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11/11/2013

UNE SURPRISE

 

 

Jérôme regarde Muriel dormir. Il aime ça, surtout cet air étonné avec la lèvre supérieure légèrement remontée côté gauche, il lui trouve au air à la Bardot de la grande époque parce que maintenant avec les idées nauséabondantes et sa tronche. Il a envie de la réveiller, il se retient pour ne pas gâcher la journée avec une reviviscence loupée, il prend donce son mâle en patience. Muriel lève enfin les yeux qu'elle frotte doucement, le regarde et lui sourit tendrement ça va, pupuce ?

- voui, super... heu, cette nuit, j'ai eu un redressement productif

- un quoioioi ?

- UN REDRESSEMENT PRODUCTIF, j'te dis

- mais c'est énorme un truc pareil

- j'me rends pas compte, mais si tu l'dis

- mince alors,c'est pas vrai, qu'est-ce qui t'as pris qu'est-ce que t'as pris qu'est-ce que ?

- rien, j'te jure, c'est venu comme ça, d'ailleurs regarde Mumu, c'est pas si mince alors, au contraire je pense

Jérôme soulève délicatement le drap et là Muriel estomaquée pousse son petit cri d'étonnement favori waoouououh putain ben dis donc mon cochon tu as de la ressource étonnante ce matin pasque c'est plutôt rare ces temps-ci, si si, que je m'disais dépitée et attentriste

- tu sais, ces trucs là on ne peut rien y faire à part les pilules appropriées que c'est pas le genre de la maison, je préfère le naturel qui revient au galop à fond la caisse

- oui enfin bon, tu as eu des images érotiques, des pensées libidineuses, tu as pensé au journal du hard genre Clara Morgane ou Roselyne Bachelolotte, dis, tu n'as quand même pas un retour de manivelle façon chochotte Rock Hudson ou Freddy Mercury ?

- non non, proteste véhémentement le chéri soupçonné, je pense seulement que le céleri qui contient de l'apigénine avec la moutarde et la salsepareille au menu d'hier soir, tout cela a dû faire monter la pression pour éviter que le commis roupille trop sur les pruneaux, c'est tout bête, c'est bien connu

- eh ben mon vieux cochon, on peut dire que ça ça m'la coupe

- oh ne me regarde pas comme ça avec ton air vorace de louve affamée

- et ce petit miracle inespéré dure depuis combien de temps à ton humblavis

- je me le demande, blague à part, comme dans l'histoire de Fernand Raynaud sur le refroidissement du canon, un certain temps qui me surprend moi-même qui n'a plus de notion

- bon, dit Muriel, c'est pas tout ça mais on va procéder maintenant aux vérifications d'usage obligatoires et manuelles militari...

… et joignant le geste à la parole, Muriel précipite sa main sur l'objet du délit d'initié à la bourse en criant : je vais te le tenir le petit trésor matutinal fièrement dressé comme Artaban, je suis la Cléopâtre de Gautier de Calprenède, la Sally Mara de Raymond Queneau celle qui tient toujours bon la rampe, youpiiiii, à moi la félicité totale, le ravissement accompli, la béatitude parfaite, l'exaltation démesurée à la hauteur et à la raideur de l'événement, l'affaire bien en paluche experte en érection toutes catégories, you..., hein ? quoi ?, Jérôôôôme, hardi mon gars, garde ta flamberge au vent nom de dieu, l'étendard du dard bien élevé, pense à la manivelle du sapeur, à la culotte du zouave du pont de l'Alma, à sainte Thérèse du vit-là d'Avila, à celle d'attention Lisieux, au bout rouge du petit baigneur, à coquette-sur-roupette, au coquin-ravageur, à la seringue à perruque, au tromblon vibrionnant, au boute-joie d'antan et au dardillon d'aujourd'hui, au poireau flambant neuf et au popol littéraire, à TOUT cela, oh, vieux brigand, tu vas quand même pas me faire ça A MOI QUI... JÉRÔÔÔME … 

et vous pouvez, vous devez même, vous arrêter ci-devant 

néanmoins pour les plus curieux , voici les deux fins possibles : 

Fin 1 : débandade, déroute, désolation

Fin 2 : exocet, explosion, extase

au choix

 

© Jacques Chesnel

12:11 Publié dans Mes textes | Lien permanent | Commentaires (3)