10/01/2010
CONVERSATION 7
- c'est qui ce con qui nous réveille à six heures avec le cri de Tarzan
- ah !
- ah qui ?
- un gars qui se prend pour Franck Dubosc
- du quoi ?
- Bosc, un comique, enfin si on veut pasque ...
- vous trouvez comique de réveiller les gamins à cette heure
- c'est pire à six pas à sept
- les miens se rendorment pas
- nous on n'en a pas alors on en profite pour
- je vois... au petit matin gros gourdin
- ya pas que le matin
- le camping me stimule aussi
- nous on est en caravane
- en caravane la panne... hein !
- tiens le voilà qui recommence
- je vais aller lui dire deux mots
- ce sera pas assez pour le convaincre
- j'ai d'autres arguments
- je serais curieux de
- une année à Pornic il y avait un type de ce genre ça a pas duré deux jours de plus
- avec quelle méthode ?
- le Ricard
- le Ricard ?
- oui... avec une dose d'eau de Javel
- la Javel ?...et alors ?
- rien... malade comme un chien s.o.s. médecins hosto et hop barré
- ya pus qu'à inviter le gars Bosc à l'apéro ce soir
- il dit qu'il boit pas d'apéro
- c'est quoi son truc à lui
- la plongée sous-marine
- merde j'ai pas le pied marin
- moi non plus mais ya aut'chose... il a le vertige des profondeurs
- faut faire quèque chose... car c'est plus tenable
- alors on lui propose une partie de pêche et... hop un p'tit coup doux sur la tête... au fond...oh ! mince alors un accident le pauvre garçon qui remonte pas lui qu'était si sympa et si matinal
- mais ça ressemble à un meurtre
- non à un accident de plus de tous les jours tout simplement
- eh ben vous... comme vous y allez grave
- tiens, le voilà qui radine
- il a l'air un peu péteux
- c'est une posture
- bonsoir messieurs... vous vouliez me voir à c'qu'on dit
- ben oui... pour le cri de Tarzan
- ah trop tôt peut-être ou trop fort ou trop quelque chose
- c'est-à-dire que
- on se demandait si
- bon on peut causer alors
- voyez-vous les gamins on les tient plus le matin et nous
- si vous pouviez... enfin... tout le monde...
- pas de problème si ce n'est que ça... je croyais que...
- non non...Tarzan seulement... les cris de votre dame la nuit on comprend... quand on était jeune... et puis ça nous donne des idées
- et nos femmes ça les arrange remarquez... elles sont plus toutes jeunes... alors ça les émoustille et titille et paf
- même qu'elles en redemandent... ya que pour les gamins que
- je vous souhaite bien du plaisir messieurs... dites, je vous voulais vous demander si par hasard vous seriez pas partant pour une partie de pêche sous-marine car on m'a signalé un banc de poissons pas très loin et
- vous êtes très sympa mais nous à nos âges
- et puis on n'a rien
- vous en faites pas j'ai tout le matériel qu'il faut
- c'est que voyez vous en fait tous les deux on a le vertige des profondeurs
- par contre vous prendrez bien un p'tit Ricard spécial avec nous... oh ! Ginette apporte les glaçons......
© Jacques Chesnel (conversations)
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06/01/2010
ET PUIS FANNY...
Elle avait choisi de faire une galette des rois ce six janvier bien que dans la famille personne n'était royaliste à part peut-être le grand-père avec Ségolène et encore parce que il aimait bien sa coiffure et... elle se foutait pas mal de toutes ces recettes anciennes ou modernes, conservatrices ou révolutionnaires, ce n'était pas maintenant qu'on allait lui dire comment il fallait la faire cette foutue galette, Maman Maman heu ils donnent des recettes à la télé on peut la faire au chocolat maintenant et pas à la frangipane qu'on aime pas on la veut au chocolat et Papy aussi je vais la faire comme d'habitude et ceux qui ne sont pas contents ils n'en mangeront pas voilà tout... elle alla jeter quand même un œil sur le poste dans lequel un grand et beau gars avec une toque d'un mètre de haut faisait le joli cœur en paradant devant une douzaine de bonnes femmes excitées qui le couvaient littéralement des yeux et se trémoussaient en cadence au moment de la mousse au chocolat que le gandin s'apprétait à appliquer sur la pâte feuilletée c'est pas lui qui va m'apprendre aussi dit-elle en voulant couper le son qui l'énervait mais dû y renoncer face aux cris de protestation surtout de Papy Marcel qui reluquait les donzelles devant l'écran raplapla cadeau du père Noël et de René le mari qui voulait voir le foot en plus grand le René qui justement rentrait du boulot et dit qu'est-ce que c'est que tout ce bordel ho on se tait on se calme où qu'est Maman elle est dans la cuisine pour la galette des rois mages qui son revenues pour sa fête que Papy dit et puis Fanny c'est pas sa fête nan et pis d'abord on dit épiphanie qu'est du vieux français pour le retour des rois en visite au petit Jésus avec des cadeaux mais Papa tu dis que tout ça c'est rien que des conneries ouais mais pour la galette c'est une tradition qu'est-ce que ça veut dire tradition ben c'est comme ça depuis longtemps et que ça va pas changer... Fanny arriva de la cuisine et dit à René ya un problème avec la farine que j'en ai pas assez pasque t'as invité Lucien et Georgette sans prévenir que j'avais pas prévu plus faut que tu vas à l'épicerie du coin maintenant mais c'est bientôt l'heure du match que je veux pas louper avec Manchester Younaytide et ben tu files rapido sans ça pas de galette... René parti fissa et revint avec un paquet de farine Francine le seul paquet qu'était en rupture de stock parce que j'étais pas client régulier bon on fera avec et René s'effondra dans la canapé avec la zapette pour changer de chaîne que c'était l'heure du foot et que les gamins se mirent à hurler à cause de Mickey et de Donald qu'on veut voir la fin que Papy il aime aussi depuis qu'il est tout petit...
Revenue à ses fourneaux et à sa galette, Fanny s'assit un moment, se prit un p'tit verre de Porto blanc qu'elle aimait bien et planquait dans un coin pour elle toute seule et la machine à penser se mit à carburer dans le genre bientôt cinquante ans et puis quoi je me le demande, j'en ai marre marre de René et son foot des gamins et leur télé du Papy gaga gâteau de leur galette machin et tout le tremblement cela faisait déjà quelque temps des semaines qu'elle ruminait tous ces trucs qu'on se pose quelquefois sur l'existence la famille l'amour le fric la vie la mort le reste ce mari qu'elle n'aimait plus à cause du foot qu'avait tout abîmé gâché foutu de la télé bling bling ou con-con comme ils disent sans rien y changer surtout pas tous ces programmes pour la ménagère de son âge qu'elle avait jamais rien demandé ces Nikos Patrick Arthur Nagui Christophe merci-Jean-Pierre Cauet Sébastien Julien et autres tous pitres plus pitoyables les uns que les autres qui se démènent et se déhanchent sans compter les pétasses potiches qu'elle regardait machinalement les soirs où le foot était en grève parce que les joueurs gagnaient pas assez de millions ou que le manège ne tournait plus rond ou les coups de gueule médiatiques d'un type qui braillait sans arrêt c'est d'la merde tandis qu'un autre faisait sa chochotte devant les marmitons... et que je me reverse un p'tit verre puis un autre pendant que ça braille de plus en plus dans le salon et que ça commence à sentir le brûlé dans le four et le roussi aussi...
Elle se leva, retira son tablier, se recoiffa rapidement, sa décision était prise... et puis Fanny sortit par la porte de la cuisine, dans le petit bout de jardin on voyait les étoiles surtout celle du berger qui guidait les rois mages en ce jour de fête du six janvier de l'an... et puis Fanny se mit d'abord à rire et à pleurer sans pouvoir se retenir en ce jour de... et puis Fanny se reprit et se dit que enfin pourquoi pas puisque c'était aussi le premier jour des soldes... et puis Fanny...
© Jacques Chesnel (Miscellanées)
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