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10/09/2010

CONVERSATION 27 (Ah ! tous à la manif’)

 

- ya un de ces mondes, on est serrés comme dans un bocal de sardines

- un bocal qui prend l’eau avec ce qu’il flotte en plusse

- ceusse qui nous traitent de feignants voient pas tout le courage qu’on a à manifester sous les trombes

- pardi, sauf que les députés braillent au chaud et que les sénateurs somnolent et que nous une deux une deux

- yen a un qui me souffle dans les oreilles avec sa vuvucellelà, oh ! pas si fort, je peux pas crier moi, non mais oooh ! heureusement qu’on a nos nos pancartes, Maurice a passé toute sa nuit à cause des fautes d’ortografe, il arrivait pas à écrire Weurte comme ça s’prononce écclésiastique qu’il disait en ricanant

- le mien il a trouvé une espression sur sa pancarte que j’aime bien les jeunes au turbin, les vieux au jardin, sauf que notre gars il est jardinier et que son père travaille justement dans les turbines, alors

- écoutez le type en pantalon moul-burnes là, il gueule libérez nos camarades alors qu’y encore personne d’arrêter à c’qu’on dit mais ça va pas tarder vu la flicaille

-y paraît que Sarko est devant son poste et qu’y compte les manifestants un à un à cause des sondages du lendemain qui sont contradictoiriens

- ben oui, à TF1, 100.000, dans Le Figaro 200.000, à la police 500.000 donc total on est au moins 2.000.000

- vous croyez qu’elle est là ?

- qui ?

- ben, Ségo quoi

- y paraît qu’elle est avec Villepain en tête-à-tête devant

- noon ? il sont ensemble ? je voyais bien qu’yavait anguille sous cloche, keskil est beau et elle avec ses tullenippes toujours classe chic

- c’est vrai qu’ça pourrait faire un beau couple de président, il est plus maigre que l’ancien, celui qu’elle a largué qu’a un nom de frometon qui depuis s’est fait maigrir décidément… la retraite a soixante ans, la retraite- a- soixante- ans- quand- on- a- encore – toutes – nos - dents il a un côté aristocritique pour un président tandis que l’autre petit qui piaffe toujours et elle avec ses yeux qui patillent de concupuissance

- ça al’air de bloquer maint’nant, je commence à avoir les arpions en compote, j’irais bien m’asseoir un peu… allons bon, v’la que ça redémarre… libérez nos… qu’est-ce que j’raconte moi…

- avec Maurice, on compte plus nos manifs depuis le temps, les plus belles c’est en 68 pasqu’on était jeune pour la première fois et en 95 surtout, la tronche au crâneur chauve euh comment qu’y s’appelle déjà, lui avec ses jupettes, allez hop !, éjecté, qu’est-ce qu’on attend, on va finir comme des couilles molles à la fin

- et vot’ copine la Jeanine des PTT, que Robert écrit pets tétés en se marrant, où qu’alle est ?

- au premier rang, esmet toujours avec les cadres, les huiles, BHL monsiegneur Gagaillot et tout le gratin pasque elle est déléguée de la cégété

- ça fait une belle tambouille tout ça mais heureusement qu’on les a, c’est pas par les gugusses du mouvement populaire à deux balles qu’on serait défendutes

 - mouvement populaire mon cul, faut être gonflé comme le gros Bertrand pour appeler ça comme ça pour faire plaisir à Sarko et au Médaife de la petite Parigote

 - oh !, celle-là je peux pas la blairer, tiens : Parigote – au - poteau, Parigote- au – poteau -  les – ouvriers – auront - ta peau

 -comme vous y allez, moi je regrette le temps d’Arlette, ça c’était de la contestation, du vrai, maintenant on dirait de la révolution-camomille

 - à propos de camomille, si on stoppait devant ce bistro pour se reposer un peu et se taper une p’tite verveine

 - d’accord, c’est qu’on a encore du chemin à faire jusqu’à la fin du cortège la retraite pour tous à soixante ans quand on a encore nos dents, la retraite…

 

 

©  Jacques Chesnel  (7 septembre 2010)              

10:53 Publié dans Mes textes | Lien permanent | Commentaires (2)

09/09/2010

LE PARI DE JEANNE OU LES DÉSEMPARÉS -8

 

8 / Lionel

 

Il avait toujours préféré les répétitions au spectacle proprement dit, la préparation au fini, bouclé, ficelé, bien que certains soirs il se passait parfois quelque chose d'inattendu comme à la dernière du Othello dans la mise en scène de Louis quand Yves s'était planté et qu'il avait fallu tout rattraper on avait été mal mais on avait bien ri, après, sauf lui… et Louis qu'on n'avait jamais vu dans une telle colère, rentrée puis explosive.

- on reprend, les enfants… bon,  Lionel, tu m'entends ?, tu m'écoutes ?, Lionel… on reprend ton entrée dans l'acte 2

C'est peu de temps après cet incident que leur amitié s'était emballée vite transformée en un amour traversé de disputes, broutilles suivies bientôt d'orages violents à cause de leurs jalousies réciproques, de leurs penchants pour la drague malgré leur pacte de fidélité. Metteur en scène exigeant, tyrannique disaient certains, surtout certaines, Louis avait vite reperé le jeune homme, sa beauté, sa démarche et son caractère altiers, son regard énigmatique, bref il l'avait trouvé splendide oui voilà le mot juste. C'est dans les filages de la pièce d'Oscar Wilde L'importance d'être Constant qu'il avait débuté sous la directon de Louis qui lui avait confié le rôle de Jack alors qu'il se voyait plutôt dans celui d'Algernon ; il avait alors lu tout Wilde et s'était interrogé sur la traduction de Constant, le titre anglais étant The Importance to being Earnest, ce dernier vocable siginfiant "homosexuel" dans l'argot de la haute société londonienne de l'époque et quand on connaissait les mœurs de l'auteur… il y a même certains traducteurs entre guillemets qui avaient même osé proposer "l'important d'être Ernest" ou "Fidèle"…

- non mais Lionel, je rêve ou quoi… houhou, tu es sur scène et on répète bordel, mais c'est pas vrai tu

La vie avec Louis avait été à la fois le paradis et l'enfer, parfois l'un parfois l'autre souvent les deux à la fois, il s'était soumis à tous les caprices de cet homme plus âgé, érudit, spirituel mais dont l'autorité, la prépotence lui faisaient peur bien des fois mais combien attachant néanmoins, il lui avait révélé tant et tant de belles choses, de turpitudes et de dépravation aussi ; Lionel avait accepté par amour d'accepter toutes ses propositions dégradantes, celle qui consistait à se prostituer non pour de l'argent mais pour qu'il puisse le mater se faire enculer par de vieux libidineux étant vécue comme la pire.

Aussi quand Louis lui annonça qu'il allait le quitter non pour un autre homme mais pour une femme oui pour une femme, il avait d'abord cru à une blague, un mauvais canular, à une de ses plaisanteries dont il abusait pour le mettre en colère par pure perversité. Quand il dût quitter l'appartement, Lionel se réfugia dans la demeure de ses grands-parents, abattu d'abord, furieux puis décidé à se venger. Au cours de ses déambulations dans le vaste grenier, il avait trouvé un vieux révolver 9mm, un Colt, qui fonctionnait encore ainsi que trois balles ; sa résolution était prise maintenant, il lui fallait tuer oui supprimer effacer Louis et le plus vite serait le mieux. Il savait que cela allait démolir sa carrière qu'on disait si prometteuse mais la blessure était trop insupportable, il n'y avait donc qu'une solution, une seule, il suffisait de trois balles. Avant de partir, il alla se rafraîchir dans la salle de bains, il mit quelques minutes avant de se reconnaître dans la glace, de se voir lui fit peur. Lorsqu'il prit le train du retour, il s'effondra dans le wagon surchauffé. Le contrôleur le réveilla à Paris ça va Monsieur… il tenait toujours les balles porteuses de mort dans sa main gauche endolorie tant il les avait serrées si fermement.

- oh! Lionel tu m'entends

 

(à suivre)

23:55 Publié dans Mes textes | Lien permanent | Commentaires (0)