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24/11/2012

LES CONTRIBUTIONS COMPULSIVES

                 

Tous les matins, Jérôme allume son ordinateur vers 9 heures, après le toilette en grand et le p’tit dèj vite fait et hop tout de suite sur la toile, autant dire que c’est devenu une habitude  en pire, une vraie drogue dure, ce qui le console est le nombre d’individus qui comme lui font le même geste appuyez sur « démarrer » ce qui le fait sourire quand c’est pour « arrêter  », voilà, patientez, on attend quelques secondes et bonjour le monde entier s’ouvre sous vos yeux dans 40 x 30 centimètres d’écran lumineux, ouais, le monde c’est d’abord la photo de la Muriel en bikini mimi-mini-pile-face prise à Trouville l’an dernier et maintenant sous une avalanche d’icônes notamment sur ses fesses ce qui fait un beau poster rieur qui vous en met plein la vue mine de rien. On passe ensuite aux choses sérieuses, la lecture des journaux en commençant toujours par Libé et finissant par le NouvelObs en excluant délibérément le Figaro et l’Express qu’il trouve illisibles et les rédacs-chefs complètement débiles, chacun ses goûts, dégoûts et égouttoirs. Jérôme, encore un peu dans le coltard, se marre de savoir que dans le monde entier la même chose se répète des milliers peut-être des millions de fois à la presque même heure et rigole un bon coup en s’imaginant les tronches de toute cette armada webienne. Il revoit alors les dessins de Daumier que son grand-père lui a montré ou ceux de Reiser qu’il a fait voir à l’aïeul et ils se gondolent; il s’imagine alors tous ces types qui se précipitent la bave aux lèvres écumantes sur les touches qu’ils massacrent allègrement pour cracher leur venins dans les commentaires ou bien s’extasier sur la prose d’un tel ou d’untel écrivain connu seulement d’eux, les frénétiques de la popolitique avec leurs arguments, leurs certitudes certifiées, leur volonté de s’affirmer en écrivant plus fort que le voisin qu’on méprise ou qu’on injurie avec plus ou moins de popolitesse. Il compulse ainsi tous les blogs recommandés ou recommandables, il lui arrive de déposer aussi sa petite crotte ou un argumentaire sur un sujet qu’il connait ou croit connaitre, se redressant fier de son coup de patte ou de gueule ouf ça fait du bien… ou en se disant le plus souvent que tout cela est bien dérisoire… et d’y revenir le lendemain, comme les autres, surtout pour admirer encore une fois sur son écran-écrin le popotin de Muriel en bikini mini-mini-pile-face qui…

©  Jacques Chesnel

23:40 Publié dans Mes textes | Lien permanent | Commentaires (0)

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