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11/07/2011

UN DRÔLE DE LOUSTIC

 

Lorsque le type me regarda de loin, je vis qu’il m’avait reconnu de près, il m’appela Michel alors que je me nomme Julien, c’est dire. Il me prenait pour quelqu’un d’autre alors que j’ai personnellement du mal à me reconnaître tout seul, c’est dire. Quand il vint plus près de moi, je m’aperçus qu’il grinçait des dents alors que je me faisais soigner pour un bruxisme intolérable aux oreilles de Muriel, c’est dire. En plus, ce type avait un teint de brouillard, une mine de papier crépon, des yeux globalement globuleux et un menton en cul de fouine, c’est dire. Il se força à sourire béatement avec un je vous ai pris pour un autre alors que pourtant il m’avait reconnu, c’est dire. Quand je lui dis que mon nom n’était pas Michel mais Antoine, je lui ai menti sur le coup et il m’a répondu que ce n’était pas si grave, c’est dire. Son sourire s’était envolé en pinçant des lèvres moi c’est Michel ânonna-t-il bonjour Antoine dit-il ensuite, c’est dire. Je ne relevai pas tant j’aime les quiproquos et les situations insolites pareilles, c’est dire. Comment va Catherine demanda-t-il Nicole va très bien maintenant répondis-je aimablement, c’est dire. Les choses allaient-elles s’arranger quand il regarda derrière moi et que je me retournai pour voir Catherine arriver toute blême et toute blette, c’est dire. Me dépassant par la droite elle lui tendit les bras de l’autre côté tandis que sa mâchoire s’affaissait brutalement, c’est dire. Le type la remit en place avec précaution et étreignit Muriel qui semblait anormalement heureuse pour une fois, c’est dire. Les choses ne vont pas en rester là dit le type on va s’assoir et causer sur ce banc tout près, c’est dire. Ya un truc qui ne colle pas sur les prénoms mais ça ne me gêne pas du tout dit-il enfin, c’est dire. Moi si rétorque-je parce qu’on n’est pas sorti de l’auberge avec cet imbroglio intolérable et d’abord je ne vous connais pas, c’est dire. Si Michel vous m’avez appelé Antoine alors là hein on est d’accord non ?, c’est dire.

C’est alors que j’ai remarqué sa petite taille à côté de Nicole qui est vraiment immense pour son âge, c’est dire. Il est vrai que moi avec mes un mètre cinquante-sept comme Prince on me distingue aussi des autres petits, c’est dire. Il continuait à grincer des dents alors je m’y suis mis aussi ce qui fait que Muriel faisait ses gros yeux qu’elle a déjà gros elle aussi, c’est dire. Le gardien du square nous dit qu’il serait bientôt l’heure de la fermeture et Michel lui répondit en sortant son couteau, c’est dire. On va pas se fâcher pour si peu que ça n’en vaut pas la peine moi ce que j’en dis, c’est dire. Dites-lui vous Antoine que les horaires ont changé et qu’on est en été depuis toute l’année, c’est dire. Le gardien haussa les épaules et partit en maugréant bande de mécréants et mecs réacs, c’est dire. Michel souriait tout en grinçant des dents dont la plupart cariées à cause du bruit, c’est dire. Catherine remit de l’ordre dans sa jupe plissée déplissée par le banc vermoulu de couleur verte, c’est dire. Julien avait rangé son couteau dans la poche de son imperméable qu’il porte nuit et jour, c’est dire. Il se leva et partit son Gros-Jean comme devant sans se retourner plus d’une fois avec une pirouette indescriptible et risible semblable à un entrechat à la Noureïev tandis que Nicole éclatait en sanglots longs comme les violons de l’automne, c’est vraiment dire alors que moi Michel je ne comprenais plus rien à rien depuis longtemps comme d’habitude et que je m’en allais je ne sais où la queue et le reste entre les jambes, c’est  dire. Il y a vraiment de drôles de types tels Julien que ça fait tout de même peur, c’est dire. En rentrant chez moi, je me suis bien regardé dans la glace en me demandant si c’est bien encore moi là, c’est tout dire.

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CHRONIQUE DISQUES : KURT ELLING / JOHN SCOFIELD

 

              L’UN CHANTE, L’AUTRE AUSSI

 

     KURT ELLING / JOHN SCOFIELD

 

Depuis le début de ce siècle, les chanteuses sont de plus en plus nombreuses, quelques-unes pour le meilleur, d’autres… En ce qui concerne les chanteurs, à part Bobby McFerrin génial vocaliste, ceux-ci sont plus rares.

 

The Gate.jpgSe détache singulièrement, et ce depuis ses débuts il y a plus de quinze ans : KURT ELLING, né en 1967, dont le dernier disque The Gate (Concord Jazz), son dixième, est une pure merveille, un en-chant-ement  de bout en bout de ses neuf titres, suivant le même principe : adjonction de textes sur reprises et adaptation de standards, soit de jazz (une déchirante version de Blue In Green) ou de pop (les Beatles avec Norwegian Wood et Joe Jackson Steppin’ Out), de funk (Earth Wind and Fire, le décalé After The Love Has Gone)  et même du rock progressif avec le Matte Kudasai de King Crimson, notamment ; le tout avec la complicité de son pianiste habituel Laurence Hobgood, de Bob Mintzer, du guitariste John McLean et de John Patitucci à leur top. Un des meilleurs disques de ce chanteur à la voix de baryton médium sensuelle sans excès, diction parfaite, se plaçant à l’opposé du crooner classique, dont le travail sur le son est une de ces nombreuses qualités (sens du swing, émotion en filigrane).

 

A Moment'S Peace.jpgS’il ne chante pas avec sa voix, JOHN SCOFIELD n’en chante (et enchante) pas moins avec sa guitare dans A Moment’s Peace (Emarcy). Calme, élégance et modestie, luxe et volupté dans ces 12 titres (5 compositions personnelles plus standards) en compagnie de musiciens actuels du plus haut niveau : Larry Goldings (piano et orgue), Scott Colley (contrebasse) et Brian Blade (batterie). De ses nombreux opus, celui-ci est le plus serein avec cette absence de virtuosité gratuite qui est la marque des plus grands créateurs. On craquera plus particulièrement pour son interprétation de You Don’t Know What Love Is, point culminant de ces moments de paix débordant de sensualité et de feeling, en un seul mot : la sublimation du chant par un guitariste hors normes.

 

 

 

 

©  Jacques Chesnel

22:11 Publié dans Musique | Lien permanent | Commentaires (0)