28.03.2009

CHARLES, LEQUEL ?

Tout le monde connaît un Charles, dans sa famile, un père, un oncle (qui me fit découvrir le Paris-Brest aller-retour), un cousin, un ami de la famille aussi, un voisin ou une personnalité, tenez, ce prénom surgit au moins une fois dans une journée, vous voulez des exemples, bon, dans l'admiration collective, les rois de France et de Navarre, Charles le Grand, le Chauve, le Simple, le Bel, le Sage, le Fol ou le Bien-Aimé, le Mauvais, le Noble, sans compter tous les étrangers et puis le grand Charles, de Gaulle, le sauveur de la patrie et de la partie comme auparavant Martel à Poitiers, pour les pressés : Charlemagne, sans parler du Quint, Aznavour le grand,  chanteur préféré des français avec le fou chantant, le Trenet qui traîna jusqu'à sa mort sa nostalgie du refus des vieux barbons de l'acacadémie française de l'accueillr au sein d'icelle, le canadien Charlebois, pour les zamateurs de jazz d'abord le grand Oiseau  Parker dénommé Charlie puis Mingus le rebelle avec causes qui refusait qu'on le nomme Charlie et Ray le malicieux qui permuta nom et prénom, Charles Delaunay qui s'offrit une danseuse nommée Jazz-Hot afin de défendre le jazz moderne, pour ceux de musique dite classique le compositeur Gounod (on passe), le chef d'orchestre Münch, la musique contemporaine l'américain Yves et son Central park in the dark, bon, pour la littérature ou la poésie quelques auteurs célèbres, Baudelaire, Bukowski (gloup), Dickens, Péguy, Perrault, le théatre avec Dullin vu au cinéma dans le rôle de Corbaccio du Volpone de Maurice Tourneur en 1941 et d'un vieux fétichiste dans Quai des Orfèvres et son fameux n'enlevez pas les chaussures, jamais les chaussures, le cinéma avec Charles Vidor et sa Gilda avec Rita Hayworth, les comédiens l'immense Chaplin, notre Charlot international, Boyer le séducteur, l'irrésistible et troublant Laughton, Bronson, Berling et Vanel…

il doit y en avoir d'autres, mais pour l'amour de ma vie et moi, il n'y en a qu'un seul, on vous le donne en mille: CHARLES DENNER, oui, lui, NOTRE Charles à nous. (Ecartés le Lindbergh l'aviateur nazillon et Millon le salopard dit le con pour la rime).

On l'avait entr'aperçu dans quelques films, avec le magnétoscope on faisait arrêt sur image pour mieux voir sa silhouette, un valet dans Volpone aux côtés de son maître , oui c'est bien lui l'adjoint de l'inspecteur Cherier dans Ascenseur pour l'échafaud mais alors le premier grand choc: Landru de Chabrol, vedette principale, ses regards fiévreux, sa voix métallique, sa diction hésitante, fluctuante, séduisant Michèle Morgan, Danielle Darrieux, Stéphane Audran, puis la/sa rencontre avec François Truffaut avec La Mariée était en noir, Une belle fille comme moi (ah bon dieu, Bernadette Laffont en combinaison si courte ! que j'avais couru acheter la même pour l'amour de ma vie aussi belle pour moi que la Bernadette), et surtout l'inoubliable et inoublié dans L'homme qui aimait les femmes…

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"C'est en jouant avec Ginette que j'ai découvert le goût des femmes" déclare Bertrand Morane adolescent… au cimetière de Montpellier où il est enterré décédé à 40 ans suite à un accident de voiture alors qu'il suivait une femme entrevue dans la rue, elles sont toutes là : blondes, rousses, jeunes, mûres, mariées ou veuves, compagnes d'un jour ou plus de ce chasseur solitaire sans famille, sans amis, avec dans son agenda ce mot : "personne à prévenir en cas d'accident", elles seront toutes là, les actrices Brigitte Fossey / Geneviève, Nelly Borgeaud / Delphine, Geneviève Fontanel / Hélène, Nathalie Baye / Martine… toutes les autres… pour ce "double" de François Truffaut, autant amoureux des femmes avec ces dialogues superbes : "les jambes des femmes sont des compas qui arpentent le globe en tous sens, lui donnant son équilibre et son harmonie", "vous avez une façon de marcher, on ne peut rien vous refuser", toutes ces phrases consignées dans un livre qui sera publié post-mortem ; et la dernière prononcée par Brigitte Fossey, la narratrice : "Bertrand a poursuivi le bonheur impossible dans la quantité, la multitude… pourquoi nous faut-il chercher auprès de tant et tant de personnes ce que notre éducation prétend nous faire trouver en une seule ?"…

 

Nous avons, l'amour de ma vie et moi, vu et revu souvent ce film et notre admiration pour Charles Denner augmentait à chaque fois. J'avais quant à moi trouvé le bonheur, total, et je ne m'identifiais pas à celui qui affirmait " malheureusement, il n'est pas question de les avoir toutes" ; rien que regarder le si beau sourire et l'éclat des yeux de l'amour de ma vie me rassurait :

" heureusement que je t'ai rencontré… sans cela, Charles, celui-là, peut-être ? qui sait ?... gros bêta ".

 

©  Jacques Chesnel  (L'amour de ma vie)

21.03.2009

LE PALAIS DE LA RATATINE

Putain c’est pas vrai l’ascenseur est encore en panne trois fois dans le mois soit trois fois 208 marches soit 6240 pour trente jours ouvrables et encore en aller simple je vous dis pas en AR ça commence à faire si bien qu’à chaque fois que je prends cette cage à lapin qui pue le parfum bon marché et la soupe à je sais pas quoi je me demande si cette fois-là je vais pas rester coincé alors maintenant j’emporte mon portable où j’ai rentré le numéro du dépanneur qui arrivera en blouse blanche de préparateur en pharmacie avec quatre heures de heures alors tous les petits vieux et même les grands râlent sur les paliers je vous dis pas… alors là c’est le seul moment où il y a un peu de bruit dans l’immeuble sinon on se croirait à la morgue bon c’est vrai que c’est bien insonorisé quand il y en a tellement qui se plaignent d’entendre le monsieur d’à-côté péter fort toute la nuit et la voisine du dessus glousser au porno de Canal+ quand c’est pas un grand moustachu qui écoute du Bill Evans Peace piece toute la sainte journée ici silence total et bouche cousue tenez moi j’habite au treizième depuis le mois de février de cette année je n’ai entendu ni rencontré personne je m’en souviens c’est quand j’ai perdu Galipette ma petite chatte tigrée roux d’un cancer du foie mais j’y reviens bon sur mon palier un couple lui ancien cordonnier avec l’éternelle casquette vissée au crâne elle ancienne vendeuse rayon layette chez Monoprix la je sais pas combien vieillissante les cheveux tout bigoudinés et les guibolles flageolantes comme des allumettes genre mémés des dessins de Sempé je crois bien que la dernière fois que je leur ai dit bonjour ce doit être avant Noël donc l’année dernière ils m’ont tout juste répondu en vitesse en fuyant à cent à l’heure vers leur gourbi la porte vlan que j’ai même pas eu le temps de leur souhaiter quelque chose que j’en pensais pas un mot mais bon la convivialité hein alors voilà les ratatinés 1… juste de l’autre côté un couple enfin un grande bringue hommasse et  lui un court sur pattes bas de plafond je leur apporte un paquet trouvé dans ma boîte au lettre je sonne la porte s’ouvre à deux à l’heure le mec terrorisé referme la porte je lui dis j’ai un paquet pour vous le facteur s’est gourré il m’arrache le paquet et referme la lourde  brutalement en murmurant merci  que j’entends à peine alors voilà les ratatinés 2… ratatinée 3 une créature parce que je me demande  qui  c’est avec une odeur sur elle pas possible de choux farcis au hareng-saur ou au fromage de chèvre de plus d’un an son éternel panier d’osier sous le bras comme si on allait lui piquer alors l’ascenseur après son passage la mort subite même avec une pince à linge sur le tarbouif… je ne vais pas énumérer tous les ratatinés des autres étages il y a pas mal de spécimen et spéciwomen la voisine du dessous dont je n’ose imaginer les dessous le pépé du neuvième l’air toujours hébété à la menthe ou hagard aux gorilles au choix qui soliloque et crache sur la météo de RTL (il dit encore Radio Luxembourg) qu’est jamais bonne bien fait t’as écouté autre chose pauv’ con une jeune vieille fille de je ne sais où qui ramène toujours un foulard invisible sur son cou grassouillet trop visible heureusement qu’il y a la préposée à l’entretien Madame Suzy et son beau sourire qui se marre sans arrêt et au rez-de-chaussée la petite étudiante qui prépare un master de je sais pas quoi elles relèvent si peu la moyenne d’âge ah si ya un autre jeune avec une boucle d’oreille qui me regarde avec la haine depuis que je lui ai dit au moment de la coupe de foot que je préférais le rugby et le tennis un jour où il avait daigné me parler… je voudrais que ça braille  criaille martèle hurle que ça s’époumone Simone avec plein de décibels total barouf l’apocalypse de la pétarade partout big partouze de bruits je me demande des fois si je vais pas foutre un bordel monstre à fond la caisse dans ce cloitre sépulcral je vais acheter une grosse caisse boum boum et deux sirènes de supporter vrooooon vruuuun et à minuit badababoum pour tous les rabougris et autres raccourcis du cerveau las ou de la cafetière ces ratatinés du Palais de la Ratatine aux abris comme en 40 et je continuerai fenêtres ouvertes avec Mingus à fond à faire trembler les murs et les planchers en béton désarmé à secouer les lustres en bois torsadé avec fausses bougies et fausses coulures oui du grand Charles de Oh Yeah le Hog callin’ Blues et les couinements de Roland Kirk en boucle vous en voulez encore de la musique de sauvages allez la Fire Music d’Archie Shepp encore plus tenez le Free Jazz d’Ornette Coleman c’est pas assez fort bon Le Sacre du Printemps deuxième partie Le Sacrifice plan plan plan plang nin nin nin ning ça vous plaît pas vous préférez André Rieu et son violon dégoulinant de guimauve et de hein ? hé ben bernique… niqués… vous pouvez appeler  les cognes ils vont en avoir pour leur argent avec le mec du treizième qui a pété les plombs à cause du silence éternel et plus si affinités…

est-ce que j’ai bien réveillé tous les recroquevillés de tous les âges ?

…Le lendemain il y avait encore plus de silence que d’habitude dans ce foutu Palais de la Ratatine…

 

© Jacques Chesnel (Jazz divagations)