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12/09/2016

ET UN PEU DE FUMÉE S’ÉLÈVE

 

Elle n’est pas encore apparue, et pourtant c’est l’heure habituelle… ou bien c’est moi qui suis en avance ou bien c’est elle qui est en retard. Tous les matins entre huit heures et huit heures quinze environ, je l’attends pendant que je prends mon petit déjeuner en jetant un œil par ma fenêtre sur son balcon de l’autre côté de la rue. C’est devenu un rite plus qu’une accoutumance et on dirait qu’elle est complice involontaire de ce qui pour moi se définit aussi comme un jeu. Il n’y a pas longtemps qu’ils habitent cet appart’ dans cette résidence plutôt luxueuse, ce sont deux nouveaux arrivants, des étrangers chuchotent mes voisins avec un air de savoir, un jeune couple à ce que j’en peux juger. Je regrette parfois de ne pas avoir une paire de jumelles mais je répugne à être un voyeur et donc j’en suis réduit à une supposition partielle sur son physique : elle n’est pas très grande, elle est brune aux cheveux mi-longs et toujours bien habillée, surtout avec sa longue robe rouge moulante ou la mini-jupe blanche avec un t-shirt noir et une ceinture dorée qui scintille. A l’heure où elle se décide enfin à sortir sur son balcon pour fumer sa première cigarette, il y a d’abord le reflet du ciel dans la vitre de la porte-fenêtre (de ce que je suppose être le séjour) qui s’ouvre et un peu de fumée s’élève aussitôt dans la fraîcheur du matin. Elle se penche quelques secondes sur la rambarde pour regarder la rue puis elle va s’assoir sur une chaise de jardin en fer forgé à l’ancienne devant une petite table sur laquelle se trouve un cendrier qu’elle alimente régulièrement d’un beau geste élégant du bras, de la main et du doigt, la jambe droite croisée sur la gauche, toujours. Elle fume lentement avec une sorte d’application sereine. Quelque fois, son compagnon la rejoint, alors il reste debout, adossé au mur, allume lui aussi une cigarette ou une pipe et ils restent ainsi sans apparemment se parler ou alors peu.

Ce matin, je termine mon repas, j’éteins la radio des mauvaises nouvelles et me prépare à quitter la table quand le reflet dans la vitre surgit comme un éclair sans qu’une fumée apparaisse et c’est lui qui sort de l’appartement, lentement. Il va s’asseoir à la place qu’elle occupe habituellement et là reste comme prostré. Je vais ouvrir ma fenêtre, pas un bruit dans la rue, au lointain le ronron d’un avion, il commence à pleuvoir dans la douceur matinale. Et…

Dénouement :

. Heureux : Elle sort enfin, calmement, dans ce qui semble être une longue chemise de nuit rose, une cigarette à la bouche, elle s’accoude à la rambarde du balcon, regarde fixement son compagnon un long moment, puis s‘approche de lui et là elle ôte lentement son léger vêtement, elle est maintenant nue et lui montre son ventre avec un immense sourire, alors il se lève, l’enlace et ils se mettent à crier en dansant comme des fous sur le balcon… tandis qu’un peu de fumée s’élève de la cigarette qu’elle avait jetée sur le trottoir.


. Tragique : Elle sort enfin, en trombe, dans ce qui semble être une nuisette bleue, une cigarette dans la main, elle s’approche de la rambarde du balcon, elle l’enjambe, ne prononce aucun mot ni aucun cri et saute dans le vide comme un oiseau blessé devant son compagnon qui n’a pas bougé. Tombé du troisième étage, le corps de la très jeune femme est maintenant recroquevillé/disloqué sur le trottoir, elle doit être morte sur le coup . A ses côtés, une cigarette se consume lentement… et un peu de fumée s’élève…

13:05 Publié dans Mes textes | Lien permanent | Commentaires (0)

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