porte de grange à foin et tournicotant pareil au truc que parlait le 75 quand il pendait au bout de son fil le rose glissa un peu sur le vert et le vert sur mon p’tit chorte marron elle devait crier mon enfant mon petit pour faire chic devant le monde d’habitude elle dit le gamin mais moi je m’en balance une des dames de la queue dit encore des ploucs qui voulaient se rendre intéressants et que la bonne femme c’est-à-dire ma Maman on a volé mon petit je veux qu’on me rende mon enfant comme si je vous le demande on va enlever un gamin de plouc  je lui ai tiré une de ces langues vertes qu’elle m’a dit qu’est-ce que tu fiches ici c’est interdit aux mineurs de moins de dix-huit ans avec ma glace à trois francs que Lopez m’avait vendu cinq j’ai pris la taloche ma tête valdinguant sur un photo où qu’on voit un gros blond montrant son cul blanc à des danseuses maquillées comme des filles de mauvaise vie j’en perdais pas un goutte ça aide à enfiévrer mon imagination et le reste avec la main je n’en voyais plus la mer Papa Maman les maillots marqués CRS à côté de la queue qui avançait vers la caisse avec mes babines rosévertes et mon cornet maintenant vide j’étais vraiment ébaubi alors que venait de la salle toute proche des paroles bizarres que rien ne va plus noir impair et manque… je pensais bien que Maman devait être dans un de ses états elle s’affole pour un rien dix minutes de retard et le troupeau de vaches m’était passé sur le corps comme j’avais un peu mal au cœur et que la queue était rentrée dans le cinéma je cherchais la sortie quand j’entendis la sirène au milieu des rien ne va plus et de l’orchestre qui jouait l’air que chante Mireille Mathieu le matin sur Luxembourg qu’est la préférée de Papa et la jalousie de Maman l’ambulance passa en trombe et moi aussi à travers la porte en glace que j’avais pas vu parce qu’elle était en verre et pas teintée comme celle de la charcuterie chez nous baaaaoum ! que ça fit la tête la première  je me retrouvais sur le lac à dame les quatre fers en l’air et la tronche en compote le petit chien bondit sur sa propriétaire qu’était sur mon chemin ce qui la fit tomber comme un coing trop mûr en faisant splatch re-baoum en une seconde chrono les chutes les glaces les kaî kaî du médor les barrissements de la patronne la sirène de l’ambulance écrit à l’envers les braiments de ma mère les brames de Papa la sonnerie du téléphone dans la cabine publique le claquesonne du car qu’on aurait dû être dedans le ronron du monoplace dans le ciel traînant derrière lui un calicot pour les pellicules Kodak le directeur du Cas no qui se pointait y en a marre des attentats la caissière qui debout n’était pas aussi bien qu’assise et qui se lamentait le pauv’ garçon le pauvre petit pendant que je tournais de l’œil et même des deux haaa en même temps…

Quand je repris oui connaissance et conscience où ça ah dans l’ambulance qui sentait pouah qui sentait l’eau de toilette Splatch de Papa et les dessous de bras de ma Maman que j’avais le nez dessus la sueur des deux maillots marqués  CRS CRS quand je repris oui conscience dans le silence feutré de ce blanc corbillard qui mène parfois à un train d’enfer ponctué de sirènes au corbillard noir ce fut pour voir la pièce de monnaie que Papa me mettait sous le nez pour un autre glace promise entre les avantages de la mère que j’avais jamais vu de si près oh Maman ah Maman ne me quitte pas ton Jacques est revenu bobo là oh oui je sus à cette seconde que jamais non jamais je ne pourrais oublier ce voyage mon premier à la mer que papa trouvait si belle ainsi d’ailleurs que la mère qui oui toute nue dans son maillot de bain attendant près d’une grosse dame oh oui…

mais je donnerais volontiers toute cette infime portion de ma vie le voyage en car le mal au cœur la mère dans l’eau la grosse dame au chien le 75 dans la cabine les cinq francs de Papa les maillots marqués CRS la glace Lopez la caissière du cinéma du Cas no les images du dernier tango l’ambulance et même le reste rien que pour retrouver la Marina dans les glissades sur les meules de foin nos embrassades et autres pelotages hardis qui me manquent tellement aujourd’hui trente ans après rien n’a changé la mer est toujours là mais plus Maman ni Papa ah si le Cas no a retrouvé son i à l’extérieur le marchand de glaces s’appelle maintenant Garrido il n’y a plus de cabine téléphonique avec tous ces portables à l’oreille les dames sont moins grosses et les CRS ne sont plus en maillot les chiens sont plus petits quant à Marina…

 

©  Jacques Chesnel  (Miscellanées)

16.02.2009

CONVERSATION 3

- Ououououh ! que ça fait du bien de s’asseoir

- à qui le dites-vous

- il y avait du monde à la sortie de l’école

- ben demain c’est mercredi alors

- oui tu peux aller sur les balançoires mais tu fais attention

- la mienne c’est pareil on s’demande ?

- ce qu’elles ont à vouloir s’envoyer en l’air si jeune

- oh ! c’est pas ce que je voulais dire mais

- ou s’étourdir un peu avec les devoirs qu’elles ont

- on n’est pas bien assis sur ces nouveaux bancs

- ah ! dame oui je préfère les anciens ceux en bois

- n’empêche que ce square est vachement bien non ?

- pratique à côté de l’école et bien entretenu

- oh ! mais il y en a qui

- Muriel pas si haut je t’ai déjà dit

- la mienne elle préfère les portiques

- vous avez vu la manif à la sortie

- c’était pour les clandestins enfin j’veux dire contre

- quand même venir les chercher à la sortie

- ils ont renvoyé un copain de Muriel un petit malien mignon

- oh !

- il y a eu de la bagarre

- faites attention à mon sac je vais aux toilettes

- attention hier y avait pas de papier

- comme les sans… hihihi

- n’empêche… non madame la place est prise

- et aujourd’hui y a pas d’eau

- faut réclamer au gardien

- Muriel arrête encore une fois et j’arrive

- ils ont même tabassé un p’tit vieux qui venait chercher

- ma grand-mère dit qu’en quarante-deux c’étaient les juifs

- quand même

- bon cette fois Muriel tu descends tu deeescends

- tiens voilà le gardien

- c’est pas un gardien c’est un préposé maintenant

- hep monsieur ya les chasses d’eau qui coulent

- on a prévenu le plombier mais vous savez ce que c’est

- manman j’ai faim

- attends je cause

- faudrait augmenter le impôts

- les impôts… pour le square ?

- ça pour piquer not’ pognon

- faut écrire au maire

- écrire au maire pour l’eau des chiottes ?

- manman j’ai faim euh

- tu attends ou t’en prends une et arrête de pleurnicher

- nous en vacances on va à Pornichet

- la Bretagne avec la flotte très peu pour nous

- c’est dans le sud

- dans le sud ? non c’est en Bretagne

- c’est ça qu’est-ce que je dis en Bretagne du sud

- bon on va y aller parce que Muriel m’énerve

- la mienne c’est pire elle devient tobèse

- ben moi je la rédime sans ça

- on est toujours en train de la surveiller car elle

- je compte dans le frigo moi aussi

- et puis elle commence à ricaner devant les garçons

- tant qu’elle ricane… elle commence pas un peu tôt

- ya plus d’âge à douze ans elles ont des seins partout

- et puis après les fesses

- et après je vous dis pas ha ha ha

- si on écrit au maire on lui dit aussi pour les bancs

- pendant qu’on y est mais vous savez

- des fois ça marche

- une fois mon mari a signé une pétition

- et alors

- alors peau de balle et balai de crin

- c’était pour balayer dans les rues ?

- oui à la voirerie

- votre portable sonne

- non le mien c’est pom pom pom pom

- allo allo oui  non  d’accord  à tout à l’heure

- mon mari sera encore en retard ce soir

- le mien c’est tout les jours

- ou bien ils ont du boulot ou ils nous racontent des

- ou les deux le mien est vraiment crevé

- on finit par se faire des idées

- Muriel on rentre

- tiens voilà le préposé qui revient

- les ouatères sont réparées

- jusqu’à la prochaine fois

- et vous avez remis du papier toilette

- on est en rupture de stock

- faut venir avec le sien c’est plus sûr

- soyez pas si fatalitaire

- merci quand même

- Muriel je t’appelle une dernière fois et après

- il est temps qu’on parte il tombe des gouttes

- c’est pas étonnant avec ce temps pourri

- à la météo ils se gourent tout le temps

- oui demain c’est mercredi

- encore un car de flics pour l’école

- tous les jours maintenant faut faire du chiffre qu'y disent

- allez à jeudi

- si on est encore vivant

- Muriel donne-moi la main pour traverser ou sans ça

 

©  Jacques Chesnel  (Conversations)

09.02.2009

LE SECRET DE BELAVIT MOUNTAIN

Il n’y avait jamais eu de problèmes à Belavit au cours de mes fréquents séjours, quelques saines colères, pas de brouille si ce n’est se faire la gueule un moment, quelques chicanes, pas de grosses tempêtes, certains flirts poussés ou pas, pas d’adultère déclaré… du moins à ma connaissance. Tout se passait dans l’allégresse et la petite ripaille bien proustienne, jamais les choses ou autres n’allaient trop loin, nous étions entre gens de bonne compagnie n’est-ce pas… mais n’anticipons pas, trop.

 Je faisais quelques balades seul avec (mon MP3) ou en bande (magnétique) pour l’entretien de la forme ou la forme de l’entretien jamais de jogging… la forêt était attenante avec chemins et sentiers qui avaient été balisés par nos hôtes pour leurs hôtes… je m’égarais parfois volontairement et découvris un jour ce que les gens du coin appelaient la montagne, oh juste une colline paraissant énorme dans ce pays plat comme la main enfin presque… c’est par là que la jolie bergère passait avec le troupeau et je la saluais parfois de loin ohé… cette montagne était parsemée de clairières apaisantes pour mes muscles citadins à l’épreuve de la marche et je goûtais avec avidité la sieste sur herbe ou tas de feuilles une pâquerette entre les dents la bouteille d’eau à proximité… j’avais repéré un petit coin très ombragé genre chapelle à ciel ouvert où je me sentais tellement si bien que je voulais vivre ce moment intensément avec un sourire permanent large d’un kilomètre… mon plaisir était parfois gâché par un bruit de voiture proche et insolite en cet endroit mais je ne me posai pas trop de questions bien que ce bruit tiens !… je poursuivais ces balades de découverte en découvertes dans un périmètre relativement restreint et je découvris un jour une espèce de cabane faite de bric et de broc qui se voulait dissimulée sans trop y parvenir… curieux je m’approchais pour ne rien voir d’autre que poutres mal taillées, rondins, quelques tôles mal ondulées et une bâche ce qui aiguisa ma curiosité… et ce bruit de voiture en forêt qui se rapprochait…

Je n’insistai pas sauf que le lendemain curieux j’y revins dégageant quelques morceaux de bois pour apercevoir ce qui me sembla être des caisses… des caisses qu’est-ce ? me dis-je… en approchant mes yeux de plus près j’entrevis des inscriptions en quoi en cyrillique putain de merde des armes ? et une flamme dessinée sur les caisses… des explosifs !... il y avait bien quelques cinglés dans le coin qui arboraient des uniformes genre camouflage, qui pavanaient en jeep et jouaient comme des cons à la guéguerre mais des caisses d’armes de provenance d’où… des Balkans ?... et cette voiture noire une 403 qui rôdait... on l’avait vu une fois dans le chemin d’accès privé à la maison… tiens tiens !...

 au retour j’en parlai à la gent masculine aussi surprise et indignée que moi… des caisses d’armes, des explosifs… c’est pas vrai… tu es sûr ?... on va pas rester comme ça les bras croisés, non ? que peut-on faire ???

 

lu dans le journal daté du 15 juillet dans le rubrique faits divers :

 

On nous a signalé un feu d’artifice dans la forêt non loin du lieu-dit Belavit le soir du 14 juillet… les habitants des fermes environnantes furent surpris par des explosions en chaîne qu’ils mirent sur le compte de fêtards éméchés bien connus dans la région…  les pompiers durent intervenir mais aucun grand feu, aucun dommage ne furent signalés… une enquête est en cours par la brigade de gendarmerie ainsi que certains services de  l’armée car on a retrouvé des débris d’armes plus ou moins lourdes…

 

Au cours de ces enquêtes on ne sut et ne put rien dire à Belavit mais on pensait quand même qu’on n’avait pas été pas loin de la destruction d’armes massives hein ?… ah ! si dit-on à la maréchaussée enquêtrice, seulement la présence occasionnelle de la voiture noire la fameuse 403… qu’on retrouva quelques jours plus tard entièrement calcinée sur le bord d’une petite route non loin de là… ouf !.

 

©  Jacques Chesnel  (Jours heureux à Belavit)

02.02.2009

CHAUFFEURS

Ce petit restaurant est vraiment sympa ; normal me direz-vous puisque routier, donc… Il ne désemplit pas de l'année du matin pour le jus jusqu'au soir pour le dernier verre, oui vraiment sympa, on ne peut vraiment pas dire ce qu'il a de plus que les autres mais il l'a, tout le monde est d'accord, Julien le premier qui n'a jamais hésité à faire le détour et une halte pour retrouver des collègues et refaire le monde qui en a bien besoin, n'est-ce pas ?

 

Tous les camions ou presque, très gros ou moins, portent le sigle TIR c'est dire s'il font du chemin et traversent l'Europe de l'Ouest dans tous les sens, on se connaît, se reconnaît (les Déménageurs Bretons, les Norbert Dentressangle, les Juan Alvarez de Valencia, les Calberson, DHL, Dimotrans et autres transporteurs de logistics, meubles et diverses cargaisons mystérieuses qui nous interrogent parfois…l'apparition de nouvelles immatriculations internationales, les AL, BG, CS…) avec un appel de phares et un signe de la main quand on se croise, on salue les nouveaux qu'on chambre un peu, une sorte de bizutage cordial pas comme ces connards d'étudiants des grandes écoles, on ne cherche pas à biturer ni humilier non, on chambre un peu c'est tout c'est pas grave…

En dehors de notre confrérie de la chauffe, autres habitués ou non, les clients de passage font bon ménage avec nous à quelques exceptions près sans jamais de gros problèmes oh on se regarde parfois, on toise on se toise, on côtoie des jeunes cadres dit dynamiques, des VRP affairés ou abattus, des retraités en goguette, des étudiants en balade avec sacs à dos, des cars entiers de voyageurs fatigués ou d'écoliers turbulents, parfois rarement des artistes en tournée, des cyclistes, randonneurs seuls ou en groupe, sportifs avant match les plus musicaux étant ceux du rugby, les plus braillards ceux du foot, des étrangers perdus ou affamés, des bobos qui s'encanaillent, des putes avec ou sans les macs, des paumés inquiets, des inquiets paumés, des amoureux béats, des fugueurs affairés, des rigolos ou gueules à l'envers, bref tout un monde qui se réunit pour la bonne bouffe, l'atmosphère conviviale, le patron qu'on tutoie, la serveuse dont on défait le nœud du tablier et qui rigole. Il y a toujours un coin où on se réunit entre nous pour les derniers potins, propositions d'embauche ou les échanges de photos ou calendriers, les filles du Pirelli ou les rugbymen ou plus hard pour les vicelards qui rencardent sur les lieux de plaisir sur les parkings d'autoroute…


Julien, physionomiste, a le chic pour repérer les futurs copains. Il se trompe rarement, le physique peut-être mais surtout une attitude, un geste, une phrase. Enthousiaste souvent, déçu parfois, il a une foule de potes qu'il aime rencontrer au gré des trajets, tenez, Lulu avec ses innombrables fiancées, Bernard qui parle de ses mioches qu'il adore et ne voit que rarement, Edouard qui imite Balladur à pleurer de rire, une jeune femme belle et triste, Estelle qui est venue au camion parce que son mari taxi l'a abandonnée, Mouloud qui rêve de conduire au Japon et apprend la langue, Roger qui dit toujours tu vois alors qu'il perd la vue et s'interroge sur son avenir, Debureau qu'on appelle Baptiste parce qu'il fait parfaitement le mîme bien qu'il se prénomme Auguste, un p'tit jeune Sam dont les bras lui font souvent mal parce que son camion vieux modèle n'a pas de direction assistée, un quinqua qui veut arrêter mais a trop de pensions alimentaires à payer et dont on se moque alors Galabru encore une nouvelle ?, un beau garçon aux cheveux longs, toujours solitaire, que Julien ne voit pas assez souvent et dont il ne sait pas grand-chose, il cause peu, donne l'impression de toujours s'ennuyer, sent le parfum bon marché, lit des revues musicales de rock ou des romans américains, ne fume pas et ne boit que du coca ou des jus de fruits.

 

Cet été Julien a revu le jeune gars dans ce routier on the road again     entre Nevers et Moulins tiens te revoilà toi comment va le boulot ça fait une paie dis donc je ne t'ai jamais demandé t'es chauffeur chez qui toi maintenant oh je change souvent ça dépend des tournées ah bon ben oui tout de suite je fais celle d'Eddy pour les premières parties on donne un concert demain… avec Eddy Machin ?... ben oui quoi, mon boulot c'est chauffeur de salle... hé, t'entends ça Maurice !.

 

©  Jacques Chesnel  (Miscellanées)

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