05/06/2011
TOUT FOUT L’CAMP (Ginette & Maurice)
- Alors comme ça, Ginette, vous allez fêter vos cinquante ans de mariage ?
- ben oui, à ct’occase on va mettre les p’tits plats dans les grands et Maurice toujours aussi vert grâce au viagra m’a dit qu’y aurait pas que les plats si vous voyez c’que j’veux dire
- je vois je vois et j’vois pas pasque j’irais pas regarder par le trou de la serrure, c’est du domaine du privé
- les gamins nous ont dit que ça faisait performance comme font les artistes de maint’nant car autour d’eux c’est plutôt la débandade si vous voyez encore c’que j’veux toujours dire
- ça doit dépendre de la marque du viagra, gare à la contrefaçon, par contre j’en connais qu’à plus de quatre-vingts ans c’est toujours au beau fixe, jamais en rade, la flamberge au vent et la bonne femme qu’en redemande avec son satisfaisite comblé
- ils veulent dire les couples qui se défont au lieu de se défoncer, le vieux comme les jeunes, ça explose de partout autour d’eux, ça tombe comme la grave lotte avec du grabuge partout à cause des enfants en basage, des pensions pour l’alimentaire, de la maison ou de l’apart’ qu’on a pas fini d’payer et que principalement les mecs se barrent avec des jeunesses qui font la nique aux vieilles en les regardant de haut et les avocats qui se frottent les mains en se faisant du blé
- regardez parmi nos voisins les plus proches, tenez, Solange et René qui l’eut cru l’auriez-vous cru ou lustucru, elle, s’envoyer en l’air avec le jeune abbé dans le confessionnal, lui, fourrager avec la postière dans leur grange ça passe encore, mais Georgette et Marcel c’est les pires dans l’anormalité pasque là ya pas à dire c’est du maoussecosto et inhabituel par chez nous, bon se taper des jeunots encore mais elle, se goinfrer avec la petite serveuse du café dans les foins au vu de tout l’monde les pattes en l’air et lui, s’entartiner le commis dans l’écurie avec les chevaux qui piaffent et hennissent pasquils sont pas d’accord sur la place qu’on leur prend, là on a tous été choqués d’un gros choc réprobateur en bloc quand on l’a appris par le facteur, vous savez celui qui fait Jésus le jour de la fête de la sansion pour monter au ciel dans l’église
- et on s’étonne après ça d’un retour de bâton avec Boutain, la Christine et son nouveau parti sans rire
- ah cette là on lui donnerait son bon dieu sans concession, mais elle a dit qu’elle non plus elle crachait pas dessus la chose, alors ?
- on sait plus à quel saint se vouer à part sainte nitouche, saint frusquin, saint glin-glin ou saint bling bling
- à propos, vous avez vu tout c’qui font chez not’ pape, ya un gars qu’a écrit un bouquin, sexe au Vatican, y aurait même des orgies à c’qu’il prétend et pas un pour protester
- normal, ils sont à Rome, mais n’empêche avec leur Berlutemachin qui donne l’exemple, plus personne vont se gêner
- même qu’on ressort Marthe Richard vue à la télé, j’trouve qu’elle a pris un sérieux coup d’vieux de sa bouille et avec ses maisons closes qu’on voudrait rouvrir toutes grandes
- et les appeler maisons ouvertes comme en Allemagne
- chez nous ça va pas marcher, déjà que au comité municipal ya des bonnes femmes qui envisagent de faire la grève de la chose comme Lise Istrata, une italienne contre la guerre des gaules dans l’temps j’crois ben, alors moi j’vous dis pas de maison close ni d’ouverte ici sans ça les bonshommes seront privés de ouinette, la porte cadenassée et popol gros jean comme devant à l’air libre et tout penaud, voilà tout
- oui mais je m’demande si c’est fichu avec nous ?… alors vous pensez-t’y pas qu’en revanche ils iront là-bas comme un seul homme et nous pendant c’temps qu’est-ce qu’on s’met sous la dent, on aura l’air malignes avec not’ berlingot sous l’bras et l’abricot tout sec, c’est pas une solution et puis d’abord c’est pas la guerre
- nan, mais si ça continue on dirait bien que ça y ressemble, non ?
© Jacques Chesnel

illustration © Jean “Buz” Buzelin
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30/05/2011
Chronique CD : KONITZ-MEHLDAU-HADEN-MOTIAN
KONITZ-MEHLDAU-HADEN-MOTIAN
Live at Birdland
Je l’ai déjà écrit et je le répète : Il y a, dans la vie d’un chroniqueur, tombé dans la potion magique du jazz depuis si longtemps, des disques attendus impatiemment dès l’annonce de leur sortie. Comme pour celui-ci, particulièrement en raison de la présence de musiciens dont les talents de chacun ne sont plus à démontrer, pour trois d’entre eux depuis si longtemps aussi.
2009 : année Lee Konitz ! avec deux prestations mémorables enregistrées dans deux clubs new-yorkais prestigieux à quelques mois d’intervalle : au Village Vanguard les 31/03 et 01/04 par son New Quartet (Lee plus le trio Minshara) et celui-ci au Birdland, sujet de cette chronique, les 9 & 10 décembre en compagnie de musiciens dits de légende (par le talent et par l’âge), le contrebassiste Charlie Haden (74 ans), le batteur et percussionniste Paul Motian (80) en présence d’un des pianistes parmi les plus talentueux d’une plus jeune génération, Brad Mehldau (39), Lee venant d’avoir 82 printemps dont 66 avec son saxophone alto autour du cou.
Si, avant toute autre considération, j’insiste sur l’âge presque canonique de deux d’entre eux, ce n’est pas pour s’extasier sur leur longévité autant physique que musicale (quoique) mais sur cette volonté de continuer à se produire en recherchant par/dans leur attitude à perfectionner une certaine idée de la musique, du jazz, et aussi, cela s’entend, de nous faire partager une joie de jouer évidente, de communiquer leurs émois et leurs émotions au travers de la complicité, de la confiance réciproque, de l’extrême liberté (ce vent de folie aussi) qui circulent naturellement en eux, entre eux, à travers eux.
Il y a également des moments où un producteur peut subodorer un évènement, avoir la prémonition qu’il va se passer quelque chose d’exceptionnel et c’est, je crois, ce qui s’est passé avec Manfred Eicher lorsqu’il a demandé à son ingénieur du son, James Farber, de planter ses micros sur la scène du Birdland… et on ne peut que l’en féliciter.
Pour cette rencontre sans aucune préparation, le choix des standards est évident, pas de liste, pas de pupitre, simplement des chansons que ces musiciens ont déjà joués tant de fois et qui sous d’autres doigts que les leurs sont souvent rabâchés, affadis ou incolores, se mettre alors dans la disponibilité d’une toute première fois, d’aborder un thème sans préalable ni concertation ; l’exemple en est pour ce Lover Man que Lee ne prend même pas la peine d’énoncer la mélodie. Comme pour les autres titres (Lullaby Of Birdland, Solar, I Fall In Love Too Easily, You Stepped Out of A Dream, Oleo), le jeu des quatres musiciens sera à la fois, sensoriel, sensuel, lascif, érotique, fusionnel, une musique de braise autant que de baise toujours réinventée, envahie de phrases, paraphrase, périphrases, métaphases toutes sidérantes avec leurs atours, autours, entoures et alentours avec des esquisses suivies de certitudes, d’ébauches suivies d’amorces, de faux départs et d’évidentes arrivées, d’abords et débordements aux cours desquels Lee Konitz explore, défriche, musarde, flâne, s’éloigne, s’échappe, s’égare pour mieux se retrouver tandis que Brad ne joue pas que du Mehldau, que Charlie Haden assure et vagabonde de main ferme et que le grand Paul Motian exprime au mieux ses qualités de danseur et de coloriste.
On sursaute et on s’étonne au début de Solar à l’écoute de la sonorité particulière de Lee qui, allez savoir pourquoi, introduit un morceau de tissu dans le pavillon de son saxophone, on reste béat à l’écoute du seul solo de batterie de Paul, on défaille à l’écoute de la version extrêmement lente de I Fall In Love Too Easily et l’interprétation toute en retenue de Brad avec cette coda effilochée, on exulte avec un Oleo survitaminé et sa conclusion collective.
Au-delà du plaisir, de la jouissance que procure ces moments inespérés de musique, un simple constat : faisant fi des modes et des genres, le Jazz servi par de tels musiciens est la plus jeune de toutes les musiques du monde… ni plus ni moins.
Jacques Chesnel
13:42 Publié dans Mes textes | Lien permanent | Commentaires (0)

