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26/08/2016

LE TIROIR DU BAS

 


Elle n’était pas du genre à s’inquiéter mais elle le trouvait vraiment étrange depuis quelque temps, même un peu brindezingue du genre dans les nuages nulle part ailleurs. Il ne semblait pas tellement soucieux mais plutôt dans un autre monde les pieds comme à côté et non sur terre. A la question : ça va dis Jérôme ?, il répondait oui pourquoi et repartait dans son univers. Muriel ne s’en faisait pas trop, il ne semblait pas malade, elle était seulement étonnée et un peu perturbée aussi même après avoir jugé de sa vigueur au lit, bonne nouvelle, ça marchait comme d’habitude à fond la zigounette dis donc. Elle fut néanmoins surprise par le temps qu’il passait à son bureau dans le petit cagibi qu’on appelait KGB (en le prononçant à l’anglaise) attenant au salon, ce vieux meuble banal hérité de Tonton-Cochon, l’oncle qui racontait toujours des histoires très au-dessous de toutes les ceintures de chasteté et qui nous faisait bien rigoler. A table ! j’arrive ! et il fallait attendre dix minutes que le Jérôme arrive avec son air paumé, excuse-moi. Que pouvait-il bien faire dans ce réduit ?, bon parfois il y emmenait l’ordi portable, d’autres fois le Libé du jour pour mieux s’isoler mais pourquoi restait-il souvent longtemps hein ?, que pouvait-il fricoter ou tricoter ?. Muriel n’était pas spécialement curieuse (encore que) mais comme disait Tata-Cochon (la femme de l’oncle qui) « j’aime bien tirer l’affaire au clair » alors allons-y.

Profitant de l’absence de Jérôme parti voir un match de rugby avec son meilleur pote, Muriel entra dans le fameux réduit comme dans un sanctuaire interdit. Rien d’autre sur le dessus du bureau que l’ordinateur, elle inspecte alors les trois tiroirs : dans le premier des factures, quelques magazines de sport, des prospectus, de la pub et des photos de nos différents voyages avec quelques guides périmés, de la paperasse, des crayons non taillés, une gomme, un stylo à plume, un chiffon à poussière ; dans le second, une chemise contenant des renseignements administratifs, une autre intitulée « pour ma retraite » (tiens !) ; le troisième, le seul comportant une serrure est fermé à clé, pas de clé, d’où la perplexité de Muriel qui nous fait son petit sourire en coin, celui qui fait craquer Jérôme absent.

La clé. Où peut bien être cette foutue clé, pense-t-elle en se remémorant vite fait quelques films policiers, où est-elle cachée, rien sur la table, pas de lustre ou de lampadaire juste la petit lampe de bureau et son abat-jour verdâtre cadeau merdique du tonton, bon, faut pas que j’m’énerve , que je reste caaalmos, donc reste une solution, forcer cette putain de serrure mais comment avec quoi ? je ne sais même pas où est la caisse à outils de monsieur, c’est bien ma veine… furieuse, elle donne alors un grand coup de poing sur la façade du tiroir qui, ô miracle, s’ouvre comme par enchantement…

Surprise, étonnement : il est vide… VIDE de chez vide… elle passa la main à l’intérieur, s’assura qu’il n’y avait pas de double fond ou un truc bizarre on ne sait jamais. Alors vexée sans savoir pourquoi ni de quoi, elle balança le contenu des deux autres tiroirs dans le néant de celui-ci et le referma d’un violent coup sec… VLAN… puis vérifia qu’il était bien fermé, à clé, oui.

Non mais, faudrait pas exagérer, quand même.

10:35 Publié dans Mes textes | Lien permanent | Commentaires (0)

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